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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2405229

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405229

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET ACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant l'obligation de quitter le territoire français prise par la préfète du Loiret le 13 novembre 2024. Le juge a écarté les moyens d'illégalité soulevés, notamment l'absence de date, l'incompétence de l'auteur de l'acte et l'existence d'un recours antérieur, ainsi que les griefs tirés d'un vice de procédure et de la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les directives européennes relatives au retour des ressortissants en séjour irrégulier.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 décembre 2024, M. B C, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet à la date de sa requête, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 novembre 2024 par laquelle la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français et à en tirer toutes les conséquences de droit, selon les circonstances du dossier, quant à sa remise en liberté ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros " sous réserve que lui et son conseil renoncent au bénéfice de l'aide juridictionnelle ".

M. C doit être considéré comme soutenant que la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale car non datée ;

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale du fait du recours toujours en cours contre un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dont l'exécution est donc suspendue.

Le 16 décembre 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif d'Orléans a mis au contradictoire le jugement du même tribunal du 10 juillet 2023, n°s 2301693, 2302671 concernant l'intéressé, ensemble l'avis de notification, l'accusé de réception de ladite notification ainsi que celui de la réception par le conseil du requérant de cette même notification.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, la préfète du Loiret, représentée par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.

Le centre de rétention administrative d'Olivet a communiqué des pièces enregistrées les 16 et 17 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Legrand, représentant M. C, non extrait du centre de détention de Châteaudun malgré la demande en ce sens faite par le Tribunal, qui :

* conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

* précise que le " C-Rappel des arguments de Monsieur C " contenu dans sa requête ne constitue pas une série de moyens mais a pour objet de rappeler les moyens soulevés à l'encontre du retrait de la carte de séjour pluriannuelle faisant l'objet d'un précédent recours ;

* et soutient, en outre, toujours à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le vice de procédure concernant les conditions de notification de la décision et la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- et Me Kao, représentant la préfète du Loiret, absente, qui reprend les moyens du mémoire en défense.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h25.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, né le 9 octobre 1998 à Ouled Chamekh (République tunisienne), est entré en France le 12 avril 2018 muni d'un passeport revêtu d'un visa de type D valable pour la France du 5 avril au 4 juillet 2018. L'intéressé a été bénéficiaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 15 juin 2021 au 14 juin 2024 en qualité de travailleur saisonnier. L'intéressé a été condamné le 4 janvier 2023 par le tribunal judiciaire de Blois à une peine de huit mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Par un arrêté du 7 avril 2023, le préfet de Loir-et-Cher a retiré à l'intéressé sa carte de séjour portant la mention " saisonnier ", lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour en changement de statut, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il a été condamné le 6 mai 2024 par le tribunal judiciaire d'Orléans à une peine de seize mois d'emprisonnement dont huit avec sursis probatoire pendant deux ans, avec maintien en détention, pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en récidive, et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, en récidive, et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours sur un mineur par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime en présence d'un autre mineur, en récidive, ainsi qu'à la révocation du sursis probatoire prononcé par le tribunal correctionnel de Blois précité, et a été incarcéré au centre pénitentiaire d'Orléans-Saran. Par arrêté du 13 novembre 2024, la préfète du Loiret a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application des 2°, 3° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de trois ans. Le jour de sa libération de détention, la même autorité, par un arrêté du 3 décembre 2024, l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 6 décembre 2024. L'intéressé a été condamné le 16 décembre 2024 par une ordonnance d'homologation à une peine de quatre mois d'emprisonnement, à la révocation à hauteur de quatre mois du sursis probatoire prononcé par le tribunal correctionnel de Blois précité pour être entré en relation avec certaines personnes spécialement désignées par la juridiction, notamment la victime de l'infraction, et violé les interdictions ou obligations résultant de cette mesure décidée par le tribunal dans sa décision du 6 mai 2024 précitée, avec incarcération immédiate. M. C demande au tribunal d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français contenue dans cet arrêté du 13 novembre 2024.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". En apportant au dossier la preuve du dépôt au bureau d'aide juridictionnelle d'une demande d'admission de son client à l'aide juridictionnelle, le conseil du requérant doit être, en l'absence de toute décision prise par un bureau d'aide juridictionnelle ou de conclusion explicite d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, nécessairement regardé comme demandant au juge l'admission, à titre provisoire, de son client. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".

