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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403138

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403138

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET LACOUR AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2024, M. A B, représenté par la Selarl Lacour, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 7 mai 2024 par laquelle le ministre de l'intérieur l'informe de la perte de validité de son permis de conduire et les décisions de retrait de point qui y sont mentionnées ;

2) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à l'actualisation du fichier national des permis de conduire dès la notification du jugement à intervenir et de lui restituer son permis de conduire ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme ;

- la décision n'est pas motivée ;

- la réalité des infractions n'est pas établie ;

- il n'a pas reçu l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- le solde de points est erroné ;

- il doit bénéficier des dispositions plus douces du décret du 8 décembre 2023 mettant fin au retrait de point pour les excès de vitesse inférieurs à 5 km/h.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, extrait du système national des permis de conduire, que l'invalidation du permis de conduire du requérant résulte des pertes de points consécutives aux infractions au code de la route commises les 14 février et 29 mai 2014, 24 mars 2022, 15 septembre et 15 octobre 2015, 24 septembre 2017, 27 avril et 4 décembre 2021 (à 1 h 22), 4 et 16 avril, 5 juillet et 20 août 2023.

Sur le vice de forme et la motivation de la décision du 7 mai 2024 :

2. En premier lieu, la décision litigieuse du 7 mai 2024 vise les dispositions applicables du code de la route et précise, pour chacune des infractions au code de la route, la date, le lieu, la sanction pénale appliquée et le nombre de points retirés du permis de conduire du requérant. Ainsi, elle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen du requérant tiré de ce que les décisions attaquées ne seraient pas motivées ne peut, en tout état de cause, être accueilli.

3. En second lieu, le requérant soutient que la décision du 7 mai 2024 du ministre de l'intérieur ne peut nullement mettre en exergue la réception supposée des amendes forfaitaires majorées et reprises dans le relevé d'information intégral, dont la copie lui a été délivrée par la préfecture, alors que l'ensemble des infractions visées semblent avoir été transmises par le biais d'amende dite forfaitaire et que, selon toute vraisemblance, les infractions ont fait l'objet d'amendes forfaitaires majorées ce qui entache la décision d'un vice de forme en ne mettant pas en exergue la réalité des infractions constatées sur le relevé d'information intégral, constituant ainsi un défaut d'information pourtant requis. Toutefois, si la décision du 7 mai 2024 mentionne, comme sanction et pour chaque infraction qui y est mentionnée, " amende forfaitaire " alors que certaines des infractions ont fait l'objet de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance ne saurait constituer un vice de forme dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision est suffisamment motivée.

Sur la réalité des infractions :

4. Il résulte de l'ensemble des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, soit la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les trente jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral du requérant, que l'intéressé a payé les amendes forfaitaires dues à raison des infractions commises les 27 avril 2021 et 4 décembre 2021 (à 1 h 22) et que les infractions commises les

14 février et 29 mai 2014, 24 mars 2022, 15 septembre et 15 octobre 2015, 24 septembre 2017,

4 et 16 avril, 5 juillet et 20 août 2023 ont fait l'objet de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Le requérant ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les mentions du relevé d'information intégral et, notamment, qu'il aurait formé une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Par suite, la réalité des infractions est établie au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.

Sur l'information préalable :

6. La délivrance de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une condamnation pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

7. En premier lieu, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale ou l'amende forfaitaire majorée prévue à l'article 529-2 du même code au titre d'une infraction au code de la route constatée par un procès-verbal électronique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention ou l'avis d'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont ces avis doivent être revêtus, la même constatation conduit à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Ainsi qu'il a été dit au point 5 ci-dessus, le requérant a payé les amendes forfaitaires dues à raison des infractions commises les 27 avril et 4 décembre 2021 et le ministre de l'intérieur produit l'attestation de paiement du 31 juillet 2024 du comptable du traitement automatisé de Rennes selon laquelle la somme de 155,50 euros a été payée au titre de l'infraction commise le 29 mai 2014. Le requérant ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les mentions du relevé d'information intégral et l'attestation du comptable public et, notamment, que la somme de 155,50 euros aurait fait l'objet d'un recouvrement forcé. Il n'établit pas, ni même n'allègue, avoir été destinataire d'avis de contravention ou d'avis d'amende forfaitaire majorée inexacts ou incomplets. Par suite, les trois retraits d'un point relatifs à ces trois infractions sont intervenus selon une procédure régulière.

8. En deuxième lieu, le ministre de l'intérieur produit le procès-verbal électronique établi lors de la constatation de l'infraction commise le 14 février 2014, signé par le requérant, qui mentionne un retrait de trois points du permis de conduire mais pas les autres informations exigées par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait reçu ces informations lors d'infractions commises dans une période suffisamment récente antérieurement au 14 février 2014. Par suite, le retrait de trois points opéré à raison de cette infraction est intervenu selon une procédure irrégulière.

9. En troisième lieu, le ministre de l'intérieur produit les avis d'amende forfaitaire majorée des 11 décembre 2015 et 9 novembre 2023 relatifs respectivement aux infractions commises les 15 septembre 2015 et 5 juillet 2023 adressés au requérant et les avis de réception postal des plis contenant ces avis qui mentionnent " présenté-avisé " les 15 décembre 2015 et 15 novembre 2023 ainsi que la mention non réclamé. Ainsi, le ministre doit être regardé comme ayant satisfait à l'obligation d'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les deux retraits d'un point opérés à raison de ces deux infractions sont intervenus selon une procédure régulière.

