lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404362 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PASSY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2404362 le 15 octobre 2024, et des pièces enregistrées le 20 octobre 2024, Mme C E A, retenue au centre de rétention administrative de Oissel à la date de sa requête puis assignée à résidence, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles le préfet du Nord l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Mme A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
* viole son droit à être entendu garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
* est entachée d'un défaut de motivation ;
* viole l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* viole son droit au respect de sa vie privée et familiale tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
* est insuffisamment motivée ;
* viole les articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* viole son droit au respect de sa vie privée et familiale tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 10 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, et notamment son article 72-3 ;
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- les observations de Me Passy, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, la méconnaissance de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination ;
- et Mme A qui indique être toujours demeurée en Guyane.
Le préfet du Nord n'était ni présent ni représenté.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h07.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A est une ressortissante surinamaise née le 13 mai 1988 à Saint-Laurent-du-Maroni (Guyane). L'intéressée a été placée en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour le 8 octobre 2024. Par arrêté du 9 octobre 2024, le préfet du Nord a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par le premier de ces arrêtés, elle a été placée en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rouen du 13 octobre 2024, l'intéressée a été assignée à résidence à Orléans (Loiret). Mme A demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans ces arrêtés du 9 octobre 2024, à l'exception de celle la plaçant en rétention administrative.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant un délai de départ volontaire :
2. Par un arrêté du 13 avril 2024, publié au recueil des actes administratifs n° 2024-1678 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à Mme D B, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, à l'effet de signer, notamment, les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
4. En premier lieu, le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
5. D'une part, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration à l'appui du moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse dès lors que la motivation des obligations de quitter le territoire français est explicitement prévue au premier alinéa de l'article L. 613-1 précité.
6. D'autre part, la décision querellée du 9 octobre 2024 du préfet du Nord mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de Mme A et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a été entendu à plusieurs reprises par les services de police tout au long des procédures dont elle fait l'objet et notamment lors de l'audition du 8 octobre 2024 à 16 heures 50 par les forces de police alors qu'elle était encore placée en retenue administrative. Il résulte du procès-verbal de cette audition, signé par elle sans réserve, que l'intéressée a été entendue sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle ait été empêchée de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que Mme A aurait disposé, à la date de la décision contestée, d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. À cet égard, si elle indique à l'audience n'avoir jamais quitté la Guyane alors qu'il est indiqué dans ledit procès-verbal qu'elle est revenue en Guyane en 2001, elle n'explique pas les raisons pour lesquelles elle indique dans ses écrits être revenue en Guyane en 2001 pour y poursuivre des études. Elle n'apporte pas non plus d'éléments explicitant la manière dont s'est déroulée son audition qui a donné lieu audit procès-verbal dont elle précise que plusieurs éléments sont erronés voire faux. Dès lors, d'une part, Mme A ne saurait être regardée comme ayant été privée du droit d'être entendue qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressée n'est pas davantage fondée à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
9. En troisième lieu, Mme A reconnaît à l'audience ne pas avoir déposé plainte qui est une condition impérative pour l'application de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale' d'une durée d'un an. () ". Le moyen tiré de la méconnaissance de cette disposition doit donc être écarté.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Mme A fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'elle est née et a toujours vécu en Guyane c'est-à-dire en France, où elle a pu commencer à aller à l'école en 2001. Elle est arrivée dans l'hexagone en 2021 au motif qu'elle craint pour sa vie en cas de retour en Guyane ou au Surinam. Elle ajoute que ses parents habitaient au Surinam, de nationalité surinamaise, mais ont migré en Guyane en raison de la guerre. Lorsqu'elle arrivée dans l'hexagone, elle est restée chez sa cousine pendant dix mois le temps que son frère trouve un appartement avec lequel elle a emménagé à Orléans. Toutefois, elle n'apporte aucun élément sur sa naissance en France ni sa durée de présence continue ni sur ses études. Si elle indique dans le procès-verbal cité au point 8 avoir ses parents en Guyane, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, la seule attestation d'hébergement de son frère, postérieure à la décision en litige, indiquant qu'il l'héberge depuis le 18 août 2023, est insuffisante au sens des stipulations citées au point 10. Enfin, Mme A, célibataire et sans enfant à charge, ne saurait être regardée comme dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Ainsi la requérante ne justifie pas, en l'état du dossier, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En dernier lieu, si Mme A fait valoir avoir une promesse d'embauche, il est constant qu'il ne s'agit que d'une promesse et non d'un emploi effectif à la date de la décision attaquée. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de Mme A doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, pour refuser à Mme A le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet du Nord, qui a estimé qu'il existait un risque que l'intéressée se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont elle a fait l'objet, s'est fondé sur les motifs tirés de ce que la requérante s'était maintenue sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement (3° de l'article L. 612-3), avait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français (4° de l'article L. 612-3), et ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes (8° de l'article L. 612-3) dès lors notamment qu'elle ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente. Par suite, la décision est suffisamment motivée.
