mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403458 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES -JUGE UNIQUE |
| Avocat requérant | CABINET ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, M. B A, représenté par
Me Gaëlle Duplantier, demande au tribunal :
1) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 de la préfète du Loiret l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant la Côte d'Ivoire comme pays de destination de sa reconduite et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2) d'enjoindre à la préfète du Loiret de l'admettre au séjour le temps de procéder à un nouvel examen de sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à partir du délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ;
3) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son avocat, la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'erreur de fait et de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, n'a pas été précédé d'un examen personnel et attentif de sa situation ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un défaut de base légale et manque en droit et doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2024, la préfète du Loiret, représentée par la Selarl Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
10 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 modifié portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Duplantier, avocate de M. A, et de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 25 mai 2006, a été interpellé et placé en garde à vue le 4 juin 2024 par les services de la sécurité publique d'Orléans. Il a déclaré être entré en France en 2021 sans pouvoir justifier d'une entrée régulière. Par une ordonnance du 11 février 2022, le juge des enfants du tribunal judiciaire d'Orléans l'a confié au service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 11 février 2023. Par une ordonnance du 28 février 2022, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire d'Orléans agissant en qualité de juge des tutelles a désigné le département du Loiret comme tuteur de l'intéressé. L'intéressé s'étant maintenu sur le territoire français sans entamer de démarches en vue de régulariser sa situation, la préfète du Loiret, par l'arrêté attaqué du 4 juin 2024, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la Côte d'Ivoire et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".
3. Le requérant soutient qu'il n'entre pas dans le champ d'application de ces dispositions en faisant valoir qu'il est constant qu'il est entré en France alors qu'il était mineur, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance, qu'il est aujourd'hui âgé de dix-huit ans, que l'autorité préfectorale s'abstient totalement de faire référence au fait qu'une demande de délivrance d'un titre de séjour aurait été présentée dans son intérêt par les services de l'aide sociale à l'enfance auxquels il a été confié et qui sont tenus d'un tel accompagnement lors de l'accession à la majorité et qu'il est encore dans le délai pour présenter une telle demande. Toutefois, il n'établit pas être entré régulièrement en France et avoir formulé de demande de délivrance de carte de séjour lorsqu'il a atteint l'âge de dix-huit ans et avant l'intervention de l'arrêté attaqué. La circonstance qu'il serait encore dans le délai pour présenter une telle demande est sans incidence sur l'application des dispositions précitées. Enfin, en raison de l'indépendance des législations, la circonstance qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité est également sans incidence sur l'application de ces dispositions. Par suite, il entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 1° de l'article
L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur de fait ou de droit en prenant l'obligation de quitter le territoire sur leur fondement.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen personnel et attentif de la situation personnelle du requérant avant de prendre l'arrêté attaqué.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
6. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté attaqué mentionne les dispositions de l'article L. 612-8 précité. Par ailleurs, dès lors que le requérant faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire, ces dispositions permettaient à la préfète du Loiret de prendre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée. Par suite, cette décision ne manque pas de base légale et n'est pas entachée d'erreur de droit.
7. D'autre part, il ressort de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, que la requête de M. A doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Jean-Michel DELANDRE
La greffière,
Florence PINGUET-COMMEREUCLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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