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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404381

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404381

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantMARIETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2024, M. A... B..., représenté par Me Mariette, demande à la juge des référés, saisie sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le préfet d’Eure-et-Loir a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;

3°) d’enjoindre à ce préfet, dans l’attente de la décision rendue sur le fond, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement des articles l’article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors qu’après avoir obtenu son certificat d’aptitude professionnelle (CAP) « Productions et Services en Restauration », en juin 2024, il a immédiatement été embauché en contrat de travail à durée indéterminée (CDI) en qualité d’équipier polyvalent de restauration à compter du 3 septembre 2024 ; son employeur a cependant suspendu son contrat de travail en raison de la mesure d’éloignement prise à son encontre ; il n’a donc plus de ressources lui permettant de subvenir à ses besoins et de louer un logement, et ce alors que son bailleur a décidé de mettre fin, le 19 septembre 2024, à son contrat de résidence ;

- la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux concernant la légalité de l’arrêté est remplie car :
*l’arrêté est entaché d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 435-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; c’est en effet à tort que le préfet lui a opposé l’absence de liens avec sa famille restée dans le pays d’origine et la circonstance qu’il n’établit pas ne pas y être isolé ; le préfet n’a par ailleurs pas examiné s’il remplissait la condition tenant au caractère réel et sérieux des études ;
* il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’application de ces mêmes dispositions puisqu’il est constant qu’il a été confié à l’aide sociale à l’enfance entre l’âge de seize ans et l’âge de dix-huit ans, qu’il justifie du caractère réel et sérieux de ses études et avoir suivi une formation qualifiante pendant une durée supérieure à six mois ; par ailleurs, ses parents sont décédés et le service éducatif du dispositif pour mineurs non accompagnés, les Apprentis d’Auteuil, soutient sa demande de titre de séjour et confirme son insertion dans la société française ; il est en effet embauché en CDI dans un restaurant en conformité avec sa formation professionnelle, il parle la langue française même s’il a encore des difficultés à l’écrit et il s’intègre sans aucune difficulté d’un point de vue social ;
* pour les mêmes motifs, l’arrêté méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
* le préfet a, en outre, commis une erreur manifeste d’appréciation en considérant qu’il ne présentait aucun motif exceptionnel ou circonstance humanitaire permettant son admission exceptionnelle au séjour au titre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Vu :
- la requête enregistrée le 11 octobre 2024 sous le n° 2404341, par laquelle M. B... demande l’annulation de l’arrêté attaqué,
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C... pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de la loi du 10 juillet 1991 : « (…) L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (…) soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ».

M. B... a présenté une demande d’aide juridictionnelle sur laquelle il n’a pas encore été statué. Il y a lieu, en application des dispositions citées au point précédent, d’admettre le requérant à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions de la requête :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience, lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

En ce qui concerne la suspension de l’exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

Aux termes de l’article L. 722-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi (…) ».

M. B... a demandé au tribunal, par la requête enregistrée le 11 octobre 2024 sous le n° 2404341, l’annulation de l’arrêté du 2 septembre 2024 du préfet d’Eure-et-Loir, de sorte que l’obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination qui l’accompagne, contenues dans cet arrêté, ne sont pas susceptibles de recevoir exécution avant que le tribunal n’ait statué au fond. Dès lors, les conclusions de la requête, présentées sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, en tant qu’elles sollicitent la suspension de l’exécution de ces décisions sont irrecevables et ne peuvent qu’être rejetées par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative

En ce qui concerne la suspension de l’exécution de la décision portant refus de titre de séjour :

En l’état de l’instruction, aucun des moyens soulevés par M. B... n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il suit de là, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, que les conclusions de la requête tendant à la suspension de l’exécution de la décision portant refus de titre de séjour, contenue dans l’arrêté préfectoral du 2 septembre 2024, doivent être rejetées par application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.

En ce qui concerne les autres conclusions :

Eu égard à ce qui vient d’être énoncé, les conclusions de la requête aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
O R D O N N E :


Article 1er : M. B... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée pour information au préfet d’Eure-et-Loir

Fait à Orléans, le 18 octobre 2024.


La juge des référés,





Sophie C...

La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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