10. En quatrième lieu, si le ministre de l'intérieur produit l'avis d'amende forfaitaire majorée relatif à l'infraction du 15 octobre 2015, il ne justifie pas de l'envoi de cet avis au requérant. Par suite, il n'établit pas avoir délivré l'information préalable exigée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que le retrait d'un point opéré à raison de cette infraction est intervenu selon une procédure irrégulière.

11. En cinquième lieu, le ministre ne produit aucun document de nature à établir que le requérant aurait reçu l'information exigée par les dispositions des articles L.223-3 et R.223-3 du code de la route lors de la constatation des infractions commises les 24 septembre 2017 et

4 avril et 20 août 2023. La délivrance de l'information ne saurait résulter de la seule circonstance qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de ces infractions et qu'un avis d'amende forfaitaire majorée a été adressé à l'intéressé dès lors que l'administration n'établit pas que le contrevenant a reçu ces documents ou qu'il aurait payé l'amende forfaitaire majorée correspondante. Si la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation de cette infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, il n'en va pas de même pour l'information relative à la qualification de l'infraction qui permet au contrevenant de savoir si l'infraction commise va ou non entrainer un retrait de points et lui permettre, le cas échéant, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis de conduire. Dans ce cas, le contrevenant a nécessairement été privé de la garantie instituée par les dispositions précitées du code de la route alors même qu'il aurait antérieurement commis des infractions de même nature pour lesquelles il a reçu l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités. Dans ces conditions, les trois retraits d'un point relatifs à ces trois infractions sont intervenus à la suite d'une procédure irrégulière.

12. Enfin, le ministre de l'intérieur produit les procès-verbaux électroniques établis lors de la constatation des infractions commises les 24 mars 2022 et 16 avril 2023 qui comportent l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le procès-verbal du 16 avril 2023 est signé par le requérant et celui du 24 mars 2022 mentionne que le contrevenant a refusé de signer. Ainsi, le ministre établit avoir satisfait à l'obligation d'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, les retraits de quatre points et deux points opérés à raison de ces deux infractions sont intervenus selon une procédure régulière.

Sur l'application de la loi pénale plus douce :

13. Le requérant se prévaut des dispositions de l'article R. 413-14 du code de la route, dans leur rédaction applicable au 1er janvier 2024, qui ont pour conséquence de supprimer le retrait de point pour les excès de vitesse inférieur à cinq kilomètres/heure. Toutefois, il ne produit aucun élément pour établir que les excès de vitesse commis les 29 mai 2014,

15 septembre 2015, 4 décembre 2021 et 5 juillet 2023, qui sont seuls en litige sur ce point, étaient inférieurs à cinq kilomètres/heure.

Sur la modulation de la sanction :

14. Le législateur n'ayant pas prévu d'autre modulation de la sanction que celle que comporte le barème et ayant disposé que le retrait de points procède de plein droit de l'établissement de la réalité de l'infraction dans les conditions définies par les dispositions du code de la route, ni l'administration ni le juge ne sauraient légalement atténuer ou supprimer le retrait qui doit résulter de l'application de ce barème à l'infraction dont la réalité a été ainsi établie. Par suite, le requérant ne peut utilement faire valoir qu'il a besoin impérativement de son permis de conduire pour exercer son activité professionnelle et compte tenu de sa situation familiale pour demander l'annulation des décisions attaquées.

15. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de trois points, un point, un point, un point et un point relatives aux infractions commises les 14 février 2014, 15 octobre 2015, 24 septembre 2017 et

4 avril et 20 août 2023. Par ailleurs, il résulte du relevé d'information intégral du requérant que son permis de conduire, obtenu le 3 novembre 2009, était doté de dix points au 3 novembre 2012 et que le requérant a bénéficié de l'attribution par le préfet du Loiret, les 14 février 2022 et

24 avril 2024, de huit points à la suite de deux stages de sensibilisation à la sécurité routière. Par suite, compte tenu de l'annulation du retrait d'un total de sept points, le solde de points du permis de conduire de l'intéressé s'établit à cinq. Il suit de là que le requérant est également fondé à demander l'annulation de la décision du 7 mai 2024 du ministre de l'intérieur en tant qu'elle invalide son permis de conduire.

Sur les conclusions en injonction :

16. Le présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur restitue au requérant les points retirés de son permis de conduire à raison des infractions commises les

14 février 2014, 15 octobre 2015, 24 septembre 2017 et 4 avril et 20 août 2023 ainsi que son permis de conduire. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cette restitution dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros que demande M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 7 mai 2024 du ministre de l'intérieur en tant qu'elle invalide le permis de M. B et les décisions de retrait de points relatives aux infractions commises les 14 février 2014, 15 octobre 2015, 24 septembre 2017 et 4 avril et 20 août 2023 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer le permis de conduire de

M. B ainsi que les points retirés à la suite des infractions au code de la route commises les 14 février 2014, 15 octobre 2015, 24 septembre 2017 et 4 avril et 20 août 2023 dans le délai de d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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