16. En dernier lieu et d'une part, le préfet du Nord ne justifie aucunement la circonstance fondant en droit sa décision en litige sur les dispositions du 3° de l'article L. 623-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 13. De même, elle justifie son adresse chez son frère à Orléans, ce qui au demeurant justifie notamment son assignation judiciaire à résidence. La décision contestée doit donc être annulée en tant qu'elle est fondée sur les dispositions citées au point 13 des 3° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part et toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition cité au point 8, que Mme A a déclaré ne pas vouloir quitter la France. Dès lors, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Nord a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressée.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
17. D'une part, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ".
18. D'autre part, aux termes de l'article 1er de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Les Hautes Parties contractantes reconnaissent à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés définis au titre I de la présente Convention. ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Tout d'abord, la Cour européenne des droits de l'homme a posé l'importance que revêt l'obligation posée par l'article 1er de la Convention, au regard de l'article 3 de la même Convention, en précisant qu'elle " impose aux Hautes Parties contractantes de garantir à toute personne relevant de leur juridiction les droits et libertés consacrés par la Convention leur commande de prendre des mesures propres à empêcher que lesdites personnes ne soient soumises à des tortures ou à des traitements inhumains ou dégradants " (23 septembre 1998, A. c. Royaume-Uni, Recueil 1998-VI, p. 2699, § 22). Ensuite, la Cour a déduit de l'importance des droits conférés par l'article 3 de la Convention et compte tenu de la circonstance que ces stipulations consacrent l'une des valeurs fondamentales des sociétés démocratiques (7 juillet 1989, Soering c. Royaume-Uni, série A n° 161, p. 34, § 88) que, pour que ces droits soient effectifs, il faut qu'elle se prononce sur l'existence des risques encourus à la date à laquelle elle se prononce selon une appréciation dite ex nunc (15 novembre 1996, Chahal c. Royaume-Uni, n° 22414/93, § 97) afin de pouvoir prendre en compte la réalité des risques notamment lorsque la situation dans le pays d'éloignement a changé après la décision en litige prise (23 mars 2016, F.G. c. Suède, n° 43611/11, § 115 ). À cet égard, la Cour précise que " le principe de l'évaluation ex nunc a pour finalité principale de fournir une garantie lorsqu'un laps de temps notable s'est écoulé entre l'adoption de la décision interne et l'examen par la Cour du grief de violation de l'article 3 exposé par le requérant, et donc lorsque la situation dans le pays de destination a peut-être évolué en ce qu'elle se serait détériorée ou améliorée " (GC, 29 avril 2022, Khasanov et Rakhmanov c. Russie, n 28492/15 et n° 49975/15, § 106) et que " tout constat relatif à la situation générale dans un pays donné et à sa dynamique ainsi que tout constat relatif à l'existence de tel ou tel groupe vulnérable procède par essence d'une appréciation factuelle ex nunc à laquelle elle se livre sur la base des éléments disponibles " (Khasanov et Rakhmanov c. Russie, § 107, précité). Il résulte de ce qui précède que le juge interne, dans l'examen du moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention, doit également se placer à la date à laquelle il statue afin de procéder à une évaluation ex nunc de la situation de l'étranger au regard du pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office (F.G. c. Suède, § 115, précité).
19. Mme A fait valoir que, alors qu'elle habitait en Guyane et suite au décès de son neveu, des membres d'une mafia agissant tant en Guyane (France) qu'en République du Suriname lui ont demandé de rembourser les sommes dues par son neveu et que, pour qu'elle y consente, lui ont fait subir de graves agressions sexuelles et lui ont demandé de transporter des stupéfiants vers l'hexagone en devenant ainsi une " mule ". Elle ajoute vouloir solliciter l'asile pour être protégée de ces personnes car elle encourt des risques en cas de retour tant en Guyane qu'en République du Suriname.
20. D'une part, les dispositions et stipulations citées au point 17 ne peuvent trouver à s'appliquer à une partie du territoire national ce qui est le cas de la Guyane qui, si elle ne s'appelle plus " Guyane française " depuis la révision constitutionnelle du 28 mars 2003 mais " Guyane " contrairement à ce qu'il est possible de lire dans l'arrêté contestée émanant d'une autorité de la République, est clairement une partie du territoire national en application de l'article 72-3 de la Constitution.
