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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404526

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404526

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDA SILVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2404195 du 22 octobre 2024, la présidente de la 3ème chambre du tribunal administratif de Rouen a transmis au tribunal administratif d'Orléans, en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code justice administrative, la requête de M. B A enregistrée le 17 octobre 2024.

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024 au greffe du tribunal administratif d'Orléans, M. B A, représenté par Me Da Silva, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

3°) et d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué dans son ensemble :

- est entaché d'un vice d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

L'obligation de quitter le territoire :

- est illégale dès lors que le préfet a méconnu son droit d'être entendu ;

- méconnaît l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

L'interdiction de retour :

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 octobre 2024 à 10h00 :

- le rapport de M. Gauthier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Da Silva, représentant M. A, qui a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire au profit du requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 9 septembre 2003, a déclaré être entré en France en 2018. Par un arrêté du 13 février 2022 le préfet de l'Essonne a pris à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois M. A s'est maintenu en situation irrégulière en France. Le 16 octobre 2024 M. A a été interpellé par la gendarmerie nationale et placé en garde à vue pour des faits d'outrage. Par un arrêté du

16 octobre 2024 le préfet d'Eure-et-Loir lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans. Par un autre arrêté du 16 octobre 2024, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mais par une ordonnance du 21 octobre 2024 le juge des libertés et de la détention a ordonné la mise en liberté de l'intéressé. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 octobre 2024 portant notamment obligation de quitter le territoire français.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes du second alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas été statué. Il y a lieu dès lors, en application des dispositions citées au point précédent, d'admettre le requérant à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

En ce qui concerne les moyens communs aux différentes décisions :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 72-2004 du 19 juillet 2024, le préfet d'Eure-et-Loir a donné à Mme Agnès Bonjean, secrétaire générale de la préfecture d'Eure-et-Loir, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet arrêté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

6. En premier lieu, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni avoir été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire en litige. En tout état de cause, il ne fait état à la présente instance d'aucune circonstance qui, si elle avait pu être portée plus tôt à la connaissance du préfet, aurait pu faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'une part, si M. A soutient qu'il pourrait bénéficier d'une carte de séjour temporaire de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne se trouve pas dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire et ne remplit pas ainsi les conditions prévues par l'article L. 423-22. S'il se prévaut de son mariage avec une ressortissante française il ne justifie pas d'une relation ancienne, intense et stable. En outre l'intéressé ne justifie d'aucune intégration en France. Il ne justifie pas ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points précédents, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire.

10. M. A s'est déjà soustrait à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français et s'est maintenu en situation irrégulière en France. Il ne présente par ailleurs pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points précédents, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 6, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

13. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués aux points précédents, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. En deuxième lieu, M. A fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire sans délai, n'a pas déféré à une précédente mesure de renvoi et ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui pourrait faire obstacle à une interdiction de retour. Dans ces conditions, la décision portant interdiction de retour n'est pas entachée d'une erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet d'Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

E. GAUTHIER

Le greffier,

S. BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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