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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404546

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404546

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2416476 du 25 octobre 2024, le vice-président délégué du tribunal administratif de Nantes a transmis la requête de M. A E, enregistrée le 23 octobre 2024, au tribunal administratif d'Orléans territorialement compétent.

Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2404546 le 24 octobre 2024, et des pièces enregistrées le 4 novembre 2024, M. A E, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E soutient que :

- les décisions en litige :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

* est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public que constituerait son comportement ;

- les décisions portant refus d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une requête enregistrée directement au greffe du Tribunal le 24 octobre 2024, M. A E, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. E soutient que les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er novembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Hajji, substituant Me Kaddouri représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, le défaut d'audition à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- M. E qui indique être entré en France en 2014 où il a été scolarisé. Il indique également avoir a été traumatisé par son beau-père qui a tapé sa mère. Il ajoute beaucoup regretter les délits qu'il a commis. Il continue en précisant avoir travaillé après avoir réalisé des formations en espaces verts ainsi qu'en maçonnerie. Il termine en précisant qu'il veut aider sa mère en travaillant ;

- et Mme D, mère de M. E, dont l'identité a été publiquement vérifiée, qui indique que suite à son premier divorce elle s'est remariée en France avec un homme qu'elle aimait mais qui s'est trouvé être violant tant envers elle qu'envers son fils qui, étant enfant unique et alors qu'elle travaillait à l'hôpital, à fréquenté des jeunes qui l'ont entraîné dans la délinquance. Elle termine en précisant que son fils a besoin d'aide et qu'elle peut l'aider.

Le préfet de Maine-et-Loire n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h03.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant marocain, né le 7 octobre 1999 à Inezgane (Royaume du Maroc), est entré en France en 2013 selon ses déclarations. L'intéressé a été condamné le 1er juin 2018 par le tribunal correctionnel d'Angers à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de recel, le 23 juillet 2018 par le même tribunal à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits d'escroquerie en récidive et en récidive de tentative et de recel en récidive, le 6 janvier 2020 par le tribunal correctionnel de Pau à une peine d'emprisonnement de quatre mois pour des faits d'usage de chèque contrefaisant ou falsifié et contrefaçon ou falsification de chèque, le 17 novembre 2022 par le président du tribunal judiciaire d'Angers, dans le cadre d'une ordonnance pénale, à quatre-vingt-dix jours amende à cinq euros pour des faits de voyage habituel dans un moyen de transport public de personnes payant sans titre de transport valable, le 26 décembre 2022 par le tribunal correctionnel d'Angers à une peine d'emprisonnement d'un an d'emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire de deux ans pour des faits de harcèlement moral d'une personne sans incapacité (propos ou comportements répétés ayant pour objet ou effet une dégradation des conditions de vie altérant la santé) et abus de confiance, le 4 octobre 2023 par le tribunal correctionnel d'Angers à une peine d'emprisonnement de trois mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en récidive ainsi qu'à la révocation pour trois mois du sursis probatoire prononcé le 26 décembre 2022, le 1er décembre 2023 par le même tribunal à une peine d'emprisonnement de cinq mois d'emprisonnement pour des faits suivants de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et d'escroquerie. Il a été écroué à la maison d'arrêt d'Angers. Par un arrêté n° 2021-3827 du 30 décembre 2021, le préfet de Maine-et-Loire a procédé au retrait de la carte de résidence de l'intéressé et lui a octroyé une carte de séjour temporaire. Par arrêté du 9 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de douze mois. Par arrêté du 23 octobre 2024, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 29 octobre 2024 confirmée par une ordonnance de la cour d'appel d'Orléans du surlendemain. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 9 octobre 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". En présentant au dossier copie du courriel adressé au bureau d'aide juridictionnelle d'Orléans eu vue de l'admission de son client à l'aide juridictionnelle, le conseil de M. E doit être, au regard de la nécessaire préservation des droits du requérant dans la procédure administrative contentieuse et en l'absence de toute décision prise par un bureau d'aide juridictionnelle ou de conclusion explicite d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, nécessairement regardé demandant au juge l'admission à titre provisoire de son client à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination :

3. Par un arrêté n° SG/MICCSE n° 2024-08 du 28 février 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 25 du 1er mars 2024, et non l'arrêté n° DRAJ-MICCSE n° 2024-38 du 10 octobre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 134 du 21 octobre 2021 produit en défense qui est postérieur aux décisions contestées, le préfet de Maine-et-Loire a donné à M. B C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

4. Les décisions en litige du 9 octobre 2024 du préfet de Maine-et-Loire mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et notamment citent la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles le préfet se fonde, mentionnent des éléments de la situation personnelle de M. E et indiquent que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne spécifiquement la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ()°. ".

