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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2405201

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405201

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. B, ressortissant géorgien, qui contestait l'arrêté du 21 novembre 2024 fixant le pays de destination de son éloignement. Le juge a d'abord écarté la fin de non-recevoir soulevée par la préfète, estimant que la requête, bien que sommaire, contenait des moyens. Sur le fond, le tribunal a considéré que les moyens invoqués, tirés notamment de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés, l'intéressé n'établissant pas de risques personnels en cas de retour en Géorgie. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 décembre 2024 régularisée le 5 suivant, M. C B, détenu au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel la préfète du Loiret a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

M. B doit être considéré comme soutenant que la décision contestée :

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2024, la préfète du Loiret, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient :

- à titre principal, l'irrecevabilité de la requête pour défaut de moyens ;

- à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Par un mémoire, enregistré le 13 décembre 2024, M. C B, détenu au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran, représenté par me Bouzid :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2024 par lequel la préfète du Loiret a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard.

M. B soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* est entachée d'incompétence ;

* est insuffisamment motivée ;

* viole l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* viole l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ensemble est insuffisamment motivée à cet égard ;

- la décision fixant le pays de destination :

* est entachée d'incompétence ;

* est insuffisamment motivée ;

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. B a communiqué des pièces enregistrées le 13 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- M. B, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue russe, qui renonce publiquement à son droit à un avocat ;

- et Me El Assaad, représentant la préfète du Loiret, absente, qui reprend les moyens du mémoire en défense.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h59.

La préfète du Loiret, représentée par le cabinet Actis Avocats, a communiqué deux notes en délibéré enregistrées le 13 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant géorgien, né le 2 novembre 1978 à Moscou (Union des républiques socialistes soviétiques), est entré en France le 10 février 2012 selon ses déclarations. Par un arrêté du 11 janvier 2021, la préfète du Loiret a ordonné l'expulsion de l'intéressé. L'intéressé a été condamné le 10 juin 2024 par le tribunal judiciaire d'Orléans à une peine d'emprisonnement de dix mois pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et outrage sexiste et sexuel (propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste portant atteinte à la dignité ou créant une situation intimidante, hostile ou offensante imposé à une personne) ainsi qu'à l'interdiction de toute relation avec la victime et au retrait total de l'autorité parentale et a été incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran.

Par arrêté du 21 novembre 2024, la préfète du Loiret a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 21 novembre 2024.

Sur la fin de-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. La requête indique les nom et domicile des parties. Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. / L'auteur d'une requête ne contenant l'exposé d'aucun moyen ne peut la régulariser par le dépôt d'un mémoire exposant un ou plusieurs moyens que jusqu'à l'expiration du délai de recours. ". Selon l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'instruction est close soit après que les parties ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience. ". Enfin, selon l'alinéa premier de l'article R. 922-8 du même code : " Le second alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative n'est pas applicable et l'expiration du délai de recours n'interdit pas au requérant de soulever des moyens nouveaux, quelle que soit la cause juridique à laquelle ils se rattachent. ".

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que l'instruction d'une demande tendant à l'annulation d'une décision telle que celle contestée comporte une phase d'instruction écrite suivie d'une audience publique. Lors de cette audience, il est loisible aux parties d'invoquer tout moyen de droit ou de fait et donc d'expliciter les moyens sommairement soulevés ainsi que de présenter toute conclusion dirigée contre une autre décision notifiée simultanément en sorte que le requérant n'est donc pas forclos si, alors qu'il a contesté dans le délai de recours l'une des décisions qui lui ont été notifiées simultanément, il en conteste une autre au-delà de ce délai, dès lors que ces conclusions sont formées avant la clôture de l'instruction (CE, avis, 22 juillet 2016, n° 398374, B).

4. En l'espèce, il est constant que la lecture de la requête permet aisément d'identifier deux moyens. En effet, en faisant valoir qu'il risque de mourir en cas de retour en Géorgie notamment en raison de ses problèmes de santé, l'intéressé a nécessairement soulevé le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En faisant valoir qu'il serait éloigné de ses enfants, l'intéressé a nécessairement soulevé le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par la préfète du Loiret ne peut qu'être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens soutenus contre une obligation de quitter le territoire français :

5. Dans le mémoire enregistré le 13 décembre 2024, des moyens sont soutenus à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Toutefois, aucune obligation de quitter le territoire français n'a été prise par la préfète du Loiret en l'espèce. Ces moyens sont donc inopérants.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une décision d'expulsion (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 5, que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire est inopérant.

8. En deuxième lieu, par un arrêté n° 45-2024-11-18-00001 du 18 novembre 2024 et non celui produit en défense, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 45-2024-322 du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. Nicolas Honore, secrétaire général de la préfecture du Loiret, aux fins de signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

9. En troisième lieu, la décision querellée du 21 novembre 2024 de la préfète du Loiret mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté préfectoral du 11 janvier 2021 prononçant son expulsion, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention et que l'intéressé pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

10. En quatrième lieu, si M. B fait valoir qu'il encourt un risque en retournant en Géorgie, il ne présente toutefois à l'appui de ses dires aucun document permettant de les étayer. S'il fait valoir à l'audience la situation sécuritaire en Géorgie, il ne ressort d'aucun document librement accessible que cette situation serait telle que le simple fait d'être dans ce pays engendrerait des risques de traitements inhumains et dégradants, or il n'apporte aucun élément personnel à cet égard. Dans ces conditions, M. B ne peut être considéré comme encourant un risque personnel et actuel au sens des stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

11. En dernier lieu, si M. B fait valoir la présence en France de ses enfants, force est de constater qu'il ressort de la fiche pénale qu'il en a perdu l'autorité parentale. Il ne produit au demeurant aucun document justifiant s'en occuper ni même les voir indiquant d'ailleurs dans le procès-verbal d'audition du 7 novembre 2024 alors qu'il était encore en détention qu'ils ne sont pas à sa charger et vivent avec leur mère. S'il présente à l'audience un mot manuscrit du psychologue qui le suit, il est constant que ledit mot porte la mention de l'aumônier catholique au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran. Si ce mot indique que le requérant souhaite ne pas être séparé de ses enfants qu'il aime et auprès desquels il veut assumer ses responsabilités paternelles, il est constant, ainsi qu'il a été dit, qu'il a perdu l'autorité parentale et qu'il a très clairement indiqué dans le procès-verbal précité qu'il souhaitait violer l'interdiction judiciaire de s'approcher des victimes dont il ressort de la fiche pénale que ses enfants en font partie. La préfète du Loiret n'a ainsi entaché sa décision, à supposer le moyen opérant, d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de M. B.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 novembre 2024 par laquelle la préfète du Loiret a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKELLa République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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