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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403243

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403243

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403243
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné la requête de M. J F, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de la Sarthe du 30 juillet 2024 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans. Le requérant invoquait notamment une erreur manifeste d'appréciation, l'insuffisance de motivation et l'incompétence de l'auteur de l'acte. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que M. F représentait une menace pour l'ordre public, compte tenu de son maintien irrégulier et de ses antécédents judiciaires. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2024 à 11 h 10, M. J F, représenté par Me Greffard-Poisson, avocate, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2024 par lequel le préfet de la Sarthe a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- l'autorité préfectorale a entaché sa décision d'interdiction de retour pour une durée de quatre ans d'erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il constitue une menace à l'ordre public et en se fondant sur son seul maintien irrégulier sur le territoire français, sans caractériser en quoi il constituerait une menace à l'ordre public ni prendre en compte les liens qu'il entretient avec la France, où il est entré mineur avant d'être confié à l'aide sociale, pas davantage que les pathologies dont il est atteint et le traitement qui lui est administré ;

- l'annulation de cette décision devra entraîner l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un mémoire enregistré le 8 août 2024 à 08 h 55, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme K pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le préfet de la Sarthe n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme K ;

- les observations de Me Greffard-Poisson, avocate représentant le requérant, qui reprend les conclusions et moyens des écritures, et fait valoir en outre qu'à la suite de l'annulation par le juge administratif de la précédente interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Sarthe n'était pas tenu de prendre une nouvelle interdiction de retour, au surplus en en portant la durée à quatre ans ; qu'au contraire, la situation du requérant doit être regardée comme des circonstances humanitaires faisant obstacle à une telle mesure, dès lors qu'il s'agit d'un très jeune homme qui n'a fait l'objet que d'une seule mesure d'éloignement et qui n'a jamais résisté à l'exécution de cette mesure, alors qu'entré mineur sur le territoire français, il n'y était pas en situation irrégulière jusqu'à sa majorité ; que ses difficultés sont toutes intimement liées à son état de santé, qu'il s'agisse des difficultés dans le suivi de sa situation au regard de la réglementation sur le séjour, du suivi des soins qui lui étaient prodigués, notamment dans le cadre de sa récente hospitalisation - dans le cadre de laquelle il a refusé la poursuite des soins pour ne plus avoir l'impression de ne pas être capable de gérer sa vie -, de la délinquance qui lui est reprochée et de la consommation de stupéfiants ; par ailleurs, les faits pour lesquels il a été interpellé le 30 juillet 2024 ne sont pas univoques, puisque la jeune fille qui a été entendue à raison de faits d'agression sexuelle n'a pas voulu déposer plainte et que le procureur de la République a renoncé aux poursuites et classé le dossier sans suite ; et qu'ainsi, l'irrégularité du séjour procède de cet état de santé, qui lui a fait perdre pied dans ses relations avec ses éducateurs, échouer dans sa scolarité et commettre des faits délictueux ; qu'il a de la famille en France alors que les relations avec sa famille dans son pays d'origine sont difficiles ;

- les observations de M. F, requérant, assisté de Mme C, interprète en langue arabe, qui a précisé n'avoir aucun élément supplémentaire à porter à la connaissance du tribunal.

En application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après les observations orales, à 14 h 23.

Considérant ce qui suit :

1. M. J F, ressortissant tunisien né le 21 décembre 2004, est entré en France en 2020 selon ses déclarations et s'y est maintenu sans engager de démarches en vue de la régularisation de son séjour sur le territoire français. Le 28 février 2023, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, d'une décision de refus de départ volontaire et d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Ces deux dernières décisions ont été annulées par le tribunal administratif de Toulouse par jugement du 4 mai 2023. A la suite d'une condamnation par le juge judiciaire en novembre 2023 et de la révocation du sursis assortissant une précédente condamnation pénale, il a été élargi du centre pénitentiaire de Toulouse le 25 avril 2024 selon la fiche pénale produite. A la suite son interpellation par les forces de l'ordre le 30 juillet 2024 pour des faits de violence en état d'ivresse et agression sexuelle aggravée, le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 30 juillet 2024, notifié le même jour à 17 h 30, pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de quatre ans. M. F, qui a été placé en rétention par un arrêté du 30 juillet 2024, demande l'annulation de l'arrêté lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

