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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403622

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403622

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403622
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELAS BOUZID AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 août 2024, M. A C, représenté par Me Bouzid, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, et porté cette mesure à une durée de trois ans, ainsi que ses effets juridiques, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

M. C soutient que :

- la compétence du signataire de la décision attaquée n'est pas démontrée ;

- elle est insuffisamment motivée, dès lors que le préfet n'a pas mentionné sa situation personnelle et familiale en France, la durée de sa présence sur le territoire français, et la nature et l'ancienneté de ses liens en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le préfet se borne à mentionner qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement, sans prendre en compte qu'il est entré en France en situation régulière en 2008, qu'il y a établi des liens personnels et familiaux stables, et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet des Côtes-d'Armor qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pauline Bernard pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Bouzid, représentant M. C, et de M. C, qui s'en sont remis aux moyens soulevés dans la requête tout en insistant sur le fait que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que M. C est entré en France en situation régulière, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il a établi en France le centre de ses intérêts, et que la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de ses liens familiaux sur le territoire français, l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, et l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du fait des menaces dont il ferait l'objet en cas de retour en Géorgie.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après l'appel de l'affaire, à 11h30 heures.

Le préfet des Côtes-d'Armor n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant géorgien né le 22 juillet 1980, déclare être entré en France le 18 mars 2008. Le 15 mars 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, assorti d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et d'une assignation à résidence avec obligation de pointage au commissariat de police de Saint-Brieuc, auprès duquel il ne s'est présenté qu'à trois reprises les 14, 17 et 18 mars 2022. Le 26 août 2024, il a été interpellé par les services de police du commissariat de Saint-Brieuc et placé en garde à vue. Par l'arrêté attaqué du 27 août 2024, le préfet des Côtes-d'Armor a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. C le 15 mars 2022, portant la durée de cette mesure à trois ans. Par un arrêté du même jour, M. C a été placé en rétention administrative. Il est actuellement retenu au sein du centre de rétention d'Olivet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juin 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet des Côtes-d'Armor a donné délégation à M. David Cochu, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figure pas la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet des Côtes-d'Armor a fait application. Il précise en outre les considérations de faits propres à la situation du requérant, notamment s'agissant de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, le fait qu'il n'a conduit aucune démarche depuis son entrée en France pour régulariser sa situation et qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Dans ces circonstances, et alors que le préfet n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'arrêté attaqué est suffisamment motivé et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour prolonger l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. C, le préfet des Côtes d'Armor s'est fondé d'une part sur le fait que le requérant a été condamné le 22 janvier 2018, par le tribunal de grande instance de Saint-Brieuc à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits d'usage de fausse plaque ou de fausse inscription apposée sur un véhicule à moteur ou remorque, commis le 27 novembre 2017, puis le 11 mai 2018, à une peine de dix mois d'emprisonnement pour des faits de récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, commis le 9 mai 2018 et qu'il est enregistré au fichier de traitement des antécédents judiciaires pour des faits commis entre 2014 et 2022, de port sans motif légitime d'arme, maintien irrégulier sur le territoire français, conduite et récidive de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, vol et recel de bien provenant d'un vol, faux et usage de faux. D'autre part, la décision attaquée est également fondée sur le fait que le requérant a déjà fait l'objet en 2019 d'une obligation de quitter le territoire français, assortie d'un éloignement forcé sous escorte vers la Géorgie le 17 juillet 2019 et n'a pas respecté une précédente mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'un an, étant resté un mois en Géorgie avant de revenir en France. Enfin, à supposer que le requérant est entré initialement sur le territoire français en situation régulière, ce qu'il ne démontre pas, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces circonstances, eu égard au caractère récent et réitéré des faits reprochés à M. C et au fait qu'il s'est déjà soustrait à une précédente mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prolongeant de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si le requérant se prévaut de la présence en France de son épouse, de leurs trois enfants dont le dernier est né en France et de sa sœur et qu'il soutient sans le démontrer que son épouse a sollicité l'admission au séjour à titre exceptionnel, il ressort des pièces du dossier que son épouse, également ressortissante géorgienne, a également fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français, le 28 mars 2019, et que ses deux premiers enfants sont majeurs. Le requérant ne démontre pas par ailleurs que sa sœur se trouverait en situation régulière sur le territoire français ou qu'il entretiendrait avec elle des liens réguliers. M. C ne justifie pas davantage de ressources ni d'une activité professionnelle stable. Dans ces circonstances, le préfet des Côtes d'Armor n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en prenant à son encontre la décision attaquée et le moyen doit par suite être écarté.

9. En cinquième et dernier lieu, M. C a soutenu au cours de l'audience publique que la décision attaquée aurait pour effet de priver ses enfants de sa présence. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les deux premiers enfants, avec lesquels il ne démontre pas entretenir des liens réguliers, sont majeurs. Concernant le plus jeune fils de M. C, il n'est pas démontré qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité dans un pays autre que la France, alors même que sa mère se trouve également en situation irrégulière en France. Dans ces conditions, l'arrêté en litige n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention des droits de l'enfant. Le moyen doit par suite être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 août 2024 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor a prolongé de deux ans l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre du requérant, et porté cette mesure à une durée de trois ans, ainsi que ses effets juridiques, dont le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Côtes-d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 5 septembre 2024.

La magistrate désignée

Pauline B

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor, en ce qui le concerne à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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