mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403162 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
I° Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n° 2403162, Mme E A, représentée par Me Julien Roulleau, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République du Congo comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requérante ne sont pas fondés.
I° Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2024 sous le n° 2403163, M. B C, représenté par Me Julien Roulleau, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la République du Congo comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de réexaminer sa situation ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet1991.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Mme A et M. C ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 23 septembre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A et M. C, ressortissants de la République du Congo nés les 28 avril 1994 et 18 décembre 1990, sont entrés en France le 18 octobre 2022 sous couvert de leurs passeports revêtus d'un visa de court séjour valable du 14 octobre 2022 au 14 novembre 2022. Le 2 février 2023, ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du 24 octobre 2023 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 5 mars 2024 par la cour nationale du droit d'asile. Par les arrêtés attaqués du 9 juillet 2024, la préfète du Loiret les a obligés à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la République du Congo et leur a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. Les deux requêtes susvisées ont pour objet le droit au séjour d'un couple d'étrangers. Elles présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les obligations de quitter le territoire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
4. Les requérants se prévalent de ces stipulations et dispositions en faisant valoir qu'ils ont déposé une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " le 6 juin 2024 ce qui leur permet de se maintenir sur le territoire français, que le père, la mère, les frères et sœurs du requérant résident en France et que sa mère a la nationalité française. Toutefois, le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve, comme en l'espèce, dans le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, les requérants sont entrés très récemment en France, le 18 octobre 2022. Si le requérant justifie que sa mère, qui est de nationalité française, et une sœur, titulaire d'une carte de séjour, résident en France, les intéressés ne justifient pas de la présence sur le territoire français d'autres membres de leur famille. Au demeurant, ils ont vécu séparément des membres de leur famille résidant en France pendant de nombreuses années. Il suit de là que, compte tenu du caractère très récent de leur entrée sur le territoire français et des conditions de leur séjour en France, les obligations de quitter le territoire attaquées ne portent pas au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et, dès lors, ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, les obligations de quitter le territoire ne sont pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.
Sur les décisions fixant le pays de renvoi :
5. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. Les requérants soutiennent qu'ils ont fui leur pays en raison des persécutions qu'ils subissaient de la part des autorités congolaises en raison de leurs opinions politiques. Toutefois, ils ne produisent aucun élément ou document de nature à établir qu'ils feraient personnellement l'objet de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine sans pouvoir prétendre à la protection des autorités de ce pays. D'ailleurs, l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile ont rejeté leurs demandes d'asile. Par suite, les décisions fixant le pays de renvoi ne méconnaissent pas les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les interdictions de retour sur le territoire français :
7. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
8. Les arrêtés attaqués rappellent les termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiquent que nonobstant le fait que les requérants n'ont pas déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'ils ne représentent pas une menace pour l'ordre public, ils ne peuvent justifier d'une ancienneté de présence sur le territoire français et d'une vie familiale ou amicale établie sur ce territoire car ils déclarent vivre en concubinage et font tous deux l'objet d'une décision similaire.
9. Les requérants soutiennent qu'ils justifient des circonstances humanitaires et qu'ils ne représentent pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, ils ne justifient pas de telles circonstances humanitaires. En outre, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, les intéressés ne justifient pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense sur le territoire français même si certains membres de leur famille y résident. Ainsi, même s'ils ne constituent pas une menace pour l'ordre public, la préfète du Loiret n'a pas pris des décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée d'un an, disproportionnées et entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de Mme A et de M. C doivent être rejetées, y compris, par voie de conséquence, leurs conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par Mme A et M. D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à M. B C et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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