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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403336

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403336

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 3 septembre 2024 par laquelle la commission de médiation du Loiret a rejeté son recours gracieux dirigé contre la décision du 18 juin 2024 rejetant pour irrecevabilité sa demande de relogement fondée sur l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

Il soutient que :

- il est reconnu réfugié politique ;

- il n'a pas quitté la France depuis 2017 et travaille ;

- son fils aîné est arrivé en France le 8 avril 2023 et ses quatre autres fils le 7 octobre 2023 et sont tous reconnus comme réfugiés ;

- ils vivent dans un logement de 37 m² à six personnes ;

- il a fait une demande de logement DALO ;

- son logement est surpeuplé et ses enfants ne peuvent pas faire correctement leur travail scolaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le requérant ne remplit pas les conditions de séjour régulier pour l'ensemble des membres de sa famille ce qui est une condition essentielle pour l'éligibilité au recours DALO.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 20 avril 2022 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Duplantier, avocate de M. A, et de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A, titulaire d'une carte de résident valable du 31 décembre 2023 jusqu'au 30 décembre 2033, occupe un logement sis 1 allée des Sycomores à Orléans appartenant à la SCI Syndicat des copropriétaires des Roseraies d'une surface de 37 m². Il a adressé à la commission de médiation un recours amiable en vue d'obtenir une offre de logement en faisant valoir que ses cinq enfants étaient entrés en France en avril et octobre 2023 et que son logement était sur-occupé. Cette demande a été enregistrée le 4 avril 2024. Par décision du 18 juin 2024, la commission de médiation du Loiret a rejeté sa demande au motif qu'il ne respecte pas la condition de permanence du séjour régulier de ses enfants applicables aux personnes de nationalité étrangères pour l'exercice du recours DALO défini par les articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 3 septembre 2024, la commission a confirmé sa décision du 18 juin 2024.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir ". Aux termes de l'article R. 300-2 de ce code : " Remplissent les conditions de permanence de la résidence en France mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1 les étrangers autres que ceux visés à l'article R. 300-1 titulaires: / 1° Soit d'un titre de séjour d'une durée égale ou supérieure à un an, sous réserve que celui-ci ne soit pas périmé ; / 2° Soit d'un titre de séjour d'une durée inférieure à un an autorisant son titulaire à exercer une activité professionnelle ; / 3° Soit d'un visa d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à un titre de séjour. / Un arrêté conjoint du ministre de l'intérieur et du ministre en charge du logement fixe la liste des titres de séjour concernés ". L'arrêté du 20 avril 2022 visé ci-dessus mentionne parmi les titres de séjour permettant de justifier d'une résidence permanente en France, au sens de ces dispositions, les documents suivants : " 1. La carte de résident ; () 10. Récépissé de demande de carte de résident délivrée aux conjoints de réfugiés ou de bénéficiaires de la protection subsidiaire arrivés dans le cadre de la procédure de réunification familiale prévue aux articles L. 561-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile la carte de résident prévue à l'article L. 424-1, délivrée à l'étranger reconnu réfugié, est également délivrée à son conjoint, son partenaire avec lequel il est lié par une union civile ou son concubin, s'il a été autorisé à séjourner en France au titre de la réunification familiale dans les conditions prévues aux articles L. 561-2 à L. 561-5. Selon le 1° de l'article L. 561-2 du même code, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile. Ces dispositions reconnaissent au ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié le droit d'être rejoint par son conjoint, si le mariage est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile, sans, aux termes de l'article L. 561-4 du code, conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement, contrairement à ce qu'exigent, pour les autres étrangers, les dispositions relatives au regroupement familial, et les dispositions de l'article L. 561-5 du code, prévoient que le conjoint doit solliciter, à cette fin, auprès des autorités diplomatiques et consulaires, un visa d'entrée en France pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois. En vertu de l'article R. 431-12 du même code, le conjoint de réfugié entré en France muni de ce visa de long séjour et qui a déposé une demande de carte de résident en application de l'article

L. 561-2 déjà mentionné est mis en possession d'un récépissé de demande de titre de séjour qui l'autorise à travailler.

4. Enfin, aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social () ". Il résulte des dispositions des articles L. 441-1 et R. 441-1 du code de la construction et de l'habitation que les conditions réglementaires d'accès au logement social sont appréciées en prenant en compte la situation de l'ensemble des personnes du foyer pour le logement duquel un logement social est demandé et qu'au nombre de ces conditions figurent notamment celles que ces personnes séjournent régulièrement sur le territoire français et qu'elles y aient leur résidence permanente. Il résulte de la combinaison de l'ensemble des dispositions mentionnées aux points précédents que la commission de médiation refuse ainsi légalement de reconnaître un demandeur comme prioritaire et devant être logé d'urgence au motif que les personnes composant le foyer pour le logement duquel il a présenté sa demande ne séjournent pas toutes régulièrement sur le territoire français ou n'y ont pas leur résidence permanente.

5. Il résulte des dispositions rappelées aux points 2 et 3 que la loi a entendu permettre l'installation en France des conjoints de réfugiés selon des modalités plus souples que celles de la procédure de regroupement familial. Il en résulte que tant le visa de long séjour délivré au conjoint de réfugié en application de l'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le récépissé de demande de carte de résident qui lui est délivré en application de l'article R. 431-2 du même code répondent aux conditions posées par l'article R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Ces documents doivent être regardés comme permettant à l'intéressé de justifier de sa résidence permanente en France, au sens de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation.

6. Il résulte de l'instruction que la demande adressée par le requérant à la commission de médiation du Loiret et enregistrée le 4 avril 2024 mentionne le nom de son épouse dans la liste des personnes composant son foyer pour le logement duquel un logement social est sollicité. L'intéressée ne dispose ni de la carte de résident, ni du visa exigé par les dispositions de l'article L. 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni du récépissé délivré par la préfecture à l'étranger lors de sa demande de carte de résident présentée sur le fondement de l'article L. 561-2 du code précité. Si dans sa lettre adressée le 7 février 2023 au requérant, la préfète du Loiret a donné son accord à la demande d'introduction en France de son épouse au titre du regroupement familial, cet accord a été donné sous réserve d'un contrôle médical de son épouse et de la délivrance du visa long séjour par le consulat de France de son pays de résidence. Par suite, même s'il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'indique la décision du 18 juin 2024 de la commission de médiation, les enfants du requérant résident régulièrement en France, la commission de médiation était en droit de rejeter la demande de logement formulée par l'intéressé dès lors que toutes les personnes composant le foyer pour le logement duquel il a présenté sa demande ne séjournent pas régulièrement sur le territoire français.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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