jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404316 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ECHCHAYB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 12 et 15 octobre 2024,
M. A B, assigné à résidence, représenté par Me Echchayb, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 octobre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l'a assigné à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- la décision portant assignation à résidence :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'une erreur de droit tirée de l'inopposabilité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'un défaut d'examen réel de sa situation ;
- la décision portant modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique est disproportionnée eu égard aux soins suivis à Paris.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- et les observations de Me Echchayb, représentant M. B, excusé, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de Loir-et-Cher n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h19.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant béninois, né le 5 février 1941 à Porto Novo (République du Bénin), est entré en France en mai 2022 selon ses déclarations. Par arrêté du 7 octobre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a assigné l'intéressé à résidence. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 octobre 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / (). ". L'article L. 732-1 du même code prévoit que " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Selon l'article L. 732-3 de ce code " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ". Selon l'article L. 732-3 de ce code " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. (). ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Il résulte de ces dispositions que si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même (Conseil d'État, 11 décembre 2020, n° 438833, B).
3. À titre liminaire, si le préfet de Loir-et-Cher indique dans son mémoire en défense qu'il " convient de remarquer que la requête de l'intéressé, difficilement lisible, n'assortit pas les moyens soulevés des précisions suffisantes à en apprécier la portée, et encore moins le bien-fondé " il y a lieu de noter que ledit préfet ne soulève clairement aucune fin de non-recevoir et que, en tout état de cause, si la requête est effectivement difficilement lisible, force est de constater que, outre la circonstance qu'en procédure d'urgence toute conclusion et tout moyen nouveaux peuvent être soulevés devant le juge jusqu'à la clôture de l'instruction c'est-à-dire, selon les cas, à la fin de l'audience ou à l'appel de l'affaire lors de l'audience, le juge a été en mesure d'identifier clairement le moyen tiré de la disproportion de la décision portant modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique eu égard aux soins sur Paris, moyen au demeurant repris dans le mémoire complémentaire.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'exposé des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le préfet se fonde et des éléments de la situation personnelle de l'intéressé. Dès lors, la décision attaquée prescrivant l'assignation à résidence du requérant est suffisamment motivée.
5. En deuxième lieu, le préfet de Loir-et-Cher produit en défense le courrier en recommandé avec demande d'accusé de réception portant notification de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Il ressort de ce document qu'il a été adressé le 9 juillet 2024 à l'adresse du requérant et retourné aux services préfectoraux le 2 août 2024 au titre d'un pli avisé et non réclamé. En conséquence, en l'absence de mention sur ce document du jour auquel le requérant a été avisé du recommandé, la notification doit être considérée comme réalisée au plus tard le 2 août 2024. Par ailleurs, s'il est attesté qu'il a été hospitalisé à plusieurs reprises il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il l'ait été en juillet et août 2024. Dans ces conditions, le préfet de Loir-et-Cher pouvait légalement édicter une assignation à résidence sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 2.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Compte tenu de la durée limitée de la mesure qu'elle prescrit, la décision portant assignation à résidence, ne porte par elle-même aucune atteinte au droit de M. B de mener une vie familiale normale. En tout état de cause, la seule circonstance qu'il soit hébergé chez un membre de sa famille est insuffisant pour caractériser une méconnaissance des stipulations citées au point précédent. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'intéressé ne puisse solliciter un sauf-conduit de la part du préfet de Loir-et-Cher pour pouvoir se rendre à l'une de ses consultations sur Paris. L'autorité administrative n'a davantage entaché cette même décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
8. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède, des termes de l'arrêté contesté et des pièces du dossier que le préfet de Loir-et-Cher n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation de M. B.
En ce qui concerne la décision portant modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique :
9. Il ressort des termes de la décision attaquée que M. B est assigné à résidence dans le département de Loir-et-Cher et qu'il doit se présenter les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, au commissariat de Blois à 8 heures 30. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé est grabataire devant se déplacer avec un déambulateur, que le commissariat de police se trouve, selon la consultation de sites publics, à presque 40 minutes à pied ou 25 minutes en transports en commun de son domicile et que son suivi médical s'effectue prioritairement sur Paris. Dans ces conditions, la décision portant modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique est disproportionnée et doit donc être annulée.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé, par les seuls moyens qu'il invoque, à demander l'annulation de la seule décision du 7 octobre 2024 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a fixé les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique mais pas celle contenu dans le même arrêté l'assignant à résidence.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 7 octobre 2024 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher a fixé les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de l'obligation de présentation périodique de M. B est annulée.
Article 2 : L'État (préfet de Loir-et-Cher) versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Loir-et-Cher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
SEBASTIEN BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026