2. Par un arrêté du 13 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe et disponible sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme H D, adjointe au chef du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement de M. I A, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de Mme B E, cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux. Il n'est ni établi ni même allégué que M. A et Mme E n'auraient pas été absents ou empêchés à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

4. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions citées au point précédent, précise les circonstances propres à M. F, tirées de ce qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement et de l'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire dont cette mesure était assortie, de son maintien irrégulier sur le territoire français, des condamnations pénales prononcées à son encontre, de sa situation personnelle et familiale tant en France que dans son pays d'origine et de l'absence de justification de son insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français et de ressources propres, sur lesquelles le préfet de la Sarthe s'est fondé pour fixer la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre. Cette décision est ainsi suffisamment motivée s'agissant tant de son principe que de sa durée.

5. Si M. G fait valoir à l'audience que le préfet de la Sarthe n'était pas tenu de prendre une nouvelle interdiction de quitter le territoire français à la suite de l'annulation de la précédente, au demeurant en en portant la durée d'une à quatre années, il est constant que l'intéressé entrait dans le champ d'application de cette mesure et qu'il était ainsi possible pour l'autorité préfectorale de prendre une nouvelle mesure d'interdiction de retour en portant une appréciation sur les éléments de fait existant à la date à laquelle elle a été prise pour fixer une durée différente de celle prévue par la première décision, annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire qui lui était faite.

6. M. G, qui se prévalait dans ses écritures de son état de santé et des traitements qui lui sont administrés, a soutenu à l'audience que son état de santé constitue une circonstance humanitaire justifiant que ne soit pas prononcée une interdiction de retour sur le territoire français. Il ressort des pièces médicales produites à l'appui de la requête que si le requérant est atteint de troubles psychiatriques et a été hospitalisé entre le 25 avril 2024 et le 22 juin 2024 pour trouble du comportement en détention et trouble de l'humeur et a connu un épisode délirant dans le cadre d'une maladie bipolaire, avec suivi addictologique et psychologique et s'est vu, à cette occasion, prescrire un traitement médicamenteux par comprimés orodispersibles pour une durée de trente jours, il a été mis un terme à son hospitalisation pour non adhésion aux soins proposés par l'équipe médicale, alors qu'il " reprend assidûment les consommations de cannabis, pour lequel il a une vraie dépendance ". Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé s'alcoolise également fortement, ainsi qu'il a été relevé dès l'établissement du projet de prise en charge " jeune majeur " par le conseil départemental de la Haute-Garonne en date du 25 octobre 2023 et lors de son audition par les services de police le 30 juillet 2024. Dans le cadre de cette audition, il a au demeurant précisé qu'il a arrêté son traitement. Dans ces conditions, l'état de santé de l'intéressé ne saurait être regardé comme constitutif de circonstances humanitaires justifiant que ne soit pas édictée une interdiction de retour.

7. Par ailleurs, si M. F est entré en France alors qu'il était âgé de 16 ans et qu'il a ainsi pu résider en France sans être en situation irrégulière jusqu'à sa majorité, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait en France des attaches familiales ou amicales, alors qu'il est constant qu'il est célibataire, n'est plus scolarisé et n'a pas d'emploi. En outre, il a fait l'objet d'une condamnation le 1er mars 2023 à six mois d'emprisonnement avec sursis pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants et détention non autorisée de stupéfiants, le sursis ayant été révoqué, à hauteur de deux mois, à la suite d'une condamnation par le juge judiciaire le 15 novembre 2023 à quatre mois d'emprisonnement en raison de faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive, rébellion en récidive et violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en récidive. Dans le dernier état, il a été interpellé à la suite de faits de violences en état d'ivresse - qu'il n'a pas contestés devant les forces de l'ordre au cours de son audition - alors même qu'aucune poursuite n'a été engagée et que, s'agissant des faits d'agression sexuelle, la jeune femme concernée n'a pas porté plainte. En outre, il est constant que malgré le rejet de son recours contre la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre - l'annulation du refus de délai de départ volontaire et de l'interdiction de retour dont elle était assortie étant à cet égard sans incidence -, il n'a pas déféré à cette mesure et s'est maintenu irrégulièrement en France. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, fixer à quatre ans la durée de l'interdiction de retour prononcée à son encontre.

8. Il suit de là que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée et que sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J F et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

La magistrate désignée,

Véronique K

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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