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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404551

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404551

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404551
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOUGET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, M. G A F A, représenté par Me Pouget, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'annuler la décision d'exécution de l'arrêté vers le territoire de l'État membre prétendu responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui permettre de déposer sa demande d'asile sur le territoire français ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision portant transfert :

* est entachée d'incompétence ;

* est insuffisamment motivée ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des articles L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3, paragraphe 2, et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision " portant obligation de transfert, le pays de destination et l'exécution de l'arrêté du 17 octobre 2024 " :

* est entachée d'incompétence ;

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant transfert ;

- la décision " fixant le pays de renvoi " :

* viole les " dispositions " de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* viole les " dispositions " de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

L'audience initialement prévue le 4 novembre 2024 a été renvoyée au lendemain à la demande de Me Pouget, finalement absent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, notamment modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.

M. A et la préfète du Loiret n'étaient ni présentes, ni représentées.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h31.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tchadien, né le 25 janvier 2022 à N'Djaména (République du Tchad), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 24 avril 2024, attestation renouvelée le 20 septembre 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par l'arrêté susvisé du 17 septembre 2024, la préfète du Loiret a prononcé le transfert de M. A aux autorités espagnoles. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. (). ".

4. À titre liminaire, contrairement à ce qui est présenté dans la requête, il n'existe qu'une seule décision dans l'arrêté susvisé et contesté du 17 septembre 2024 à savoir une décision de transfert prise dans le cadre du règlement susvisé n° 604/2013 du 26 juin 2024 et non deux ou trois ainsi qu'il ressort de la lecture des écritures. En conséquence, les moyens soulevés dans la requête ne peuvent qu'être considérés comme dirigés conte la seule décision par laquelle la préfète du Loiret a décidé le transfert de M. A aux autorités espagnoles.

5. En premier lieu, par un arrêté n° 45-2024-09-02-00008 du 2 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 45-2024-240 du même jour non produit, la préfète du Loiret a donné à Mme D E, directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comporte l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application (CE, 7 décembre 2018, n° 420900, B). En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement et notamment le visa du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et les circonstances que l'intéressé a sollicité l'asile au Royaume d'Espagne préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France et que les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 24 avril 2024 qu'elles ont implicitement accepté le 22 juin suivant. Dès lors, contrairement à ce que soutient M. A, cet arrêté est suffisamment motivé.

7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre B afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ". L'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. A rapporte que lorsqu'il était au Royaume d'Espagne il a fait l'objet de mauvaises conditions d'accueil lors de son arrivée et sa détention pendant plusieurs jours. Il ajoute que, de nationalité tchadienne, il a tissé des liens significatifs en France avec des compatriotes en France. Toutefois, le Royaume d'Espagne est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile de M. A sera traitée par les autorités espagnoles dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Le requérant n'apporte aucun élément, notamment des documents, de nature à renverser cette présomption en sorte que rien ne permet de penser que les autorités espagnoles n'évalueraient pas d'office les risques réels de mauvais traitements qui pourraient naître pour lui du seul fait de son éventuel retour en République du Tchad ni, à supposer même que le rejet de sa demande d'asile soit devenu définitif, ce qui n'est pas allégué, qu'il ne serait pas en mesure de faire valoir devant ces dernières, responsables de sa demande d'asile, tout élément nouveau relatif à l'évolution de sa situation personnelle. Il n'apporte également aucun élément concernant les mauvaises conditions d'accueil dont il aurait fait l'objet. Enfin, il n'apporte également aucun élément concernant les liens significatifs en France avec des compatriotes en France. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. A ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que la préfète du Loiret décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a pas méconnu les dispositions précitées. L'autorité administrative n'a davantage pas méconnu les stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En quatrième lieu, si M. A soutient, dans ses écritures, une méconnaissance des dispositions de l'article L. 741-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant que cette disposition est relative au placement en rétention administrative. Le moyen est donc inopérant et doit, en tout état de cause, être écarté. À supposer qu'il ait entendu invoquer l'article 7 dudit règlement, il est constant qu'il ressort du relevé Eurodac produit en défense que l'intéressé a sollicité l'asile auprès des autorités espagnoles le 31 mars 2024 (" hit 1 ") et qu'il n'a pas été enregistré par lesdites autorités au titre d'un franchissement irrégulier des frontières (" hit 2 "). Dans ces conditions et alors que l'argumentation n'est dirigée que dans le cadre d'un " hit 2 " et que la détermination de l'État membre responsable par application des critères se fait uniquement dans le cas de la prise en charge (" hit 2 ") et non dans le cas d'une reprise en charge (" hit 1 ") (voir CJUE, 2 avril 2019, Staatssecretaris van Veiligheid en Justifie cl H. et R., C-582/17 et C-583/17 et CE, 4 mars 2015, n° 388180, A) ce qui est le cas en l'espèce, le moyen, à le supposer soulevé, ne peut qu'être écarté.

10. En dernier lieu, si M. A soutient, dans ses écritures, une méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement dit " C B " aux termes duquel, selon les écritures, " les critères pour la détermination de l'État membre responsable qui sont établis s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés ", il ressort de la lecture du règlement n° 604/2013 susvisé que l'article 5 est relatif à l'entretien individuel et non à la hiérarchisation des critères. Le moyen ne peut dès lors qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités espagnoles. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A F A et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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