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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404100

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404100

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGREFFARD-POISSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre et 1er octobre 2024, M. A se disant Amine Kadi, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2024 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de quatre ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, avec une astreinte de cent euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. A se disant Kadi soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* viole son droit à être entendu garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* est entachée d'un défaut de motivation ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public que constituerait son comportement ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du risque de fuite ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est insuffisamment motivée ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire ;

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A se disant Kadi n'est fondé.

La requête a été communiquée au préfet de la région Bretagne, préfet d'Ille-et-Vilaine, en qualité d'observateur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Greffard-Poisson, représentant M. A se disant Kadi assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de M. A se disant Kadi à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- et M. A se disant Kadi, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h32.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant Kadi est un ressortissant tunisien qui a déclaré être né le 6 novembre 2002 à Sidie Mohamed (République tunisienne) et être entré en France il y a sept alors qu'il était âgé de quinze ans. Par arrêté du 28 septembre 2024, le préfet du Finistère a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de quatre ans. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 2 octobre 2024 confirmée par une ordonnance de la cour d'appel d'Orléans du surlendemain. M. A se disant Kadi demande au tribunal d'annuler ce premier arrêté du 28 septembre 2024.

Sur le moyen commun aux différentes décisions :

2. Si, dans le cadre d'une délégation générale, la charge de la preuve de l'absence ou de l'empêchement, éventuellement en cascade, de l'autorité administrative repose d'abord sur le requérant, tel n'est pas le cas dans le cas des permanences du corps préfectoral pour lesquelles, à l'instar de l'intérim, la charge de la preuve repose sur l'autorité administrative. En l'espèce, la décision attaquée a été signée le 28 septembre 2024 qui est un samedi. Par un arrêté du 2 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 29-2024-119 du même jour, le préfet du Finistère a donné à Mme B C, directrice du cabinet du préfet du Finistère, délégation aux fins de signer " toute décision urgente dans le cadre de la permanence du corps préfectoral, et notamment : / () toute correspondance ou arrêté relatif à la situation des ressortissants étrangers en situation irrégulière : / () • les obligations à quitter le territoire français, / () • les décisions refusant un délai de départ volontaire, / • les décisions fixant le pays de renvoi, / • les décisions prononçant une interdiction de retour sur le territoire national, () ". Par ailleurs, le préfet du Finistère produit en défense le tableau de permanence dont il ressort que Mme C était de permanence le samedi 28 septembre 2024, date de signature des décisions contestées. Dans ces conditions, les décisions attaquées ont été signées par une personne compétente pour le faire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions en litige doit être écarté.

Sur spécifiquement la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. (). ".

4. En premier lieu, le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

5. D'une part, M. A se disant Kadi ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité.

6. D'autre part, la décision querellée du 28 septembre 2024 du préfet du Finistère mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. A se disant Kadi et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. La décision attaquée est en outre particulièrement bien motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".

8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. A se disant Kadi a été entendu à plusieurs reprises par les services de police tout au long des procédures dont il fait l'objet et notamment lors des auditions, en garde à vue, du 6 août 2024 à 9 heures, 27 septembre 2024 à 21 heures 37, 25 novembre 2023 à 15 heures 35, 12 septembre 2023 à 13 heures 13, 25 octobre 2022 à 11 heures 35, 20 septembre 2022 à 16 heures 13, 8 août 2020 à 14 heures 43 et 16 septembre 2020 à 16 heures 45, les auditions du 16 septembre 2020 à 2 heures 30 et 22 octobre 2020 à 11 heures 25 ne pouvant faire foi en l'absence de la moindre signature. Il résulte des procès-verbaux de ces auditions, signés par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. A se disant Kadi aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dès lors, d'une part, M. A se disant Kadi ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.

