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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403500

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403500

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE - CRA OLIVET

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 août et le 19 août 2024 sous le n° 2403500, M. H F, représenté par Me Boezec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 août 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de sept ans ;

2°) de renvoyer le jugement concernant le refus de titre à la formation collégiale ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et à titre subsidiaire de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous les mêmes conditions d'astreinte.

M. F soutient que :

Sur l'ensemble de l'arrêté :

- la compétence de son signataire n'est pas démontrée ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors d'une part qu'il est présent en France depuis plus de dix ans et que le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour, d'autre part que son comportement à la date de la décision attaquée ne saurait caractériser une menace à l'ordre public et que le préfet ne s'est fondé à tort que sur une précédente condamnation pénale dans le cadre de laquelle il a été relaxé de certains faits, et enfin que son épouse, leurs enfants et sa belle-fille résident en France en situation régulière et qu'il n'a plus aucune famille proche dans son pays d'origine ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre ;

- elle méconnaît les droits de la défense ;

- elle est entachée d'un détournement de procédure ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, dès lors que l'ensemble de sa famille vit sur le territoire français, et que son épouse est toujours titulaire du statut de réfugiée politique, contrairement à ce que soutient le préfet ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 et de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des articles 31 et 33 de la convention de Genève ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions qui en constituent le fondement ;

- le préfet ne justifie pas le prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français alors que l'autorité judiciaire n'avait quant à elle pas prononcé d'interdiction judiciaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

II. Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 août et le 29 août 2024, sous le n° 2403569, M. H F, représenté par Me Boezec, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé son maintien en rétention administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas démontrée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

III. Par une requête et des mémoires enregistrés le 23 août et le 29 août 2024, sous le n° 2403576, M. H F, représenté par Me Boezec, demande au tribunal d'annuler les mêmes décisions que celles contestées dans la requête enregistrée sous le n° 2403500.

Il soulève les mêmes moyens.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- le décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pauline Bernard pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 septembre 2024 :

- le rapport de Mme E ;

- les observations de Me Dufour, substituant Me Boezec, représentant M. F et les observations de M. F, qui s'en sont remis aux moyens soulevés dans la requête tout en insistant sur le fait que la décision portant obligation de quitter le territoire français constitue un détournement de procédure portant atteinte aux droits de la défense, que la menace à l'ordre public n'est pas démontrée, que cette décision conduit à le placer en infraction au regard des obligations de son suivi socio-judiciaire, que cette décision et la décision fixant le pays de destination de cette mesure portent atteinte au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ses attaches familiales se trouvant en France et méconnaissent l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant russe né le 10 mars 1982, déclare être entré en France en 2007. En 2008, il a obtenu le statut de réfugié, qui lui a été retiré par une décision du 26 février 2021de l'Office français des réfugiés et apatrides. Le 13 mai 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 14 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de sept ans. Par ses requêtes enregistrées sous le numéro 2403500 et le numéro 2403576, M. F demande l'annulation de cet arrêté. Le même jour, le préfet de la

Loire-Atlantique a prononcé son placement en centre de rétention administrative. Ce placement a été prolongé par un arrêté de maintien en rétention pris par le préfet de la Loire-Atlantique le 21 août 2024. Par sa requête enregistrée sous le numéro 2403569, M. F demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur la jonction :

2. Les trois affaires visées ci-dessus, qui concernent un même requérant, ont fait l'objet d'une instruction commune et présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.

Sur les conclusions tendant au renvoi devant la formation collégiale :

3. Dès lors que l'arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français, pris à l'encontre de M. F est intervenu après le 15 juillet 2024, les conclusions dirigées contre cet arrêté doivent être examinées selon les modalités définies par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction applicable à partir de l'entrée en vigueur de la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 et du décret n° 2024-799 du 2 juillet 2024. Il appartient dès lors au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision de refus de titre de séjour contenue dans l'arrêté du 14 août 2024 et il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant tendant au renvoi à la formation collégiale du tribunal de ces conclusions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

4. En premier lieu, d'une part, l'arrêté du 14 août 2024 a été signé par M. Pascal Otheguy, secrétaire général de la préfecture de la Loire-Atlantique, auquel le préfet a, par un arrêté du 6 juin 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français.

5. D'autre part, l'arrêté du 21 août 2024 a été signé par Mme C B, adjointe à la cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement à la préfecture de la Loire-Atlantique qui, qui, par arrêté du 31 mai 2024 du préfet de la Loire-Atlantique, publié au recueil des actes administratifs n° 81 du 1er juin 2024 de la préfecture, a reçu délégation de signature à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme Chantal Viguié, conseillère d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. G A, attaché principal, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, notamment les " décisions de maintien en rétention administrative ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme D et M. A n'auraient pas été simultanément absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence des signataires des arrêtés attaqués, qui manque en fait, doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, ils sont suffisamment motivés à l'aune des dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, même s'il ne reprend pas l'ensemble des éléments dont M. F entend se prévaloir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " Selon l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. " Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Lorsque l'administration oppose le motif tiré de la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F a sollicité un titre de séjour " en lien avec le maintien de liens familiaux et travail ". Il ressort également des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique a examiné cette demande sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités

