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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403486

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403486

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, M. B A, représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre provisoirement au séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il remplit les conditions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision attaquée, qui retient le contraire, est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- la préfète a, à tout le moins, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- elle n'a pas non plus procédé à un examen personnel et attentif de sa situation ;

- étant dépourvue de base légale, la décision portant obligation de quitter le territoire français encourt l'annulation.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lesieux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né en 1991, est entré en France le 8 mars 2022 selon ses déclarations. A la suite du rejet de sa demande d'asile, en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 14 février 2023, il a sollicité, le 31 août 2023, son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mai 2024, la préfète du Loiret a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ()".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Pour rejeter la demande de M. A, la préfète du Loiret a estimé, au vu de l'avis émis le 6 février 2024 par le collège des médecins de l'OFII, dont elle s'est appropriée les termes, que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a levé le secret médical, souffre d'une hépatite B nécessitant un traitement antiviral quotidien, un suivi échographique semestriel et un suivi biologique régulier. Si le requérant soutient que le médicament qui lui est prescrit en France, commercialisé sous le nom de marque Viread, ne figure pas sur la 7ème édition de la liste nationale des médicaments essentiels éditée en 2021 en République de Guinée, il n'établit pas, ni même n'allègue qu'il n'existerait dans ce pays aucun traitement équivalent de sa pathologie et ce alors au demeurant que la liste nationale des médicaments essentiels, produite par le requérant, comprend des antiviraux et en particulier du Tenofovir, mentionné comme équivalent au Viread dans l'ordonnance du 6 décembre 2023 qu'il produit au soutien de sa requête. Par suite, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'intéressé pouvait effectivement bénéficier d'un traitement approprié de sa pathologie dans son pays d'origine, la préfète du Loiret n'a entaché sa décision ni d'une erreur de fait, ni d'une erreur de droit.

6. En deuxième lieu, M. A fait valoir ses efforts d'insertion en France par les activités bénévoles qu'il exerce depuis 2022. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, célibataire et sans charge de famille, est entré en France à l'âge de trente-et-un ans après avoir passé l'essentiel de sa vie dans son pays d'origine où résident sa mère et ses trois frères. Dans ces conditions, la préfète du Loiret n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant d'édicter la décision de refus de titre de séjour en litige.

8. En dernier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La présidente-rapporteure,

Sophie LESIEUX

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARD La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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