lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2403943 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | KOBO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024, M. B A, détenu au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du " 16 septembre 2024 " par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d'annuler la décision de placement en rétention ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer sans délai et sous astreinte une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée.
Par un mémoire complémentaire, enregistré le 25 septembre 2024, M. B A, détenu au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, représenté par Me Hadji, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A soutient que l'arrêté en litige :
- est entaché d'incompétence ;
- est illégal en l'absence d'extraction et de présentation à la juridiction :
- est insuffisamment motivé ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale garantie par les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Par une lettre du 20 septembre 2024, le Tribunal a demandé au préfet de Loir-et-Cher s'il entendait faire extraire M. A du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran en vue de l'audience, à laquelle le préfet n'a pas répondu.
Par une lettre du 25 septembre 2024, enregistrée le jour même, Me Haji a sollicité du préfet de Loir-et-Cher l'extraction de M. A du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, lettre transmise par le Tribunal le jour même au préfet de Loir-et-Cher qui n'a pas répondu. Toutefois, le centre pénitentiaire d'Orléans-Saran a informé Me Haji, le 25 septembre 2024, de l'impossibilité de procéder à une telle extraction.
Toutefois, postérieurement, le centre pénitentiaire d'Orléans-Saran a fait savoir au Tribunal que M. A serait extrait pour l'audience reportée au lundi 30 septembre 2024. Lors de l'audience, le centre pénitentiaire d'Orléans-Saran a fait savoir au Tribunal que l'intéressé se trouvait devant le tribunal correctionnel de Blois.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et les observations de Me Hajji, représentant M. A absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et :
* précise qu'il n'y a lieu de prendre en compte que son mémoire complémentaire ;
* abandonne la conclusion fondée sur articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
* et soutient, en outre, le défaut d'examen sérieux de la situation de M. A ainsi que l'erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que constituerait son comportement.
Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h20.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen (République de Guinée), né le 20 novembre 2000 à Conakry (République de Guinée), est entré en France en 2018 selon ses déclarations. Par arrêté du 16 septembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 16 septembre 2024.
2. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (). L'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; / 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
3. Il ressort de la lecture de l'arrêté contesté qu'il s'intitule " prolongation de l'interdiction de retour ", que les motifs de ce dernier concernent une prolongation de deux ans de l'interdiction de retour sur le territoire français dont M. A fait l'objet mais que l'article 1er du dispositif du même arrêté ne porte aucune prolongation mais fixation d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. Par ailleurs, ce même arrêté vise à la fois les articles L. 612-6 et L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 612-8 du même code qui concerne les cas dans lesquels l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7 précités. En outre, le préfet semble se fonder sur une précédente interdiction de retour sur le territoire français assortissant une obligation de quitter le territoire français prise le préfet de l'Yonne le 29 mai 2019 prescrivant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de " trois ans " alors que, selon la copie produite en défense, elle n'est que d'un an. Enfin, il résulte des dispositions combinées citées au point précédent que lorsqu'un étranger a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour qui n'a pas été exécutée, l'autorité administrative peut, sur le fondement de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que ne soit intervenue une nouvelle obligation de quitter le territoire, prolonger la durée de cette interdiction dans la limite maximale de cinq ans, limite ne pouvant être dépassée qu'en cas de menace grave pour l'ordre public mais, toutefois, si l'autorité administrative prend une nouvelle décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français et décide, à l'issue du réexamen de sa situation, d'assortir à nouveau cette obligation d'une mesure d'interdiction de retour, elle doit être regardée comme ayant prononcé une nouvelle interdiction de retour, en lieu et place des précédentes décisions ayant le même objet, qui sont ainsi implicitement mais nécessairement abrogées (CE, 25 avril 2024, n° 491312, B éclairé par les conclusions du rapporteur public librement accessibles sur le site Arianeweb). Or, en l'espèce, tel est le cas par l'arrêté du 13 juin 2023 du préfet d'Indre-et-Loire obligeant le requérant à quitter le territoire et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Dès lors, la prolongation ne pouvait excéder deux ans soit un total de quatre ans et non cinq ans puisque le préfet ne fait pas état d'une menace grave pour l'ordre public. Dans ces conditions, il n'est pas possible de comprendre le raisonnement suivi par le préfet tel que décrit dans l'arrêté, ensemble ses visas, ses motifs et son dispositif, raisonnement qui est en sus contradictoire. Par conséquence, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de motivation ainsi que d'une erreur de droit.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont il faisait l'objet.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
6. Le présent jugement, qui annule la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement de cette prolongation dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
7. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune injonction.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 16 septembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français dont fait l'objet M. A est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de la prolongation de l'interdiction de retour du 16 septembre 2024 ci-dessus annulée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026