vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403230 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 1er août 2024 à 9 h 08 et 11 h 57, M. A D, représenté par Me Le Squer, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- son droit d'être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne a été méconnu ;
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est marié à une ressortissante française et qu'il dispose d'une adresse au Mans ;
- l'autorité préfectorale a commis une erreur manifeste d'appréciation dans sa situation personnelle et ne pouvait prendre une mesure d'éloignement à son encontre dès lors qu'il a vocation à obtenir un titre de séjour au regard de motifs exceptionnels concernant sa situation professionnelle ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française, qu'il dispose d'une adresse au Mans, qu'il a suivi de nombreuses formations en vue de son insertion professionnelle et a travaillé en contrat à durée indéterminée et qu'une demande de titre de séjour a été rejetée à la suite d'une demande de complément d'information ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française, qu'il dispose d'une adresse au Mans, qu'il a suivi de nombreuses formations en vue de son insertion professionnelle et a travaillé en contrat à durée indéterminée et qu'une demande de titre de séjour a été rejetée à la suite d'une demande de complément d'information ;
S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentations, puisqu'il est marié avec une ressortissante française et dispose d'une adresse au Mans ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement et de la décision refusant un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est marié avec une ressortissante française, qu'il dispose d'une adresse au Mans, qu'il a suivi de nombreuses formations en vue de son insertion professionnelle et a travaillé en contrat à durée indéterminée, qu'une demande de titre de séjour a été rejetée à la suite d'une demande de complément d'information et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- l'annulation de cette décision devra entraîner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Par un mémoire enregistré le 8 août 2024 à 08 h 57, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E ;
- les observations de Me Le Squer, avocate représentant le requérant, qui reprend les conclusions et moyens des écritures et fait valoir en outre que c'est à tort que le préfet de la Sarthe, tant en ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour qu'en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, a estimé que la vie commune et effective du requérant et de son épouse de nationalité française depuis plus de six mois n'était pas établie, alors que sont versés au dossier de nombreux éléments, tels que des attestations, des pièces administratives et des photographies, qui démontrent que la relation du couple est stable depuis plusieurs années ; que les faits pour lesquels le requérant a été entendu par les forces de l'ordre le 30 juillet 2024 pour violence sur conjoint en état d'ivresse devant mineur ont donné lieu également à la garde à vue et à l'audition de Mme C pour les mêmes faits, et que l'appel de la police est la conséquence de l'intervention de la fille adolescente de Mme C, qui a déjà subi un contexte de violences intrafamiliales avec l'ancien conjoint de sa mère, justifiant que celle-ci soit titulaire d'un dispositif de protection particulier ; que le préfet de la Sarthe ne peut sérieusement reprocher au requérant de ne pas travailler alors qu'il est en situation irrégulière, et qu'il a travaillé lorsqu'il était sous récépissé ; que par ailleurs, il a la possibilité de trouver sans difficulté un emploi en raison de ses compétences, en particulier dans le domaine de l'installation de la fibre optique ; et qu'il suit de là que M. D, qui est présent en France depuis six ans, démontre sa pleine intégration ;
- et les observations de M. D, requérant, qui expose qu'il fait des efforts pour s'intégrer dans la société française, que ses diplômes et ses compétences professionnelles lui permettront de trouver un emploi soit auprès de la société Sitot, qui l'a déjà employé, soit auprès d'autres employeurs, et qu'il a, avec une autre personne, un projet de création d'un système d'antivol pour voiture et moto qu'il pourrait concrétiser ; et qu'il comprend la réaction de la jeune B, fille de sa compagne, qui a voulu protéger sa mère en prévenant une voisine lorsque le couple s'est disputé.
