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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403032

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403032

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHOLLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 20 juillet 2024, le 24 juillet 2024 et le 25 juillet 2024, M. D B A, représenté par Me Chollet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans en prononçant également son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de communiquer le dossier de demande d'asile de sa mère ainsi que les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public et il présente des garanties de représentation suffisantes ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article L. 776-1 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Chollet, représentant M. B A,

- et de M. B A, répondant aux questions du tribunal,

Le préfet de la Sarthe n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant de la République démocratique du Congo, né le 1er février 2006, déclare être entré sur le territoire français en 2012. Par un arrêté du 19 juillet 2024, le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans en prononçant également son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B A vit en France depuis 2012, soit une durée de douze ans et qu'il est arrivé en France à l'âge de 6 ans et a effectué depuis lors toute sa scolarité sur le territoire français. En outre, le requérant produit des attestations permettant d'établir qu'il est actuellement logé chez sa mère où résident également son frère et sa sœur. Dans ces conditions et eu égard notamment au très jeune âge du requérant lors de son entrée sur le territoire français, il doit être regardé comme ayant établi le centre de ses intérêts personnels et familiaux sur le territoire français. Enfin, si le préfet de la Sarthe fait valoir que l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour divers faits, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas allégué par le préfet en défense qu'il aurait fait l'objet d'une condamnation. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. B A est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions du même jour par lesquelles le préfet de la Sarthe a refusé d'octroyer à M. B A un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en le signalant aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Eu égard au motif d'annulation retenu dans la présente décision, l'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Sarthe procède au réexamen de la situation de M. B A dans un délai de deux mois et qu'il lui délivre, dans l'attente de ce réexamen, dans un délai de quinze jours, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, en application des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 19 juillet 2024 du préfet de la Sarthe est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de réexaminer la situation de M. B A dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans un délai de quinze jours, à compter de la notification du présent jugement, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à M. B A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet de la Sarthe.

Lu en audience publique le 25 juillet 2024.

La magistrate désignée

Anne-Laure C

La greffière

Céline BOISGARD La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement

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