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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404139

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404139

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404139
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2024, M. A B, assigné à résidence, représenté par Me Mirzein, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 20 septembre 2024 par lesquels le préfet d'Eure-et-Loir lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", injonction assortie d'une astreinte fixée à cent cinquante euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, injonction assortie d'une astreinte fixée à cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

* est entachée d'incompétence ;

* est entachée d'un défaut de motivation ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et d'un défaut d'examen ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

* est entachée d'incompétence ;

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision " fixant un délai de départ volontaire " est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'autorité administrative ne lui a pas accordé un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

- la décision portant assignation à résidence :

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 4 et 10 octobre 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Par un mémoire et des pièces, enregistrés les 8 et 9 octobre 2024, M. A B, assigné à résidence, représenté par Me Sidi-Aïssa qui s'est constitué le 8 octobre 2024, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

M. B et le préfet d'Eure-et-Loir n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir reporté, à l'audience, la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique au lundi 14 octobre 2024 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien, né le 1er janvier 1984 à Tirzirhine (Royaume du Maroc), est entré en France en août 2016 ou le 1er janvier 2019 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité, le 1er mars 2023, son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. Par arrêté du 20 septembre 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a refusé le séjour à l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence. M. B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés du 20 septembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. B déclare être entré en France le 1er janvier 2017 ainsi qu'il le mentionne dans la demande de titre de séjour produite au dossier. Le préfet, en défense, soutient que l'intéressé est entré " régulièrement " en France le 1er janvier 2019 mais " démuni des documents exigés par le " code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile tout en ayant fait l'objet, le 13 mars 2018, d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le jour-même. Il est constant que l'arrêté contesté ne mentionne pas la date d'entrée sur le territoire du requérant alors que la durée de présence est un des éléments que l'autorité administrative doit prendre en compte dans l'examen de la situation de l'intéressé au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, notion qui n'est pas reprise dans l'arrêté contesté alors même que le préfet a mis dix-huit mois pour se prononcer. Dans ces conditions, la motivation retenue par le préfet est incompréhensible et M. B est dès lors fondé à soutenir l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de séjour

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2024 par laquelle le préfet d'Eure-et-Loir lui a refusé le séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que l'arrêté de la même date par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a assigné à résidence.

Sur les injonctions et les conclusions à fin d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 731-1 et (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

5. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet d'Eure-et-Loir réexamine correctement la situation de M. B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Enfin, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. B fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

7. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir a assigné M. B à résidence est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Eure-et-Loir, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. B.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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