6. En premier lieu, il ressort de la notice de renseignements établie alors que M. E était incarcéré à la maison d'arrêt d'Angers, signé par lui sans réserve, qu'il a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Concernant ce dernier point, il a pu clairement exprimer ses observations. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de contradictoire doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné ainsi qu'il a été dit au point 1. Ces condamnations portent tant sur des atteintes aux biens qu'à des atteintes aux personnes ainsi qu'il ressort notamment de sa condamnation pour harcèlement moral au demeurant contre sa propre mère. Certaines condamnations ont été prononcées en état de récidive. Ces condamnations sont au nombre de huit entre 2018 et 2023. En revanche, le préfet du Maine-et-Loire ne justifie aucunement les signalements dont il fait mention dans l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, et alors même qu'il ressort de la lecture des documents pénaux transmis que l'intéressé a nécessairement bénéficié d'une libération anticipée, et sans qu'il soit besoin en l'espèce de disposer des signalements précités, en estimant que le comportement de M. E constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de Maine-et-Loire n'a entachée son appréciation d'aucune erreur.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si, dans ses arrêts des 13 mai 2003 (Chandra c. Pays Bas, n°53102/99) et 6 juillet 2006 (Yash Priya c. Danemark, n°13594/03), la Cour européenne des droits de l'homme a estimé que les ressortissants étrangers qui, sans se conformer aux règlements en vigueur, mettent par leur présence sur le territoire d'un État contractant les autorités de ce pays devant un fait accompli, ne peuvent d'une manière générale faire valoir une espérance légitime qu'un droit au séjour leur sera accordé, la Cour a précisé dans son arrêt du 21 juin 1988 (Berrehab c. Pays-Bas, n° 10730/87,

25 à 29 ; voir également 26 mars 1992, Beldjoubi c. France, n° 12083/86, § 79), que l'ingérence d'un État contractant à la Convention au droit à la vie privée et familiale d'un étranger en situation irrégulière sur son territoire, au sens des stipulations précitées, doit être justifiée par un besoin social impérieux et, notamment, proportionnée au but légitime poursuivi. Ainsi que la Cour l'a précisé (Grande chambre, 24 janvier 2017, Paradiso et Campanelli c/ Italie, § 181), " pour déterminer si une ingérence est "nécessaire, dans une société démocratique", il y a lieu de tenir compte du fait qu'une marge d'appréciation est laissée aux autorités nationales ", dont la décision demeure soumise aux juridictions nationales, et à la Cour si elle est saisie, compétentes pour en vérifier la conformité aux exigences de la Convention (22 avril 1997, X, Y et Z c. Royaume-Uni, Recueil 1997-II, § 41). Il s'ensuit que le juge doit opérer une appréciation entre l'intérêt individuel du requérant au droit au respect de sa vie privée et familiale et l'intérêt général eu égard notamment aux agissements passés de l'étranger, appréciation parfois dénommée " balance des intérêts ".

