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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403490

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403490

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403490
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET DUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 août 2024, Mme A B, représentée par Me Duplantier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel la préfète du Loiret a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut, de reprendre l'instruction de son dossier et de l'admettre provisoirement au séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, au besoin sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est à tout le moins entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, familiale et médicale ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français étant dépourvue de base légale, elle encourt l'annulation.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La demande de Mme B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle a été rejetée par une décision du 10 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Lesieux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo née en 1966, est entrée irrégulièrement en France le 10 octobre 2012 selon ses déclarations. A la suite du rejet définitif de sa demande d'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 13 décembre 2013, elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement par un arrêté préfectoral du 26 mars 2014 à laquelle elle n'a pas déféré. Elle s'est alors maintenue en situation irrégulière sur le territoire français et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le 8 décembre 2017, en faisant valoir son état de santé. Un titre de séjour, valable du 24 août 2018 et 23 août 2019, lui a alors été délivré et renouvelé jusqu'au 30 septembre 2020. Par un arrêté du 1er mars 2021, la préfète du Loiret lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 20 juin 2022, le tribunal a annulé cet arrêté pour erreur manifeste d'appréciation eu égard notamment à la durée de la présence en France de l'intéressée et à la présence de sa fille, en situation régulière, qui la prend en charge, et de sa petite-fille, de nationalité française. En exécution de ce jugement, Mme B a été munie d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 7 septembre 2022 au 6 septembre 2023. Par un arrêté du 7 mai 2024, dont Mme B demande l'annulation, la préfète du Loiret a refusé le renouvellement de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Mme B fait valoir la durée de sa présence en France, ses liens avec sa fille, titulaire d'une carte de résident et de sa petite-fille, de nationalité française, ses multiples pathologies l'empêchant de justifier d'une insertion sociale en France, le décès de son époux et l'absence de lien avec son fils resté dans son pays d'origine, ainsi que la circonstance que par un précédent jugement, le tribunal a admis qu'elle remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". S'il est constant que Mme B a subi une amputation du membre inférieur gauche en octobre 2010 alors qu'elle résidait en République démocratique du Congo, qu'elle a bénéficié d'un appareillage à son arrivée en France et qu'elle souffre de multiples pathologies dont le suivi est assuré sur le territoire français, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et ce alors que sa demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été rejetée sans que l'appréciation portée par le préfet, au vu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 2 février 2021, ne soit remise en cause. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de sa fille, en situation régulière en France, et de sa petite-fille, de nationalité française, désormais âgée de vingt ans, revêt un caractère indispensable et ce alors que contrairement aux mentions portées dans l'attestation d'hébergement établie par sa fille le 22 mars 2021, l'intéressée réside désormais seule, depuis le 10 juillet 2023, dans un appartement relevant d'un des établissements médico-sociaux de l'association Apléat-ACEP de Montargis. En outre, s'il n'est pas contesté que Mme B est entrée en France en 2012 et qu'elle a bénéficié de titres de séjour, valables du 24 août 2018 au 30 septembre 2020 et du 7 septembre 2022 au 6 septembre 2023, elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement dès 2014, qu'elle n'a pas mise à exécution, et s'est maintenue en situation irrégulière sur le territoire français la majeure partie de son séjour, après avoir vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans dans son pays d'origine, où elle n'est nécessairement pas dépourvue d'attaches personnelles ni même d'attaches familiales en la personne de son fils. Enfin, si elle fait valoir des évènements traumatiques subis en République démocratique du Congo, la production d'une copie de la carte militaire de son concubin décédé ne saurait suffire à établir qu'un retour dans son pays d'origine et la prise en charge par un psychologue dans ce pays seraient à exclure. Ainsi, eu égard aux conditions d'entrée et de séjour en France de Mme B, la préfète du Loiret n'a entaché sa décision de refus de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'aucune erreur de fait, ni de droit. Elle n'a pas davantage porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Loiret se serait abstenue de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de Mme B, au vu des pièces portées à sa connaissance, avant d'édicter la décision de refus de titre de séjour en litige.

5. En dernier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et, en tout état de cause, celles présentées par son conseil au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Loiret.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lesieux, présidente,

Mme Bernard, première conseillère,

M. Nehring, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

La présidente-rapporteure,

Sophie LESIEUX

L'assesseure la plus ancienne,

Pauline BERNARDLa greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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