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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403168

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403168

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403168
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAJJI

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a examiné la requête de M. C, ressortissant moldave, contestant l'arrêté du préfet du Calvados du 25 juillet 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de son droit à demander l'asile, de son droit à une vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et de l'intérêt supérieur de ses enfants, en raison de sa vie stable avec sa compagne et leurs trois enfants à Bobigny. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais l'affaire a été jugée sur le fondement des articles L. 521-1, L. 521-7 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des conventions internationales applicables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024 à 17 h 41, M. E C, représenté par Me Hajji, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2024 par lequel le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- son droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne a été méconnu ;

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, cette insuffisance de motivation étant la conséquence d'un défaut d'examen approfondi de sa situation personnelle ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les stipulations de l'article 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors qu'il vit à Bobigny de manière stable avec sa compagne et leurs trois enfants et qu'au surplus, il ne trouble pas l'ordre public ;

- elle méconnaît son droit à demander l'asile, protégé par l'article 33 de la convention de Genève et les articles L. 521-1, L. 521-7 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'au cours de son audition, il a fait part de ses craintes en cas de renvoi dans son pays d'origine, et ainsi de sa volonté de demander l'asile : en prenant la mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale a délibérément méconnu son droit à demander l'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public : sa compagne et leurs trois enfants sont présents sur le territoire français, ils vivent ensemble de manière stable à Bobigny ; en outre, en raison des craintes qu'il éprouve pour sa vie et sa liberté, il a été contraint de fuir la Moldavie où il avait été emprisonné de manière arbitraire et où sa vie est menacée ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'en raison des craintes qu'il éprouve pour sa vie et sa liberté, il a été contraint de fuir la Moldavie où il avait été emprisonné de manière arbitraire et où sa vie est menacée ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il vit à Bobigny de manière stable avec sa compagne et leurs trois enfants ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation, puisqu'il vit de manière stable à Bobigny avec sa compagne et leurs trois enfants ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est entré en France en 2019, qu'il vit de manière stable à Bobigny avec sa compagne et leurs trois enfants, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public et s'est soumis à une précédente mesure d'éloignement ;

- l'annulation de cette décision devra entraîner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un mémoire enregistré le 31 juillet 2024 à 9 h 48, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme F pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F ;

- les observations de Me Hajji, représentant le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête et présente des conclusions tendant au bénéfice de l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ; elle reprend les moyens de la requête et fait valoir en outre que, s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. C a indiqué que sa compagne vit en France avec leurs trois enfants, qui sont scolarisés, alors que cet élément n'a pas été pris en compte par le préfet du Calvados ; que par ailleurs, après son incarcération en Moldavie entre l'âge de 16 ans et l'âge de 26 ans, il est exposé à des menaces en cas de retour dans son pays d'origine où il n'a pas été protégé par les autorités, alors qu'il a été menacé par des gens, et que cette crainte existe alors même que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ; que l'administration ne caractérise pas la menace à l'ordre public que constituerait le requérant, alors que s'il a certes été incarcéré, il a été libéré avant la fin de sa peine à la suite d'une réduction de peine de 40 à 27 mois ;

- et les observations de M. C, assisté de Mme A, interprète en langue moldave, qui indique que si au cours d'une précédente incarcération en 2019, sa femme et leurs enfants lui rendaient visite, il n'a pas eu de contact avec eux lors de sa dernière incarcération, et qu'il souhaite pouvoir les retrouver.

En application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après les observations orales, à 14 h 18.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1.Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2.Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

