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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404077

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404077

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLARMANJAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 29 septembre 2024, M. E B, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

M. B soutient que la décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire-Atlantique a communiqué une pièce enregistrée le 30 septembre 2024 par laquelle il a communiqué au Tribunal l'arrêté du 27 septembre 2024 plaçant M. B en rétention administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Larmanjat, représentant M. B assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et M. B, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h32.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 15 avril 2001 à Mostaganem (République algérienne démocratique et populaire), a été condamné le 23 juillet 2024 par le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire à une peine d'emprisonnement de trois mois pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de trois ans et a été écroué au centre pénitentiaire de Nantes Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 25 septembre 2024 notifié le 27 suivant, le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné d'office. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 1er octobre 2024 confirmée par une ordonnance de la cour d'appel d'Orléans du 3 suivant. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 25 septembre 2024.

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

3. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressé de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.

4. En premier lieu, par un arrêté du 4 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 140 du 10 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a donné à Mme C A, adjointe à la directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté du 25 septembre 2024 du préfet de la Loire-Atlantique mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention, que l'intéressé fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire et que ce dernier pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3 que la mesure d'éloignement est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à l'encontre du requérant, qui emporte de plein droit cette mesure. Il est constant que la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution du jugement du 23 juillet 2024 par lequel le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire a condamné M. B à une interdiction du territoire français pour une durée de trois ans. Dans ces conditions, la reconduite à la frontière du requérant est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à son encontre, qui emporte de plein droit cette mesure. Il s'ensuit que le préfet de la Loire-Atlantique qui s'est borné à tirer les conséquences de l'interdiction prononcée par le juge judiciaire était dès lors en situation de compétence liée pour procéder à l'éloignement de M. B et pour fixer le pays de destination de cette mesure. Il s'ensuit que les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'emporte la décision sur la situation personnelle de l'intéressé qui en résulte ne peuvent être utilement invoqués à l'encontre de cette dernière décision.

7. En dernier lieu, en soutenant à l'audience qu'il a sollicité son éloignement à destination du Royaume d'Espagne où réside sa famille et il a engagé des démarches en vue de régulariser sa situation administrative, M. B peut être considéré comme soutenant l'erreur de droit à l'encontre de la décision contestée. Or, en l'espèce, il est constant que la décision en litige précise que l'intéressé " sera reconduit vers le pays dont il déclare avoir la nationalité ou tout autre pays où il serait légalement admissible ". Par conséquent, il peut être éloigné à destination du Royaume d'Espagne s'il justifie y être légalement admissible et s'il le demande à l'autorité administrative. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit, à le supposer soulevé, ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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