jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2404577 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | MASSIERA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, transmise par le tribunal administratif de Nantes, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Orléans le 25 octobre 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 31 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Massiera, retenu au centre de rétention d'Olivet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Loire Atlantique a rejeté sa demande titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire Atlantique de lui délivrer un titre de séjour ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable pendant la durée de cet examen.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la décision portant refus de départ volontaire méconnait l'article 7 de la directive " retour " et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- elle est disproportionnée eu égard à sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Nehring, premier conseiller, pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nehring,
- et les observations de Me Massiera, représentant M. A, de M. A lui-même, assisté de M. C, interprète, M. A persiste dans ses conclusions par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né en 1985, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 décembre 2020. Il a été incarcéré au centre de détention de Nantes le 13 septembre 2023 et a en été libéré le 10 octobre 2024. Par arrêté du 15 octobre 2024, le préfet de la Loire Atlantique a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par la requête ci-dessus analysée, M. A demande d'annulation de cet arrêté.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise notamment l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du
27 décembre 1968 modifié, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Il mentionne également les considérations de fait sur lesquels il se fonde notamment les éléments pertinents relatifs aux conditions de séjour de M. A en France. L'arrêté, qui n'est pas tenu d'énumérer l'ensemble des éléments du dossier, comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, celle portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les dispositions permettant au préfet d'édicter une telle décision, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin la décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte également une motivation en droit et en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions refusant de délivrer un titre de séjour, faisant obligation de quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Par ailleurs, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale est délivré de plein droit : / () / 4) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, que M. A a été condamné par jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 13 septembre 2023 à douze mois d'emprisonnement et révocation du sursis de six mois d'emprisonnement, prononcé par jugement du 4 février 2022, pour des faits de plusieurs vols aggravé par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation, port sans motif légitime d'arme blanche et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours. Ces faits caractérisent, compte tenu notamment de leur caractère récent et de leur réitération, le comportement de M. A comme étant une menace à l'ordre public. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation de l'intéressé.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. A soutient qu'il est entré en France le 15 décembre 2020, qu'il est en couple depuis trois ans avec une ressortissante française avec laquelle il a eu une fille, âgée d'un an, qu'il a reconnu à sa naissance. Toutefois, il n'établit pas, par la seule production d'une attestation de sa concubine indiquant qu'il est hébergé chez elle, de la réalité d'une vie commune ancienne et stable et ne justifie pas non plus d'une particulière insertion dans la société française. En outre, il est constant qu'il n'a jamais rencontré sa fille, ayant été incarcéré depuis sa naissance. Par ailleurs, il ne justifie pas être dépourvu de tout lien personnel dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 4, son comportement est de nature à présenter une menace pour l'ordre public. Ainsi, le refus de délivrance d'un certificat de résidence algérien ne présente pas un caractère disproportionné au regard du respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 4 et 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). "
9. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, la préfète du Loiret n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que la présence de M. A constituait une menace pour l'ordre public. Elle pouvait dès lors, sans commettre d'erreur de droit ni d'appréciation, refuser d'accorder un délai de départ volontaire à l'intéressé.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et
L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
11. Eu égard aux circonstances rappelées aux points 4 et 6 du présent jugement, et notamment la condamnation récente de l'intéressé à une peine de douze mois d'emprisonnement et révocation du sursis de six mois d'emprisonnement, pour des faits de plusieurs vols aggravés par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation, port sans motif légitime d'arme blanche et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité supérieure à huit jours, le préfet de la Loire Atlantique n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. A ni pris une mesure disproportionnée en édictant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Virgile NEHRING
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne au préfet de la Loire Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026