1. M. E C, ressortissant moldave né le 25 juillet 1989, est entré en France une première fois en 2016 selon les indications de la requête. Il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an en date du 6 septembre 2019. La mesure d'éloignement a été exécutée le 17 septembre 2019. M. C est ultérieurement de nouveau entré en France. Il est constant qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. A la suite de son placement en garde à vue le 30 mars 2022 et après avoir été placé sous mandat de dépôt à la maison d'arrêt de Caen le 2 avril 2022 avant d'être transféré au centre pénitentiaire de cette même ville le 3 décembre 2023, il a été condamné à quarante mois d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Caen le 13 mai 2024. Par un arrêté du 25 juillet 2024, notifié le 26 juillet 2024 à 10 h 32, dont M. C demande l'annulation par une requête enregistrée au greffe de ce tribunal le même jour à 17 h 41, le préfet du Calvados lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par une décision du même jour, notifiée en même temps que la mesure d'éloignement, le préfet du Calvados a ordonné le placement de M. C en rétention. Par une ordonnance du 30 juillet 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire d'Orléans a rejeté le recours présenté contre l'arrêté de placement en rétention et ordonné la prolongation du maintien en rétention de l'intéressé pour une durée de vingt-six jours. M. C, qui n'a pas fait appel de cette décision, a présenté une demande d'asile en rétention, à la suite de laquelle le préfet du Calvados a, par un arrêté du 27 juillet 2024, ordonné son maintien en rétention en estimant que sa demande d'asile avait été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. L'Office français de protection des étrangers et apatrides (OFPRA) a rejeté la demande d'asile présentée, par une décision du 2 août 2024 notifiée en mains propres le 5 août 2024.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 4 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme D B, adjointe au chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet notamment de signer les refus de séjour, obligations de quitter le territoire français, les décisions refusant ou octroyant un délai de départ volontaire, la désignation du pays de destination et les interdictions de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont le préfet du Calvados a fait application, notamment les articles L. 611-1 (1°), L. 612-2 (3°), L. 612-3-1°, 4° et 8°, L. 612-6, L. 612-10, L. 613-3 à L. 613-5, L. 614-6, L. 711-1, L. 711-2, et L. 721-3 à L. 721-5 et L. 722-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les conditions dans lesquelles M. C, de nationalité moldave, est entré et s'est maintenu en France une première fois puis après l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an en date du 6 septembre 2019, qu'il a fait l'objet de poursuites pénales et a été incarcéré, qu'il se déclare domicilié à Bobigny et ne peut présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité. L'arrêté indique en outre qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il n'apporte pas la preuve de ce qu'il serait présent en France depuis 2019, ni que son épouse et leurs trois enfants résideraient sur le territoire français et que son épouse serait en situation régulière, et que la cellule familiale pourrait être reconstituée hors de France, qu'il a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine, dans lequel il n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale, qu'il n'est pas contrevenu aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'entre pas dans les prévisions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Calvados a ainsi indiqué avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait sur lesquelles il s'est fondé pour obliger M. C à quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de cette motivation, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet du Calvados, avant de prendre la décision contestée, n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C, s'agissant notamment des risques allégués en cas de retour dans son pays d'origine et de la présence invoquée de sa famille en France.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces produites par le préfet du Calvados que M. C, préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué, a été interrogé sur sa situation administrative en France et a pu à cette occasion faire connaître à l'autorité administrative l'ensemble des éléments qui, selon lui, devaient faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement, en particulier la présence en France de sa femme, en situation régulière, et de leurs trois enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si M. C, qui a depuis lors pu déposer une demande d'asile en rétention, a exposé, lors de son audition du 15 mars 2024, avoir quitté son pays après avoir y avoir fait dix ans de prison et qu'au vu de ses antécédents, il ne peut retourner en Moldavie, il n'a fait état d'aucune crainte ou menace en cas de retour dans ce pays. Il ne peut, dès lors, être regardé comme ayant entendu solliciter son admission en France au titre de l'asile à l'occasion de son audition. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève et les dispositions des articles L. 521-7, L. 541-1, L. 541-2 et R. 521-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard au souhait que M. C aurait exprimé en audition de demander l'asile en France, doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. C se prévaut de la présence en situation régulière de son épouse, ainsi que de leurs trois enfants - dont il ressort des pièces du dossier qu'ils sont nés en 2015, 2016 et 2019 -, qu'il vit de manière stable à Bobigny, et de ce qu'il ne trouble pas l'ordre public, il n'apporte aucun élément de nature à établir que sa famille serait effectivement présente sur le territoire français - alors au demeurant que le préfet souligne dans l'arrêté en cause et sans être contredit, qu'au cours de son incarcération, l'intéressé n'avait ni permis de visite, ni compte téléphonique, et que lors de son audition le 15 mars 2024, il a déclaré que ses enfants habitaient avec leur mère à Paris, alors que sa propre adresse était à Bobigny -, ni que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet du Calvados, en prenant la mesure en cause, n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette mesure et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

10. Le préfet du Calvados n'a pas méconnu ces stipulations dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 8, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que la cellule familiale, à la supposer même établie en France à la date de la décision attaquée, ne pourrait se reconstituer dans son pays d'origine.