21. D'autre part, il ressort de très nombreux articles de presse librement accessibles sur le réseau Internet ainsi que de communiqués de presse des autorités gouvernementales françaises que l'utilisation sous la contrainte de ressortissants étrangers en Guyane en vue de transporter des stupéfiants jusque dans l'hexagone en les transformant ainsi en " mule " est un phénomène particulièrement important et inquiétant (lire notamment "Mules", cocaïne du Suriname et cannabis exporté en Guyane À la tête d'un trafic international de drogues, le "Marseillais" jugé avec onze autres complices, La Dépêche, 25 octobre 2024 ; Changement de nationalité des mules en provenance de Guyane, France Guyane, 23 février 2024 ; La mule portait des locks fourrées de cocaïne, France Guyane, 14 mars 2024 ; Trafic de cocaïne. Les Antilles-Guyane doivent avoir du répondant face aux inventifs trafiquants, Guadeloupe la 1ère, 4 mai 2024 ; Une "mule" de Guyane opérée en urgence à Besançon pour extraire un ovule de cocaïne bloqué dans son ventre, Guyane la 1ère, 23 septembre 2024 ; Séminaire multilatéral sur la lutte contre le trafic de stupéfiants entre le Suriname, la France et les Pays-Bas (Paramaribo, 12 - 13 décembre 2023), Ambassade de France au Suriname et au Guyana ; Trafic de cocaïne : en Guyane, des mules esclaves des trafiquants, FranceInfo, 12 janvier 2024 ; En Guyane, transporter de la drogue " est aussi banal que d'acheter une baguette ", témoigne une ex-mule, Le Parisien, 21 avril 2023 ; Drogue en Guyane : le 100% contrôle à l'aéroport efficace mais contesté, Guyane la 1ère, 15 octobre 2023 ; Une faille dans la gestion des mules ', France Guyane, 30 juin 2023 ; Trafic de cocaïne : la Guyane et les Antilles face à la "logique de saturation" des mules, aef info, 241 décembre 2023 ; Guyane : saisies de cocaïne en forte baisse à l'aéroport de Cayenne, Sud Ouest, 30 juillet 2024). Dans ce cadre, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a déjà pu octroyer la qualité de réfugié à un étranger dénonçant le trafic de drogues dans son pays notamment dans une affaire où deux " mules " étaient décédées (voir par exemple CNDA, 19 juin 2018, n° 17045525). Les propos tenus par Mme A dans ses écrits et clairement réitérés à l'audience et notamment ceux tendant à expliquer ses modalités d'entrée dans l'hexagone, entrant en cohérence avec le relevé de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) produit en défense, rendent crédibles les autres dires de l'intéressée consistant à vouloir porter plainte pour des faits passés en Guyane et vouloir déposer une demande d'asile, au regard de ce qui a été décrit précédemment sur la situation des " mules " en Guyane au regard de laquelle seuls les contrôles à l'aéroport de Cayenne - Félix Éboué semblent être réellement opérants en la matière. Dans ces conditions, ainsi qu'il a été dit, les dires de Mme A sont suffisamment crédibles en sorte que cette dernière fait valoir des craintes en cas de retour en République du Suriname. Par suite, et alors au demeurant que le préfet du Nord ne conteste aucunement lesdits dires en ne produisant aucun écrit sur ce point, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations des articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 33 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 doivent être accueillis et la décision fixant le pays de destination doit être annulée en tant qu'elle fixe la République du Suriname.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). ".
23. Compte-tenu de ce qui a été dit au point 21 et donc de la nécessité de permettre à Mme A de procéder aux démarches de police et d'asile sereinement et de la circonstance qu'elle est hébergée chez son frère à Orléans (Loiret), la requérante bénéficie de circonstances humanitaires pour que ne soit pas édictée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.
24. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête mais par les seuls moyens qu'elle invoque et en l'état du dossier, que Mme A est fondée à demander l'annulation des seules décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles le préfet du Nord a fixé la République du Suriname comme pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
25. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
26. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de Mme A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont elle fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Nord de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
27. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 9 octobre 2024 par lesquelles le préfet du Nord a fixé le pays à destination duquel Mme A pourra être éloignée d'office en tant qu'elle fixe la République du Suriname et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an sont annulées, sans que Mme A soit dispensée de son obligation de quitter le territoire français.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 9 octobre 2024 ci-dessus annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E A et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
Florence PINGUET
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026