10. M. E fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y est entré en avril 2014 dans le cadre du regroupement familial, alors âgé de seulement quatorze ans, afin d'y rejoindre sa mère qui constitue aujourd'hui sa seule famille, qu'il réside sur le territoire sans discontinuer depuis cette date soit depuis plus de huit en sorte que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe ainsi aujourd'hui en France précisant qu'il n'a plus de famille au Maroc, où son père est décédé et où il n'a pas de frères et sœurs. Toutefois, aucun document figurant au dossier n'atteste de sa présence avant juillet 2017. Par ailleurs, le seul document présenté concernant sa scolarité est un certificat attestant de son inscription en classe de 3ème daté du 9 septembre 2024 sans précision de l'année scolaire concernée. Si sa mère, Mme D, dont le lien de filiation ne figure pas au dossier mais qui ne fait aucun doute au regard du déroulé de l'audience, est présente en France de manière régulière bénéficiant d'une carte de résident valable jusqu'au 29 novembre 2033, le seul lien figurant au dossier entre M. E et sa mère, au sens des stipulations citées au point 8, est sa demande de logement de 2022 puisque l'adresse y figurant est celle de sa mère. Figure au dossier une longue attestation de Mme D qui est postérieure à la décision attaquée et qui, si elle est circonstanciée, n'est pas corroborée par d'autres pièces ainsi qu'il a été dit. Concernant son adresse, il présente au dossier sans l'expliquer des documents indiquant une adresse à Les Ponts-de-Cé ou à Cholet, les deux étant dans le département du Maine-et-Loire. En outre, s'il indique dans la notice de renseignements citée au point 6, avoir un oncle à Strasbourg (Bas-Rhin) et des cousins, il ne l'établit pas. Également, s'il précise que suite au retrait de sa carte de résident et à la délivrance d'une carte de séjour temporaire par l'arrêté du 30 décembre 2021 cité au point 1, il n'a jamais reçu la moindre convocation de la préfecture du Maine-et-Loire en vue de récupérer ladite carte de séjour temporaire en sorte qu'on ne peut lui reprocher de n'en avoir pas sollicité le renouvellement, force est de constater qu'il a effectivement reçu notification de cet arrêté qui porte en son article 2 la délivrance de cette carte de séjour temporaire mais qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il ait sollicité les services de la préfecture en vue de réceptionner cette carte. Enfin, M. E est célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, la balance entre les intérêts privés du requérant, y compris en tenant compte de la présence de sa mère en France, qui existent en France et l'intérêt public penche, compte tenu de ce qui précède, en faveur de l'intérêt public. Par conséquent, M. E n'est pas fondé, en l'état du dossier, à soutenir que la préfète aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, M. E fait valoir qu'il a travaillé régulièrement en France. Si l'intéressé produit un contrat de travail et plusieurs bulletins de paie, il ressort de ces éléments que les emplois concernés étaient soit à durée déterminée ou en intérim et procuraient un revenu aléatoire et pour la moitié des bulletins de paie inférieur au salaire minimum, en sorte qu'ils ne permettent pas de considérer l'intéressé comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de M. E doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus d'un délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, pour refuser à M. E le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet de Maine-et-Loire a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public et qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

15. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice de renseignements citée 5, qu'il a indiqué ne pas vouloir quitter la France qui est un cas prévu par le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que, à la date de la décision contestée, M. E ne pouvait justifier d'une adresse stable ayant déclaré résider dans un centre communal d'action sociale à Cholet (Maine-et-Loire) ce qui est un cas prévu au 8° de l'article L. 612-3 du même code. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, et malgré le caractère minimaliste de la motivation dans la décision contestée, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a pu légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

16. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

18. En deuxième lieu, si le conseil de M. E, en soulevant le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, a entendu en réalité soulever le moyen tiré de l'erreur d'appréciation (CE, 6 novembre 1987, n° 65590, A), ce moyen doit être écarté dès lors qu'il ne fait valoir aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine. Toutefois, si le moyen est le même que celui cité au point 11, il y a lieu, à le supposer opérant, de l'écarter pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (). ".

20. Il ressort des pièces du dossier que M. E a sa mère sur le territoire en situation régulière qui était présente à l'audience au soutien de son fils. Si, ainsi qu'il a été dit et en l'état du dossier, le requérant ne peut démontrer une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, force est de constater, ainsi qu'il a été vu lors de l'audience, une proximité forte entre l'intéressé et sa mère ainsi que certains éléments d'adresse de commune en sorte qu'en lui interdisant de revenir sur le territoire français pour une durée de douze mois, le préfet du Maine-et-Loire a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

21. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. E est fondé à demander, en l'état du dossier, l'annulation de la seule décision du 9 octobre 2024 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire l'a interdit de retour pour une durée de douze mois mais pas celles de la même date et de la même autorité l'obligeant à quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

23. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. E, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

24. Enfin, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. E, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décisions du préfet de Maine-et-Loire du 9 octobre 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée douze mois est annulée, sans que M. E soit dispensé de son obligation de quitter le territoire français.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Maine-et-Loire, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 9 octobre 2024 ci-dessus annulée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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