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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2403710

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2403710

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2403710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOUASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 4 et 8 septembre 2024, Mme B A, assignée à résidence, représentée par Me Kouassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 29 août 2024 par lesquelles le préfet d'Eure-et-Loir lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, l'a assignée à résidence et a décidé de lui retirer son passeport ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Eure-et-Loir de lui restituer son passeport ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit, violent le droit à la vie privée en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sont entachées d'une erreur de fait ;

- la décision portant retrait du passeport est entachée d'un défaut d'examen de sa demande, d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- la décision portant assignation à résidence :

* est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur de droit ;

* viole le droit à la vie privée et familiale ;

* viole la liberté d'aller et venir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Kouassi, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre :

* à l'encontre des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français le défaut d'examen personnel ;

* à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence le détournement de pouvoir ;

- Mme A qui indique que ses parents sont en France, qu'elle a fourni toutes les pièces au préfet à sa demande et qu'elle travaille à Rambouillet actuellement.

Le préfet d'Eure-et-Loir n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h47.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante congolaise (République du Congo), née le 16 avril 1995 à Pointe-Noire à (République du Congo), est entrée en France le 19 juin 2018 selon ses déclarations. L'intéressée a sollicité le 24 janvier 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 29 août 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a assignée à résidence. Par une décision du même jour, la même autorité a décidé de retenir son passeport. Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions du 29 août 2024.

Sur les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. Mme A fait valoir avoir sur le territoire français sa mère et ses trois frères et sœurs, vivre depuis six ans avec sa famille, justifier en conséquence de l'intensité de sa vie privée et familiale en France où elle a établi le centre de ses intérêts privés et familiaux et où elle est intégrée professionnellement. Toutefois, elle n'apporte au dossier aucun élément concernant la famille qu'elle indique avoir en France. Par ailleurs, elle ne conteste pas avoir un enfant dans son pays d'origine où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 23 ans. En outre, si l'intéressée a travaillé pour la commune de Montargis d'avril 2023 à février 2024, force est de constater que cet emploi générait un revenu très faible. Les missions d'intérim son récentes, datant au mieux de mai 2024 selon les fiches de paie produites, et ne sont par définition pas pérennes et génèrent un revenu inférieur au salaire minimum. De tels éléments sont insuffisants pour caractériser une intégration professionnelle, sans qu'aucune erreur de fait n'ait été commise à cet égard par l'autorité administrative. Enfin la circonstance que l'autorité administrative se soit trompée dans le mois de naissance de l'enfant de la requérante, pour aussi regrettable que puisse être une telle erreur, est sans incidence à elle seule en sorte qu'aucune erreur de fait n'a été commise à cet égard, l'autorité administrative aurait manifestement pris la même décision si elle ne l'avait pas commise. Ainsi, la requérante ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'elle invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. L'autorité administrative n'a davantage entaché ses décisions d'aucun défaut d'examen personnel de la situation de l'intéressée.

Sur la décision portant retenue du passeport :

4. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ". Ces dispositions, qui sont de portée générale et sont applicables à tout étranger en situation irrégulière (CE, 23 mai 2012, n° 352534, B), ont pour objet de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national, cet objectif impliquant que l'administration puisse retenir un ou, au besoin, plusieurs documents dont l'étranger est en possession dès lors qu'ils permettent d'établir son identité exacte et ainsi d'assurer ou de faciliter sa reconnaissance par les autorités de son pays d'origine (voir par exemple CAA Bordeaux, 18 juin 2024, n° 22BX03134).

5. Mme A faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative pouvait légalement retenir son passeport. Par ailleurs, la circonstance que la fiche de notification de rétention de document d'identité et de voyage mentionne par erreur, et pour aussi particulièrement regrettable que puisse une telle erreur, que le passeport de l'intéressée a été délivrée par les autorités ivoiriennes alors qu'il l'a été par les autorités de la République du Congo est sans incidence dès lors qu'il est clairement mentionné au paragraphe précédent de ladite fiche que l'intéressée est congolaise. Il ressort clairement des pièces du dossier que l'autorité administrative aurait pris la même décision si elle n'avait pas commis cette grossière erreur. Dans ces conditions, l'autorité administrative n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit, d'aucune erreur de fait ni d'aucune défaut d'examen de la situation de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et du défaut d'examen doivent être écartés.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

6. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () " et l'article L. 732-3 du même code prévoit que : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. (). ".

7. En premier lieu, Mme A n'explique en quoi la décision en litige l'empêcherait de travailler. En tout état de cause, l'intéressée ne peut faire valoir un droit au travail dès lors qu'elle ne dispose d'aucun titre pour ce faire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

8. En deuxième lieu, Mme A fait valoir, du fait de la rétention de son passeport, ne pas pouvoir se déplacer au-delà des frontières l'empêchant ainsi de rendre visite à sa fille dans son pays d'origine. D'une part, la rétention du passeport de l'intéressée est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français dont elle fait l'objet et non sur l'assignation à résidence dont elle fait également l'objet. D'autre part et en tout état de cause, l'intéressée a toujours la possibilité de quitter le territoire pour rendre visite à sa fille en République de Congo mais, en revanche, dépourvue de tout droit au séjour en France, elle devra faire une demande de visa pour revenir sur le territoire français. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le préfet d'Eure-et-Loir n'a aucunement méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui prévoient, en son point 1, que " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ".

9. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision litigieuse que Mme A est assignée à résidence pour une durée de 45 jours dans le département d'Eure-et-Loir, qu'elle ne peut quitter, sans autorisation, les limites de ce département, qu'elle devra se présenter à la brigade de gendarmerie nationale sises à Hanches du lundi au vendredi à 9 heures 30. La requérante ne fait état d'aucune contrainte ou impératif de sa vie privée de nature à faire obstacle à ce qu'elle puisse satisfaire à ses obligations en qualité d'assignée à résidence. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce et eu égard aux effets d'une mesure d'assignation à résidence, l'arrêté susvisé n'a pas porté à la liberté d'aller et venir de Mme A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit des points 7 à 9 que le préfet d'Eure-et-Loir pouvait légalement prendre à l'encontre de la requérante une assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 29 août 2024, par lesquelles le préfet

d'Eure-et-Loir a refusé son admission au séjour, l'a obligée l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an, dans l'arrêté du même jour par laquelle la même autorité l'a assignée à résidence ainsi que celle contenue dans la décision du même jour par laquelle la même autorité a décidé de retenir son passeport. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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