Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, Mme B... A..., représentée par Me Madrid, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer une carte de résident ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Loiret, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de carte de résident, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation.
Par ordonnance du 24 février 2025, la clôture d’instruction a été fixée au 24 avril 2025.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret, qui a produit une pièce le 19 février 2026 qui n’a pas été communiquée.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Garros,
- et les observations de Me Madrid, représentant Mme A....
Considérant ce qui suit :
1. Mme B... A..., ressortissante marocaine, déclare être entrée sur le territoire français au cours de l’année 2012. Elle s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire à compter du 4 novembre 2016, puis une carte de séjour pluriannuelle à compter du 14 novembre 2018. Elle a sollicité de la préfète du Loiret la délivrance d’une carte de résident, sur le fondement des dispositions de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. La préfète du Loiret a implicitement rejeté cette demande en lui délivrant une carte de séjour pluriannuelle à compter du 1er décembre 2022. Le recours gracieux formé à l’encontre de cette décision implicite de rejet a également été implicitement rejeté par la préfète. Mme A... demande au tribunal d’annuler cette décision.
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211‑2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui (…) restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n’est pas illégale du seul fait qu’elle n’est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l’intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu’à l’expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».
3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A... ait sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet par laquelle la préfète a refusé de lui délivrer une carte de résident. Dans ces conditions elle ne peut soutenir que la décision attaquée serait entachée d’un défaut de motivation et ce moyen doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui justifie d’une résidence régulière ininterrompue d’au moins cinq ans en France au titre d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d’une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l’article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d’une durée de dix ans. (…) / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l’article L. 262-1 du code de l’action sociale et des familles ainsi qu’aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / La condition de ressources prévue au premier alinéa n’est pas applicable lorsque la personne qui demande la carte de résident est titulaire de l’allocation aux adultes handicapés mentionnée à l’article L. 821-1 du code de la sécurité sociale ou de l’allocation supplémentaire mentionnée à l’article L. 815-24 du même code (…) ». En application des dispositions de l’article R. 431-11 du même code, de l’annexe 10 à ce code et de la rubrique 58 de cette annexe, le niveau de ressources est apprécié sur une période de référence de cinq ans.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... est titulaire d’un contrat de travail conclu avec une société de service à domicile en qualité d’employée au domicile de particulier. Si elle verse ses feuilles de payes correspondant à cet emploi, ces dernières ne couvrent que la période du mois d’octobre 2012 au mois de mai 2014, puis du mois de septembre 2023 au mois de mars 2024. Par ailleurs, si elle verse ses avis d’impositions indiquant qu’elle a perçu des revenus nets imposables de 16 126 euros au titre de l’année 2017, 18 491 euros au titre de l’année 2018, 10 996 euros au titre de l’année 2019, 15 080 euros au titre de l’année 2020, 15 548 euros au titre de l’année 2021, 12 280 euros au titre de l’année 2022, ces revenus déclarés ne sont pas au moins égaux à un salaire minimum de croissance annuel pour toutes de ces années. Ainsi, la requérante n’établit pas avoir eu des ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins c’est-à-dire d’un montant au moins égal au salaire minimum de croissance pendant les cinq années précédant sa demande. Par suite, ce moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
7. La requérante fait valoir qu’elle résidait depuis plus de douze ans sur le territoire français à la date de la décision attaquée, qu’elle est particulièrement intégrée professionnellement et personnellement et parle parfaitement français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si la requérante soutient qu’une carte de résident permettrait de rassurer son employeur, de faciliter l’accès à un emprunt immobilier et d’accéder ainsi à la propriété, et alors qu’elle s’est vue délivrer un titre de séjour pluriannuel de deux ans, ces considérations ne sont pas suffisantes pour établir que le refus de délivrance d’une carte de résident porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale. ».
9. Par les considérations qu’elle invoque et alors d’une part que la requérante s’est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle et d’autre part que la décision attaquée de refus de délivrance d’une carte de résident n’a pas pour effet de séparer Mme A... de ses deux enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 3-1 internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu’exposés aux points 7 et 9 le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et celles qu’elle présente au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la préfète du Loiret.
Délibéré après l’audience du 3 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
Mme Keiflin, première conseillère,
M. Garros, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.
Le rapporteur,
Nicolas GARROS
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Sarah LEROY
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.