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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404209

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404209

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVIEILLEMARINGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête n° 2404209 et des pièces, enregistrées les 6, 8 et 10 octobre 2024, Mme A B, assignée à résidence, représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher lui a refusé le séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a obligée de remettre son passeport ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de séjour :

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* viole les article 2 et 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant obligation de remise du passeport interdiction de retour sur le territoire français :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté ;

- à subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

II°) Par une requête n° 2404210 et des pièces, enregistrés les 6, 8 et 10 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Vieillemaringe, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que la décision portant assignation à résidence :

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'une erreur de fait ;

* viole l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

Mme B et le préfet de Loir-et-Cher n'étaient ni présents ni représentés.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 11h05.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, née le 26 janvier 1985 à Akbou (République algérienne démocratique et populaire), est entrée en France le 5 juillet 2017 munie d'un passeport revêtu d'un visa Schengen de type C valable du 24 novembre 2016 au 23 novembre 2017. Sa demande d'asile a été refusée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 8 février 2018 contre laquelle les conclusions à fin d'annulation ont été rejetées par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 19 juillet 2018 notifiée le 27 suivant. Suite à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour du 8 novembre 2018, le préfet de Loir-et-Cher a, par arrêté du 18 décembre 2019, refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours contre lequel les conclusions en annulation ont été rejetées par un jugement du présent tribunal du 14 février 2020 n° 2001120 contre lequel les conclusions en annulation ont également été rejetées par un arrêté de la cour administrative d'appel de Nantes du 17 septembre 2021, n° 20NT03113. Mme B a déposé le 2 janvier 2024 une nouvelle demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 2 août 2024, le préfet de Loir-et-Cher a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a obligée de remettre son passeport. Par arrêté du 30 septembre 2024, la même autorité l'a assignée à résidence. Mme B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés du 2 août 2024 et du 30 septembre 2024.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2404209 et 2404210 présentent à juger à titre principal de la légalité d'une décision d'éloignement prise à l'encontre d'une ressortissante étrangère et d'une mesure d'assignation à résidence de l'intéressée en vue de l'exécution de cette décision d'éloignement. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la requête n° 2404209 (refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, pays de destination et remise du passeport) :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de l'article 72 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration : " La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1. " aux termes duquel : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. (). ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que les décisions refusant le séjour à Mme B et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'obligeant à remettre son passeport contenues dans l'arrêté susvisé du préfet de Loir-et-Cher du 2 août 2024 ont été notifiées simultanément à l'intéressée par courrier recommandé avec demande d'accusé de réception. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été avisée par les services de La Poste de ce courrier le 7 août 2024 et qu'il a été retourné à la préfecture comme " pli avisé et non réclamé " le 26 suivant. L'article 8 de l'arrêté contestée indique un délai d'un mois en vue d'un éventuel recours contentieux conformément à l'article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent. Par conséquent, l'intéressée est présumée avoir reçu notification de l'arrêté attaqué le 7 août 2024. Le recours a été enregistré sur l'application Télérecours le 6 octobre 2024 soit au-delà du délai d'un mois. Si Mme B soutient que l'arrêté lui a été notifié le 2 octobre 2024, il ressort de la copie présentée que ladite copie lui a été remise " pour information ". Par ailleurs, il ressort de l'avis de recommandé que l'adresse à laquelle lui a été envoyé l'arrêté querellé est celle qu'elle a déclaré à l'administration et qui est celle dont elle se prévaut dans sa requête. Dans ces conditions, elle n'apporte aucun élément permettant de contester utilement la réalité de la notification réputée effectuée le 7 août 2024. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de sa requête étaient tardives et, par suite, irrecevables.

Sur la requête n° 2404210 (assignation à résidence) :

En ce qui concerne la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

5. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête n° 2704210 de Mme B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). ". Selon l'article L. 732-3 de ce code " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

7. En premier lieu, selon l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

8. D'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des assignations à résidence est explicitement prévue à l'article L. 732-2 précité.

9. D'autre part, la décision querellée du 30 septembre 2024 du préfet de Loir-et-Cher mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de Mme B et indique les conditions précises de l'assignation à résidence prescrite. La circonstance qu'aucun texte n'est cité pour justifier que l'intéressée doit remettre l'original de son passeport aux services de police est sans incidence sur la motivation de la décision contestée même si l'absence de la mention des articles L. 733-4 et R. 733-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est regrettable. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si Mme B soutient que le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'elle devrait remettre son passeport et qu'il convient donc de l'obliger à remettre l'original pour la délivrance d'un récépissé de remise alors même qu'elle a déjà remis son passeport à l'agent de gendarmerie lui ayant notifié l'arrêté attaqué, force est de constater que le préfet se borne à rappeler l'obligation qui lui est faite de remettre son passeport. Ainsi, l'article 5 du dispositif contesté justifie le maintien de la rétention du passeport de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

11. Aux termes de l'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. ". Ces dispositions, qui sont de portée générale et sont applicables à tout étranger en situation irrégulière (CE, 23 mai 2012, n° 352534, B), ont pour objet de garantir que l'étranger en situation irrégulière sera en possession du document permettant d'assurer son départ effectif du territoire national, cet objectif impliquant que l'administration puisse retenir un ou, au besoin, plusieurs documents dont l'étranger est en possession dès lors qu'ils permettent d'établir son identité exacte et ainsi d'assurer ou de faciliter sa reconnaissance par les autorités de son pays d'origine (voir par exemple CAA Bordeaux, 18 juin 2024, n° 22BX03134).

12. Si Mme B fait valoir que lors de la notification de l'assignation à résidence le 1er octobre dernier, les services de gendarmerie ont pris son passeport mais qu'aucun récépissé valant justificatif de son identité ne lui a été remis en sorte que ceci constitue une violation de la loi, force est de constater que cette circonstance est postérieure à la décision attaquée et saurait donc en constituer un élément de légalité. Par suite, à défaut d'être inopérant, le moyen doit être écarté.

13. En dernier lieu, Mme B soutient l'erreur manifeste d'appréciation en raison de l'absence de perspective raisonnable d'un éventuel éloignement en raison du recours formé contre l'arrêté lui refusant le séjour. Toutefois, le recours pour excès de pouvoir dirigé contre le refus de séjour n'a aucun caractère suspensif. En outre, la circonstance qu'elle ait introduit un recours pour excès de pouvoir à l'encontre des décisions précitées à la date à laquelle la décision d'assignation à résidence lui avait été notifiée est sans incidence sur le caractère exécutoire de cette obligation de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assignée à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2404209 de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans la requête n° 2404210.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2404210 est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2404209

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