ci-dessus, et s'est fondé sur la considération que la présence de M. F en France constitue une menace pour l'ordre public. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. F a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris, par un jugement du 9 mars 2022, à une peine de huit ans d'emprisonnement, assortie d'un suivi socio-judiciaire pour une durée de 5 ans, pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un acte de terrorisme, commis à Nantes, à Roissy-en-France et Tremblay-en-France, ainsi qu'en Turquie et en Syrie, de l'année 2016 au 18 septembre 2017. Si M. F soutient qu'il a été relaxé d'autres faits, cette circonstance est sans incidence sur la gravité des faits ayant conduit à sa condamnation. S'il soutient également qu'il a fait preuve d'un comportement exemplaire en détention, se prévalant d'un rapport d'évaluation de la directrice pénitentiaire d'insertion et probation de 2018, il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement du tribunal correctionnel de Paris du 9 mars 2022 que deux rapports plus récents, de mars et décembre 2021, établis au cours de son incarcération au centre pénitentiaire de Nantes, mentionnent le placement de M. F sous mesure d'isolement prolongée, du fait de son prosélytisme religieux. Par ailleurs, si M. F se prévaut de ses liens familiaux en France, il ressort des pièces du dossier que son épouse a fait l'objet le 31 mai 2024 d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, mettant fin à son statut de réfugiée. Dans ces conditions, eu égard à la gravité des faits au titre desquels M. F a fait l'objet d'une condamnation pénale, de son comportement en détention, le préfet a pu, sans erreur d'appréciation, estimer que l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour.

9. En deuxième lieu, selon l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du cas des seuls ressortissants étrangers auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et qui remplissent effectivement celles des conditions prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. F ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 de ce code. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. M. F n'est donc pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. F a adressé le 13 mai 2024 une demande de titre de séjour au préfet de la Loire-Atlantique, à l'appui de laquelle il a pu faire valoir les éléments de sa situation personnelle. Il ressort des pièces du dossier qu'antérieurement à l'édiction de la décision attaquée, le requérant a été entendu, le 27 juin 2024, par les services de la police aux frontières. Le requérant a donc été mis en mesure de faire valoir ses observations orales et écrites. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

15. Il résulte des éléments évoqués au point 8, que compte tenu de la gravité des faits ayant conduit à la condamnation pénale de M. F et des faits reprochés en détention, le préfet de la Loire-Atlantique était fondé à estimer que sa présence sur le territoire national était constitutive d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant entrait dans le champ des dispositions du 5°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus, permettant à l'autorité préfectorale d'édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français fondée sur un motif d'ordre public, celle-ci n'étant nullement tenue de recourir à la procédure d'expulsion prévue à l'article L. 631-3 du même code. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

17. Si le requérant se prévaut de la présence en France de son épouse et de ses six enfants, dont les deux plus jeunes sont nés en France et dont les trois plus jeunes lui ont rendu des visites régulières au cours de sa détention, il ressort des pièces du dossier, comme évoqué aux points 8 et 9 que l'épouse de M. F s'est vue retirer son statut de réfugiée politique. Par ailleurs, au regard des éléments évoqués au point 8, les faits reprochés à M. F constituent une menace à l'ordre public dont la gravité ne rend pas disproportionnée l'atteinte portée par la décision portant obligation de quitter le territoire français à la vie familiale du requérant aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Si M. F soutient qu'il risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, il n'assortit ses affirmations d'éléments suffisants pour caractériser une menace réelle, actuelle et personnelle en cas de retour dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales cité ci-dessus doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement :

21. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. M. F n'est donc pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant la Russie, pays dont il a la nationalité ou, tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen où il est légalement admissible, comme pays de destination de la mesure d'éloignement.

22. En deuxième lieu, le requérant qui ne conteste pas une décision lui refusant la qualité de réfugié, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés. Par ailleurs, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 20, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales cité ci-dessus en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Le moyen doit par suite être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

24. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas entachées d'illégalité. M. F n'est donc pas fondé à exciper de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

25. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux article L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace à l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

26. Si le requérant se prévaut de l'absence de condamnation pénale à une interdiction de retour sur le territoire français dans le jugement du tribunal correctionnel de Paris du 19 mars 2022, il ressort des pièces du dossier que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ne sont pas entachés d'une erreur d'appréciation, au vu des éléments évoqués au point 8. Par suite, le moyen doit être écarté.

27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de sept ans doivent être écartées.

En ce qui concerne l'arrêté du 21 août 2024 portant maintien en rétention administrative :

28. En premier lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. " Selon l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ.() "

29. Contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait considéré sa demande d'asile comme dilatoire. Au demeurant, cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 29 août 2024 produite en défense. Par suite, le requérant n'est pas sans soutenir que le préfet a entaché sa décision de maintien en rétention d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

30. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

31. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. F, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. F sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H F et au préfet de la

Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée

Pauline E

La greffière,

Nathalie ARCHENAULTLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2403500

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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