9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche pénale produite en défense que M. A se disant Kadi a été condamné le 23 novembre 2020 par le tribunal judiciaire de Brest à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de vol, le 11 février 2020 par le tribunal judiciaire de Nantes à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits de violation de domicile (introduction dans le domicile d'autrui à l'aide de manœuvres, menace, voies de fait ou contrainte), et le 5 juin 2019 par le tribunal pour enfants à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, et notamment du relevé de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) en date du 27 septembre 2024 qu'il est connu sous cinq identités et pour vingt-deux signalisations entre décembre 2017 et août 2024 pour des faits relatifs aux stupéfiants, d'outrage, de violence aggravée, de recel, de vol, de vol en réunion parfois avec violence, de vol par effraction et de vol à l'étalage. S'il soutient à l'audience que le préfet, dans sa décision, ne se fonde que sur une seule condamnation, force est de constater que les faits indiqués dans ladite décision concernent les trois condamnations précitées, pour aussi malheureuse que soit la rédaction en cause. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Finistère n'a entaché son appréciation d'aucune erreur relativement à la menace à l'ordre public que constituerait le comportement du requérant. En tout état de cause, il est constant que la décision en litige est également fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 3 qui ne sont pas contestées et qui se suffisent à elles-seules. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

10. En dernier lieu, M. A se disant Kadi fait valoir être entré en France alors qu'il était mineur il y a bientôt sept années, qu'il justifie d'un domicile et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, s'il présente une attestation d'hébergement postérieure à la décision en litige mais indiquant qu'il est hébergé depuis le 25 août 2024, force est de constater que lors de son audition du 6 août 2024 citée au point 8 il indiquait être hébergé chez " Pascale " qui ne peut être la signataire de ladite attestation et, dans son audition du 25 septembre suivant, être sans domicile fixe sur la commune de Brest. Par ailleurs, s'il indique dans plusieurs procès-verbaux, toujours cités au point 3, avoir un oncle à Limoges (Haute-Vienne), il ne l'établit pas. S'il indique que sa mère est décédée depuis plusieurs années dans son pays d'origine ainsi que son père il y a une année, il n'apporte aucun certificat de décès. Dans ces conditions, et compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, le préfet du Finistère n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur spécifiquement la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

13. En deuxième lieu, pour refuser à M. A se disant Kadi le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet du Finistère a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public (1° de l'article L. 612-2), et qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet (3° de l'article L. 612-2) en se fondant sur les circonstances qu'il ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour (1° de l'article L. 612-3), s'était soustrait à l'exécution de précédentes mesures d'éloignements (5° de l'article L. 612-3), et ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes (8° de l'article L. 612-3) dès lors notamment qu'il ne justifiait pas d'un passeport et d'une résidence effective et permanente. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 9, le moyen tiré de l'erreur dans l'appréciation de la menace à l'ordre public que constituerait le comportement de M. A se disant Kadi doit être écarté.

15. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Finistère justifie de toutes les obligations de quitter le territoire français notifiées au requérant que ce dernier reconnaît dans les différents procès-verbaux cités au point 3 ne pas avoir exécutées. À cet égard, les circonstances qu'elles n'aient pas été exécutées alors qu'il était placé en rétention ou au motif qu'il ne disposait pas assez d'argent pour partir de lui-même est sans incidence sur la légalité du refus de délai de départ volontaire. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 10, il ressort également des pièces du dossier que, à la date de la décision contestée, M. A se disant Kadi ne pouvait justifier d'une adresse stable. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit aux points 13 et 14, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Finistère a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé.

Sur spécifiquement la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ".

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision querellée du 28 septembre 2024 du préfet du Finistère mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention et que l'intéressé pourra être reconduit dans le pays où il serait déclaré légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.

Sur spécifiquement la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (). ". L'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Enfin, selon l'article L. 613-2 de ce même code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

20. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

21. En second lieu, il résulte des dispositions précitées que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision, une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

22. Contrairement à ce que soutient M. A se disant Kadi, la motivation de la décision attaquée, rappelée précédemment, en sus de la citation de l'article L. 612-10 précité dans la formule, " articles L. 611-1 à L. 613-8 ", certes malheureuse, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité. Par ailleurs, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. A se disant Kadi, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à quatre ans, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. A se disant Kadi n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 28 septembre 2024, par lesquelles le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de quatre ans. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A se disant Kadi est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant Amine Kadi et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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