4. En premier lieu, si M. C soutient l'absence de date d'édiction sur la décision attaquée, il ressort de la simple lecture du titre de cet acte qu'il mentionne la date du " 13 novembre 2024 ". Le moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative n'ont d'incidence que sur les voies et délais de recours contentieux et sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision contestée en raison de l'absence d'une parfaite identification de l'agent notificateur ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, par un arrêté n° 45-2024-10-04-00001 du 4 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 45-2024-280 du même jour, la préfète du Loiret a donné délégation à M. D F, sous-préfet, directeur de cabinet, aux fins de signer les décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Adrien Méo, secrétaire général par intérim de la préfecture du Loiret (article 4), qui a délégation à l'effet de signer " tous les actes et mesures relevant du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " (point 1 de l'article 2). Si, dans le cadre d'une délégation générale, la charge de la preuve de l'absence ou de l'empêchement, éventuellement en cascade, de l'autorité administrative repose d'abord sur le requérant, tel n'est pas le cas dans le cas des permanences du corps préfectoral pour lesquelles, à l'instar de l'intérim, la charge de la preuve repose sur l'autorité administrative. En l'espèce, la décision attaquée a été signée le 13 novembre 2024 qui est un mercredi qui est un jour de semaine et hors vacances. Dans ces conditions, il appartient au requérant d'apporter tout élément permettant de considérer que M. Adrien Méo, secrétaire général par intérim de la préfecture du Loiret n'était ni absent ni empêché. Or, il n'apporte aucun élément en ce sens. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ". Il résulte de ces dispositions que l'obligation de quitter le territoire français ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration du délai de départ volontaire ou, si aucun délai n'a été accordé, avant l'expiration du délai de recours contentieux, et, s'il est saisi, avant que le tribunal administratif n'ait statué.

8. Si M. C soutient que la préfète du Loiret ne pouvait édicter une obligation de quitter le territoire français dès lors que le recours contre l'arrêté du 7 avril 2023 du préfet de Loir-et-Cher cité au point 1 est toujours pendant, il ressort de la pièce communiquée au dossier par le Tribunal, que les conclusions en annulation dirigées contre le retrait du titre de séjour et celles dirigées contre le refus de renouvellement sous changement de statut ont été renvoyées en formation collégiale et que celles dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été rejetées. Or, le caractère suspensif du recours ne concerne que la mesure d'éloignement et non le refus et/ou le retrait de titre de séjour en application des dispositions citées au point précédent (voir par exemple dernièrement CAA Versailles, 28 mai 2024, n° 23VE02086). En tout état de cause, la circonstance qu'un recours a été déposé contre les décisions contenues dans l'arrêté précité du 7 avril 2023 n'interdit pas à l'autorité administrative de prendre une nouvelle mesure d'éloignement mais n'aurait que pour effet d'empêcher l'exécution de cette nouvelle mesure d'éloignement tant que le recours n'a pas fait l'objet d'une décision de justice. Le moyen doit donc être écarté.

9. Enfin lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. C fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il a eu une épouse en France, Mme E A, dont il est en attente de la naissance de l'enfant qu'ils vont avoir ensemble en sorte qu'il se présente donc comme le père d'un enfant français à naître désormais, enfant manifestement né à la date de la présente audience. Toutefois, l'enfant à naître ne peut être pris en considération pour la qualité de parent d'enfant français. À supposer l'enfant né à la date de la présente audience, il n'en justifie pas. À cet égard, l'échange de minimessages (SMS) dont il n'est possible d'identifier les auteurs et l'échographie mise au dossier n'apportent pas plus d'éléments. Par ailleurs, s'il indique avoir son épouse en France, à savoir Mme A, il ressort des pièces du dossier que le couple est en instance de divorce et qu'il a reçu interdiction judiciaire d'avoir avec cette dernière tout contact. Il ne justifie en outre aucune vie privée et familiale établie en France. Enfin, M. C, séparé et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 20 ans et où il déclare avoir au moins sa mère et six de ses sœurs. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, à supposer ce moyen soulevé à l'encontre de la décision contestée, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 novembre 2024 par laquelle la préfète du Loiret l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Gaëtan GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

Sébastien BIRCKEL

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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