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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2404604

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2404604

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2404604
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSARRAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2024 et 25 novembre 2024, la société Aquitaine Energy 7, représenté par Me Roze, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté n° 045 066 022 L0012 T02 du 9 novembre 2023 par lequel le maire de Chailly-en-Gâtinais a autorisé le transfert à la société Nevo Solar Energy 1 du permis de construire n° 045 066 022 L0012 T01 qui lui avait été accordé et de la décision implicite de rejet de sa demande de retrait pour fraude de cet arrêté ;

2°) d'enjoindre à la société Nevo Solar Energy 1 d'interrompre immédiatement les travaux ;

3°) à titre subsidiaire de suspendre l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de retrait pour fraude de l'arrêté précité et d'enjoindre au maire de retirer l'arrêté et à la société Nevo Solar Energy 1 d'interrompre immédiatement les travaux ;

4°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Chailly-en-Gâtinais et de la société Nevo Solar Energy 1 une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'en raison de la fraude, le délai de trois mois prévu à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme n'est pas opposable, qu'il a été procédé aux notifications requises en application de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme, que le délai de recours contre l'arrêté du 9 novembre 2023 n'a pas couru en l'absence d'affichage conforme et continu, qu'elle a intérêt à agir et que la construction n'est pas achevée ;

- l'urgence est présumée dès lors que les travaux autorisés par le permis de construire sont en cours de réalisation, qu'ils ne sont pas achevés et que la société requérante n'a pas tardé à exercer ses droits ;

- l'urgence résulte, en outre de l'atteinte à ses droits et de l'intérêt général s'attachant à la lutte contre la fraude aux autorisations d'urbanisme ;

- l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte, en premier lieu, de la fraude dont est entachée la demande de transfert de permis de construire, en deuxième lieu, de ce que le transfert ne pouvait être décidé que sur demande du bénéficiaire du permis de construire et, enfin, de ce que le maire ne pouvait, sans erreur manifeste d'appréciation, refuser de faire droit à sa demande de retrait de l'arrêté litigieux ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 et 25 novembre 2024, la société Nevo Solar Energy 1, représentée par Me Sarrazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Aquitaine Energy 7 une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'arrêté du 9 novembre 2023 était définitif à la date d'introduction de la requête et que la société requérante n'a pas d'intérêt à agir ;

- les conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas réunies.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 novembre 2024 à 14h 09, la commune de Chailly-en-Gâtinais, représentée par le cabinet Casadei-Jung, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2404518, enregistrée le 23 octobre 2024, par laquelle société Aquitaine Energy 7 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le maire de Chailly-en-Gâtinais a autorisé le transfert à la société Nevo Solar Energy 1 du permis de construire n° 045 066 022 L0012 T01 qui lui avait été accordé et la décision implicite de rejet de sa demande de retrait pour fraude de cet arrêté ou, à titre subsidiaire, d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de retrait pour fraude de l'arrêté précité.

Vu :

- code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Roze, représentant la société Aquitaine Energy 7, de Me Casadei, représentant la commune de Chailly-en-Gâtinais, et de Me Sarrazin, représentant la société Nevo Solar Energy 1.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° 045 066 022 L0012 du 26 décembre 2022, M. A a obtenu du maire de Chailly-en-Gâtinais un permis de construire un hangar agricole d'une surface de plancher de 710 m², avec bardage, couverture et panneaux photovoltaïques en toiture. Par un arrêté n° 045 066 022 L0012 T01 du 8 août 2023, le maire de Chailly-en-Gâtinais a autorisé le transfert de ce permis de construire au bénéfice de la société Aquitaine Energy 7. Par une demande du 12 octobre 2023, la société Aquitaine Energy 7 a sollicité le transfert de ce permis de construire au bénéfice de la société Nevo Solar Energy 1, ce qui a été accordé par un arrêté n° 045 066 022 L0012 T02 du maire de Chailly-en-Gâtinais du 9 novembre 2023. Par courrier du 12 août 2024, la société Aquitaine Energy 7 a demandé le retrait pour fraude de ce dernier arrêté de transfert. Du silence gardé par le maire sur cette demande est née une décision implicite de rejet. Par sa requête n° 2404518, la société Aquitaine Energy 7 a demandé au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le maire de Chailly-en-Gâtinais a autorisé le transfert à la société Nevo Solar Energy 1 du permis de construire et la décision implicite de rejet de sa demande de retrait pour fraude de cet arrêté ou, à titre subsidiaire, d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de retrait pour fraude de l'arrêté précité. Par la présente requête, elle demande au juge des référés la suspension de l'exécution de ces décisions.

Les conclusions à fin de suspension de l'exécution de la décision en litige :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par la société Nevo Solar Energy 1 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre () d'un permis de construire () court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. " En l'espèce, si la société Nevo Solar Energy 1 établit, par un certificat numérique de photographie horodaté et géolocalisé par un tiers de confiance, l'affichage sur le terrain de l'arrêté du 9 novembre 2023 à la date du 10 novembre 2023 et que cet affichage, lisible depuis la voie publique, comportait les mentions requises, elle n'établit pas, par cette seule pièce, que cet affichage est resté en place pendant les deux mois requis. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 9 novembre 2023, enregistrées le 29 octobre 2024, sont tardives.

