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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404234

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404234

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMASSIERA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2404234 le 7 octobre 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 26 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire d'une année dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler au plus tard dans les huit jours, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler dans le même délai et sous la même astreinte jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur son admission au séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient, en ce qui concerne les décisions restant en litige au tribunal administratif d'Orléans, que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

* est insuffisamment motivée ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est à ce titre entachée tant d'une erreur de droit que d'une erreur d'appréciation ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Maritime qui n'a pas produit de mémoire mais qui a communiqué des pièces enregistrées les 2 et 5 octobre 2024.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Rouen du 19 juin 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. B.

M. B a fait savoir au tribunal le 8 octobre 2024 qu'il souhaitait l'assistance d'un avocat commis d'office devant le tribunal administratif d'Orléans. Me Massiera, qui l'a assisté devant le juge judiciaire, a donc été constituée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1, L. 776-2 et R. 776-1 à R. 776-34, L. 777-2 et R. 777-2 à R. 777-2-5 du code de justice administrative dans leur rédaction antérieure au 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Narcy, substituant Me Massiera représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h15.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien, né le 10 octobre 2002 à Bamako (République du Mali), est entré en France en juin ou août 2017 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par une requête n° 2403014 enregistrée le 25 juillet 2024, l'intéressé a saisi le tribunal administratif de Rouen en vue de l'annulation de ces décisions. Par un arrêté du 26 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a placé M. B en rétention administrative, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 30 septembre 2024 confirmée par une ordonnance de la cour d'appel d'Orléans du 2 octobre 2024. Par l'ordonnance visée supra, le tribunal administratif de Rouen a, au regard de ce placement en rétention au centre de rétention administrative d'Olivet, de la circonstance que les décisions contestées sont antérieures au 15 juillet 2024 et dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, transmis au présent tribunal la requête de M. B en tant qu'elle est dirigée contre les décisions du 26 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande donc au tribunal administratif d'Orléans d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'officie contenues dans cet arrêté du 26 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; (). ".

3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté en défense, le préfet de la Seine-Maritime n'ayant produit aucun mémoire mais uniquement son arrêté plaçant le requérant en rétention et l'ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans citée au point 1, que M. B, alors qu'il était mineur non accompagné sans prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, la date de naissance n'étant également pas contestée par le préfet en défense, a été scolarisé, bénéficiant du " Passeport Educfi " à compter du 25 juin 2018, et a obtenu l'attestation scolaire de sécurité routière de niveau 2 en 2018, le certificat de compétences de citoyen de sécurité civile (PSC1) le 29 mai 2018, le diplôme d'études en langue française (Delf) du niveau A2 le 25 juin 2018, le diplôme national du brevet le 9 juin 2018, le brevet d'études professionnelles (BEP) portant la mention de la spécialité " production mécanique " le 6 juillet 2020, le diplôme du baccalauréat professionnel portant la mention de la spécialité " technicien d'usinage " avec la mention bien le 19 octobre 2021 et enfin le diplôme du brevet de technicien supérieur (BTS) portant la mention de la spécialité " conception des processus de réalisation de produits, option B : production sérielle " le 13 septembre 2023. Il ressort encore des pièces du dossier que l'intéressé a travaillé en contrat à durée déterminée de deux mois entre le 2 janvier et le 2 avril 2024. Dans ces conditions, et alors que sa présence sur le territoire est attestée au moins depuis l'année scolaire 2018, M. B justifie d'un parcours scolaire réussi en langue française qu'il maîtrise, ainsi qu'il a d'ailleurs été constaté à l'audience, et d'une tentative d'intégration professionnelle. Par conséquence, M. B, dont il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le comportement constituerait une menace pour l'ordre public, est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime a entaché ladite décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 mars 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de l'autre décision attaquée, privée de base légale, par laquelle cette autorité a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles () L. 741-1 (), et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de la Seine-Maritime réexamine la situation de M. B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. En deuxième lieu, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. B fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

8. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 26 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Maritime, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera adressée au président du tribunal administratif de Rouen.

Lu en audience publique le 9 octobre 2024 à 10h46.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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