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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404276

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404276

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404276
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMONNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 21 octobre 2024, M. D A B, représenté par Me Monnier, avocate, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet

d'Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler, ce dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie en l'espèce : il est présent sur le territoire français depuis 2015 et y a séjourné régulièrement sous couvert de récépissés l'autorisant à travailler ; il exerce depuis le 20 février 2023 une activité professionnelle en vertu d'un contrat à durée indéterminée dont la poursuite est menacée par l'irrégularité de sa situation administrative ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée : faute pour le préfet d'avoir répondu à sa demande, reçue le 17 juillet 2024 en préfecture, tendant à la communication des motifs de la décisions implicite en litige, cette décision est entachée d'un défaut de motivation ; cette décision est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle pour l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 17 octobre 2024, le préfet d'Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la condition d'urgence, qui n'est pas présumée s'agissant du rejet d'une première demande de titre de séjour, n'est pas remplie en l'espèce ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2404273, enregistrée le 9 octobre 2024, par laquelle M. A B demande l'annulation de la décision implicite susvisée du préfet d'Indre-et-Loire.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, en application de l'article

L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés présentés sur le fondement des dispositions des articles L. 521-1 à L. 521-4 de ce code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 22 octobre 2024 à 14 heures 30, le juge des référés a présenté son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 14 heures 40.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tchadien né le 15 juillet 1992, est entré irrégulièrement en France le 22 juillet 2015, selon ses déclarations. Après le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, il a sollicité le 4 janvier 2018 auprès de la préfecture d'Indre-et-Loire la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Par un arrêté du 15 mai 2018, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté cette demande et a fait obligation à M. A B de quitter le territoire français. Toutefois, cet arrêté a été annulé par un jugement du 20 septembre 2018 du tribunal administratif d'Orléans, qui a enjoint au préfet de réexaminer la demande de l'intéressé. Le 22 juillet 2020, le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté à nouveau la demande de titre de séjour de M. A B et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Ce nouvel arrêté a été annulé par un jugement du 16 septembre 2021 du tribunal administratif d'Orléans, qui a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour de l'intéressé. L'appel formé par le préfet d'Indre-et-Loire a été rejeté par la cour administrative d'appel de Versailles le 8 juillet 2022. Après l'intervention de cette décision d'appel, M. A B a saisi à nouveau le préfet de sa demande de titre de séjour. Il demande au juge des référés de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet d'Indre-et-Loire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. M. A B, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour sur le territoire français, et alors qu'il justifie bénéficier depuis le 20 février 2023 d'un contrat à durée indéterminée en qualité de plaquiste, justifie de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. D'autre part, en l'état de l'instruction, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision en litige, faute pour le préfet d'avoir répondu à la demande de communication des motifs formulée par M. A B le 22 juillet 2024, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A B est fondé à demander la suspension, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête au fond n° 2404273 tendant à l'annulation de cette décision, de l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur l'injonction :

7. La présente ordonnance implique nécessairement que le préfet d'Indre-et-Loire réexamine la demande de titre de séjour présentée par M. A B et qu'il munisse l'intéressé, dans l'attente de cette nouvelle décision ou à défaut jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur les conclusions de la requête n° 2404273, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Indre-et-Loire de délivrer ce récépissé au requérant dès la notification de la présente ordonnance et de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le délai de deux mois suivant cette notification.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet d'Indre-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. A B est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur les conclusions de la requête n° 2404273 dirigées contre cette décision.

Article 2 : Il est enjoint au préfet d'Indre-et-Loire de munir M. A B, dès la notification de la présente ordonnance, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de cette notification.

Article 3 : L'Etat versera à M. A B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A B et au préfet

d'Indre-et-Loire.

Fait à Orléans, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

Frédéric C

La République mande et ordonne au préfet d'Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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