11. En septième lieu, eu égard aux éléments exposés au point 8 du présent jugement, le préfet du Calvados n'a pas davantage entaché d'une erreur manifeste l'appréciation qu'il a portée sur les conséquences de la décision en cause sur la situation personnelle de M. C.

En ce qui concerne la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

13. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions citées au point précédent, relève que M. C ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français après l'exécution d'une première mesure d'éloignement et qu'il s'y est maintenu en situation irrégulière, qu'il a indiqué lors de son audition le 15 mars 2024 ne pas vouloir quitter le territoire français et qu'il n'est pas en mesure de présenter un document de voyage ou d'identité en cours de validité. La décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. C est ainsi suffisamment motivée.

14. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 11 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.

15. En troisième lieu, il ressort des déclarations faites par M. C dans le cadre de son audition le 15 mars 2024 qu'il a indiqué " être hébergé à Bobigny " mais qu'il " ne [se] souvien[t] pas de l'adresse précise " ; si la fiche pénale éditée le 18 juillet 2024 fait état d'une adresse précise à Bobigny, l'intéressé n'établit ni même n'allègue qu'il disposerait à cette adresse d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, il ressort des déclarations de l'intéressé que l'adresse de Bobigny ne correspond pas à celle où demeureraient sa femme et ses enfants. Par suite, le préfet du Calvados pouvait, sans entacher sa décision d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation, considérer que le requérant ne présentait pas de garanties suffisantes et refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions citées au point précédent, indique que M. C est de nationalité moldave et relève au surplus que l'intéressé n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine ou qu'il y serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cet arrêté, en tant qu'il fixe le pays de destination de la mesure d'éloignement, est ainsi suffisamment motivé.

18. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 11 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.

19. En troisième lieu, si M. C fait valoir qu'il a été contraint de fuir la Moldavie où il avait été emprisonné de manière arbitraire et où sa vie a été menacée sans qu'il ait été protégé par les autorités moldaves et où elle est toujours menacée, il n'apporte aucun élément de nature à établir la véracité de telles allégations dépourvues de toute précision. Par suite, le préfet du Calvados, en fixant la Moldavie comme pays de destination de la mesure d'éloignement, n'a pas méconnu les stipulations et dispositions citées au point 16.

20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

22. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions citées au point précédent, précise les circonstances propres à M. C, tirées de ce que la présence de sa femme - et de la régularité du séjour de celle-ci - et de leurs trois enfants en France n'est pas établie, et que la cellule familiale pourra se reconstituer hors de France, de son maintien irrégulier sur le territoire français et de la menace à l'ordre public qu'il présente, sur lesquelles le préfet du Calvados s'est fondé pour fixer la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre. Cette décision est ainsi suffisamment motivée s'agissant tant de son principe que de sa durée.

23. En deuxième lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 3 à 11 et 12 à 15 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français et la décision refusant un délai de départ volontaire ne sont pas entachées des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

24. En troisième lieu, M. C ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français soit édictée à son encontre. Par ailleurs, eu égard à l'absence de preuve de la présence même et au surplus de la régularité du séjour en France de sa femme et des trois enfants du couple, ainsi qu'à l'absence de toute autre attache en France, aux faits qui, dans le dernier état, ont entraîné la condamnation du requérant à quarante mois d'emprisonnement - vol en bande organisée dans plusieurs départements entre le 8 avril 2021 et le 30 mars 2022 - à la suite d'une première condamnation à un an d'emprisonnement avec sursis en 2019 - vol aggravé par deux circonstance, conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique et conduite d'un véhicule sans permis -, et alors même que la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet a été exécutée et qu'il a bénéficié d'une réduction de peine, le préfet du Calvados a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, fixer à une année la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 25 juillet 2024 attaqué doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

Véronique F

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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