Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 août 2024 et le 22 août 2024, Mme C... D..., représentée par Me Bikindou, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 5 juillet 2024 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l’attente de la constitution de son dossier d’admission au séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S’agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d’incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur de fait quant à l’infraction d’usage de faux documents administratifs ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’elle n’a pas pu présenter d’observations sur la fixation du pays de destination.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret, qui n’a pas produit d’observations en défense.
Par ordonnance du 31 décembre 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 30 janvier 2026.
Un mémoire en défense, présenté pour la préfète du Loiret, a été enregistré le 3 mars 2026, postérieurement à la clôture de l’instruction, et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Ploteau,
- et les observations de Me Bikindou, représentant Mme D....
Une note en délibéré, présentée pour la requérante a été enregistrée le 26 mars 2026.
Considérant ce qui suit :
Mme C... D..., ressortissante congolaise (République du Congo), est entrée en France le 21 juillet 2018, munie d’un visa de court séjour valable jusqu’au 20 août 2018. Par un arrêté du 1er septembre 2020, le préfet du Rhône l’a obligée à quitter le territoire français. Le 31 août 2023, Mme D... a demandé la régularisation de sa situation au titre de l’admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 5 juillet 2024, dont elle demande l’annulation, la préfète du Loiret a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par M. Stéphane Costaglioli, secrétaire général de la préfecture du Loiret. Par un arrêté du 29 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 45-2024-142, Mme B... A..., préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Stéphane Costaglioli à l’effet de signer « tous arrêtés, décisions (…) relevant des attributions de l’Etat dans le département du Loiret (…) », à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu, l’arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment les textes applicables et les conditions d’entrée et de séjour de Mme D... en France. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions de refus de titre de séjour et fixant le pays de destination doit être écarté.
En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l’arrêté attaqué, lequel mentionne notamment l’obtention du baccalauréat par la requérante en 2023, son inscription en première année à l’institut de formation en soins infirmiers, sa situation familiale en France ainsi que l’absence de risque d’être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour au Congo, que la préfète du Loiret n’aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de Mme D.... Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. (…) »
Mme D... soutient qu’elle justifie d’une intégration sociale en France dès lors qu’elle y a obtenu le baccalauréat en 2023 et était inscrite en première année à l’institut de formation en soins infirmiers à la date de l’arrêté attaqué, afin d’obtenir une qualification professionnelle. Elle fait également valoir que son oncle, à qui l’autorité parentale avait été délégué durant sa minorité, l’héberge. Toutefois, ces seuls éléments ne caractérisent pas un motif exceptionnel d’admission au séjour au sens des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
En deuxième lieu, la requérante soutient que la préfète ne pouvait légalement se fonder sur la circonstance qu’elle aurait commis des faits d’usage de faux documents administratifs, dès lors que la détention d’un passeport et d’une carte consulaire avec deux années de naissance différentes résulte d’une erreur de transcription de son acte de naissance, laquelle a été rectifiée depuis ainsi que le démontre le jugement du 24 octobre 2019 de la République du Congo qu’elle produit. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la préfète du Loiret aurait pris la même décision de refus d’admission exceptionnelle au séjour en se fondant uniquement sur les motifs évoqués au point 6. Ainsi, cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de la décision de refus de titre de séjour.
En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Par ailleurs, s’agissant de la décision de refus de titre de séjour, l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dispose : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423- 22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine. (…) ».
Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D... aurait fondé sa demande de titre de séjour sur les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et la préfète du Loiret n’a pas examiné d’office si Mme D... pouvait prétendre à la délivrance d’un titre de séjour sur ce fondement. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaîtrait ces dispositions. En outre et en toute hypothèse, si la requérante fait valoir qu’elle résidait en France depuis cinq ans à la date de la décision contestée et qu’elle s’y est intégrée en bâtissant notamment un réseau amical important, elle ne produit aucune pièce ni même aucune précision de nature à établir la réalité des liens tissés en France. Par ailleurs, s’il ressort des pièces du dossier que Mme D... réside chez son oncle et est inscrite à l’institut de formation des soins infirmiers, elle ne démontre pas ni même n’allègue être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’en refusant de l’admettre à titre exceptionnel au séjour et en l’obligeant à quitter le territoire français, la préfète du Loiret aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point précédent doit être écarté.
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la décision de refus de titre de séjour n’est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de l’exception d’illégalité de cette décision doit être écarté.
En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de ce que l’obligation de quitter le territoire français est entaché d’une violation des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
Si Mme D... soutient qu’elle n’a pas été mise à même de présenter ses observations sur le pays de destination de la mesure d’éloignement, elle a pu présenter sa situation lors du dépôt de sa demande de titre de séjour et n’indique en tout état de cause pas quels éléments elle aurait pu porter à la connaissance de l’administration s’agissant spécifiquement de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement. Dans ces conditions, ce moyen ne peut qu’être écarté.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d’injonction et de celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D... et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l’audience du 19 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Lacassagne, président,
Mme Bernard, première conseillère,
Mme Ploteau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2026.
La rapporteure,
Coralie PLOTEAU
Le président,
Denis LACASSAGNE
La greffière,
Anne-Gaëlle BRICHET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.