3. En second lieu, la société Aquitaine Energy 7 soutient que la demande de transfert à la société Nevo Solar Energy 1 du permis de construire qu'elle détenait antérieurement a été présentée frauduleusement comme émanant d'elle-même et obtenue en méconnaissance de ses droits. Une telle circonstance est de nature à lui conférer un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation de l'arrêté de transfert du 9 novembre 2023 et de la décision implicite de rejet de sa demande de retrait de cet arrêté. Par suite, contrairement à ce que prétend la société Nevo Solar Energy 1, la société requérante a intérêt à demander la suspension de l'exécution des décisions litigieuses.

En ce qui concerne la suspension de l'exécution des décisions en litige :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par les parties et de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l'exécution de la décision soit suspendue avant l'intervention du jugement de la requête au fond. En vertu de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme, la condition d'urgence doit être constatée lorsqu'une requête en référé-suspension est formée contre une autorisation d'urbanisme. Toutefois, le pétitionnaire et l'autorité qui a délivré le permis ou ne s'est pas opposé à la déclaration préalable peuvent utilement faire état, pour tenir en échec le constat de cette urgence, de circonstances particulières relatives, notamment, à l'intérêt s'attachant à ce que l'ouvrage soit réalisé sans délai.

5. D'autre part, un permis de construire ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis et qui établissent l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.

6. Enfin, un tiers justifiant d'un intérêt à agir est recevable à demander, dans le délai du recours contentieux, l'annulation de la décision par laquelle l'autorité administrative a refusé de faire usage de son pouvoir d'abroger ou de retirer un acte administratif obtenu par fraude, quelle que soit la date à laquelle il l'a saisie d'une demande à cette fin. Dans un tel cas, il incombe au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, d'une part, de vérifier la réalité de la fraude alléguée et, d'autre part, de contrôler que l'appréciation de l'administration sur l'opportunité de procéder ou non à l'abrogation ou au retrait n'est pas entachée d'erreur manifeste, compte tenu notamment de la gravité de la fraude et des atteintes aux divers intérêts publics ou privés en présence susceptibles de résulter soit du maintien de l'acte litigieux, soit de son abrogation ou de son retrait.

7. En premier lieu, pour demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2023, la société Aquitaine Energy 7 soutient notamment que la demande de transfert présentée en son nom le 12 octobre 2023 l'a été par M. C B alors que celui-ci avait été démis de ses fonctions de directeur général de la société par une décision du président de celle-ci du 28 septembre 2023. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B a contesté sa révocation le 9 octobre 2023, soit avant la présentation de la demande de transfert, de sorte qu'il ne peut être regardé comme l'ayant ignorée alors même qu'elle n'avait alors fait l'objet d'aucune mesure de publicité de nature à la rendre opposable aux tiers, et, d'autre part, qu'aucun accord précis n'avait été conclu entre M. B et la société Aquitaine Energy 7 l'autorisant à demander le transfert du permis de construire en question.

8. En deuxième lieu, les circonstances invoquées en défense par la société Nevo Solar Energy 1 ne sont pas de nature à établir que l'intérêt général exigerait le maintien de la décision de transfert du permis de construire à son profit.

9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que l'arrêté du 9 novembre 2023 est entaché de fraude et de ce que la décision implicite de rejet de la demande de retrait de cet arrêté est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de ces décisions.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées.

11. En troisième lieu, dans les circonstances décrites ci-dessus, les décisions attaquées doivent être regardées comme préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate aux droits que la société Aquitaine Energy 7 tirait de l'arrêté n° 045 066 022 L0012 T01 du 8 août 2023 lui transférant le permis de construire initialement délivré à M. A. Si la commune de Chailly-en-Gâtinais et la société Nevo Solar Energy 1 soutiennent que l'urgence n'est pas caractérisée en l'espèce, ni la circonstance que la demande de retrait de l'arrêté du 9 novembre 2023 n'a été présentée que le 12 août 2024, sans que soit établie la date à laquelle la fraude a été portée à la connaissance de la société requérante, ni la circonstance que les travaux seraient largement engagés, mais non encore totalement exécutés, ne sont de nature à établir le défaut d'urgence.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la société Aquitaine Energy 7 est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2023 portant transfert à la société Nevo Solar Energy 1 du permis de construire n° 045 066 022 L0012 et la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet de sa demande de retrait de cet arrêté.

Les conclusions à fin d'injonction :

13. La suspension de l'exécution des décisions attaquées, qui suspend immédiatement les droits de la société Nevo Solar Energy 1 de faire procéder aux travaux, n'implique par elle-même aucune mesure juridique d'exécution tendant à ce qu'il lui soit enjoint d'interrompre les travaux. Par suite, les conclusions tendant à cette fin de la société Aquitaine Energy 7 doivent être rejetées.

14. En revanche, la suspension de l'exécution du refus implicite de retirer l'arrêté du 9 novembre 2023 implique nécessairement que le maire de Chailly-en-Gâtinais statue sur la demande dont il est saisi. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Les frais de l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Aquitaine Energy 7, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que réclame la société Nevo Solar Energy 1 au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Chailly-en-Gâtinais et de la société Nevo Solar Energy 1 le versement de la somme que réclame la société Aquitaine Energy 7 au titre des même frais.

ORDONNE:

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 9 novembre 2023 et de la décision implicite de rejet de la demande de retrait de cet arrêté est suspendue jusqu'au jugement de l'affaire au fond.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Chailly-en-Gâtinais de statuer sur la demande de retrait de l'arrêté dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Aquitaine Energy 7, à la commune de Chailly-en-Gâtinais, à la societé Nevo Solar Energy 1 et à M. B.

Fait à Orléans, le 28 novembre 2024.

Le juge des référés,

Denis D

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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