En application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après les observations orales, à 14 h 44.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant tunisien né le 14 mai 1990, est entré en France le 5 octobre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour en cours de validité et expirant au 1er décembre 2018. Le recours présenté contre l'arrêté en date du 26 juillet 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an a été rejetée par le tribunal administratif de Montreuil par jugement du 5 août 2019. L'intéressé, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prise par le préfet de la Mayenne le 20 juin 2023, à l'encontre duquel le requérant a intenté un recours qui a été rejeté par le tribunal administratif de Nantes le 21 février 2024. La demande de titre de séjour qu'il avait présentée en juillet 2023 en qualité de conjoint d'un ressortissant français a été clôturée par une décision du 5 septembre 2023. Le 7 février 2024, il a présenté une nouvelle demande de titre de séjour en cette même qualité, en se prévalant de son mariage avec Mme C le 4 février 2023. Par un arrêté du 30 juillet 2024, notifié le même jour à 15 h 40, le préfet de la Sarthe a refusé de faire droit à cette demande, a fait obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par une décision du même jour, le préfet de la Sarthe a ordonné son placement en rétention. Le recours présenté contre cet arrêté a été rejeté le 3 août 2024 par le juge de la liberté et de la détention du tribunal judiciaire d'Orléans, qui a prolongé le maintien du requérant en rétention pour une durée de vingt-six jours, et dont l'ordonnance a été confirmée en appel. Par une requête enregistrée le 1er août 2024 à 9 h 08, M. D demande l'annulation de l'ensemble des décisions contenues dans l'arrêté du 30 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Il résulte de ces dispositions que cette carte de séjour peut être délivrée sans présentation d'un visa de long séjour prévu à l'article L. 412-1, lorsque l'étranger justifie cumulativement d'une entrée régulière sur le territoire français, d'un mariage en France et d'une communauté de vie effective d'au moins six mois sur le territoire.
3. Pour refuser de délivrer à M. D un titre de séjour en sa qualité de conjoint d'un ressortissant français, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur la circonstance que, d'une part, l'intéressé ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français, dès lors qu'il n'apportait aucune preuve de l'effectivité de sa communauté de vie avec son épouse et qu'il constituait une menace pour l'ordre public en raison des faits commis le 30 juillet 2024.
4. M. D a fait valoir à l'audience qu'il contestait l'appréciation portée par le préfet de la Sarthe sur la durée de la vie commune avec Mme C, et que c'est à tort que l'autorité préfectorale a considéré, pour lui opposer un refus de titre de séjour, que n'était pas établie une vie commune et effective depuis au moins six mois. En invoquant ainsi son mariage et la durée de la vie commune, M. D doit être regardé comme soulevant, à l'appui de ses conclusions présentées contre la décision portant refus de titre de séjour, un moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D, dont la régularité de l'entrée sur le territoire français et la célébration en France de son mariage avec Mme C, ressortissante française, ne sont pas même discutés par le préfet de la Sarthe, produit dans le cadre de la présente instance deux attestations de " titulaire de contrat " établies par EDF, l'une le 3 juillet 2023 et l'autre le 6 février 2024, afférentes au contrat de fourniture d'électricité pour le logement dont Mme C est locataire auprès de Sarthe Habitat, le récapitulatif des démarches en ligne par lesquelles Mme C, allocataire de la CAF de la Sarthe, a déclaré son mariage avec M. D ainsi que la confirmation de sa situation familiale auprès du même organisme le 28 décembre 2023, une facture en date du 10 janvier 2024 établie au nom de M. D afférente au contrat de la fourniture internet du même logement, ainsi qu'un ensemble de clichés qui, s'il a été indiqué à l'audience que certains étaient récents - pour avoir été pris dans le courant du mois de juin dernier lors de la venue du père et de la tante du requérant en France -, d'autres sont plus anciens, sans qu'il soit contredit - en l'absence de représentant du préfet de la Sarthe à l'audience - qu'ils ont été pris au cours de l'année 2022, année du début de la relation amoureuse du couple selon les précisions de l'attestation établie par Mme C, et au cours de l'année 2023. Par ailleurs, le requérant a indiqué, lors de son audition par les forces de l'ordre le 20 juin 2023, qu'il vivait avec son épouse et qu'ils occupaient le même logement depuis le mois de janvier précédent. Par ailleurs, pour regrettables qu'aient été les faits du 30 juillet 2024, il ne ressort d'aucun élément du dossier que la relation du couple serait conflictuelle et donnerait lieu à des violences conjugales commises par M. D à l'encontre de Mme C. Dans ces conditions, M. D, dont le comportement ayant entraîné son interpellation le 30 juillet 2024 ne peut être regardé comme constitutif d'une menace à l'ordre public, est fondé à soutenir que le préfet de la Sarthe ne pouvait lui opposer la condition d'une vie commune et effective depuis plus de six mois pour refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 30 juillet 2024 ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
7. Eu égard au motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, sous réserve d'un changement de circonstances de fait ou de droit, qu'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " soit délivrée à M. D. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un tel titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 30 juillet 2024 du préfet de la Sarthe est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à M. D une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Sarthe.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
La magistrate désignée,
Véronique E
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026