mardi 20 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403487 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MOIROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 août 2024 et le 16 août 2024, M. D C, représenté par Me Dufour, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée de deux ans, ensemble l'arrêté du même jour par lequel cette même autorité l'a assigné à résidence dans la ville de Blois (Loir-et-Cher) pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors qu'il n'a plus aucune attache en Algérie ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en considération des persécutions qu'il encourt en Algérie du fait de son activité de " blogueur " ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est illégale en considération des risques encourus dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne l'obligation de présentation contenue dans l'arrêté portant assignation à résidence :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 18 août 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Dufour, représentant M. C, qui persiste dans ses conclusions, par les mêmes moyens et demande que lui soit accordé le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, et de M. C, assisté de Mme B, interprète, qui indique être en France depuis le 28 novembre 2023 et avoir des oncles et des cousins résidant en France et ajoute que si ses père et mère vivent toujours en Algérie avec l'un de ses frères, son second frère vivant dans ce même pays y a été assassiné.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 25 octobre 1993, est entré irrégulièrement en France le 28 novembre 2023 selon ses déclarations. Par un arrêté du 12 août 2024, le préfet de Loir-et-Cher lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, cette même autorité l'a assigné à résidence dans la ville de Blois (Loir-et-Cher) pour une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 8h30 au commissariat de Blois. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. C à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fin d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. C fait valoir que ses attaches familiales sont désormais en France, qu'il est hébergé par sa sœur, qu'il suit des cours d'apprentissage de la langue française et qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort, d'abord, des propres déclarations de l'intéressé faite à l'audience que son entrée en France, qui remonte à moins d'un an, est très récente. Il n'est pas davantage contesté qu'entré en France sans pouvoir justifier d'un passeport en cours de validité, il s'y est maintenu irrégulièrement sans jamais accomplir de démarches en vue de régulariser sa situation. Ensuite, le requérant, célibataire et sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans et où résident encore, selon ses propres déclarations, son père, sa mère et l'un de ses frères. Enfin, M. C ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale particulière. Dans ces conditions, alors même que l'intéressé bénéficie d'un hébergement chez sa sœur, que ses oncles et cousins résident en France et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le préfet de Loir-et-Cher n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En second lieu, le moyen tiré des risques encourus par M. C en cas de retour dans son pays d'origine est, en tout état de cause, inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel le requérant doit être éloigné.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. C soutient qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son activité militante sur des blogs en faveur de victimes du terrorisme. Toutefois, l'intéressé, qui n'a jamais sollicité son admission en France au titre de l'asile, ne produit aucun élément ou document à l'appui de ses allégations permettant d'établir qu'il ferait personnellement l'objet de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Algérie. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de présentation aux services de police contenue dans l'arrêté portant assignation à résidence :
9. Il résulte des éléments exposés aux points 4 à 6 que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français pris à l'égard de M. C n'est pas illégal. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à se présenter aux services de police contenue dans l'arrêté portant assignation à résidence est dépourvue de base légale. Ce moyen doit donc être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de
Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 août 2024.
Le magistrat désigné,
Emmanuel A
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026