mardi 31 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2405331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | GOUDEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, M. G F, représenté par Me Goudeau, avocate, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2024 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, ainsi que les effets juridiques de cette interdiction, parmi lesquels son signalement dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble : il n'est pas établi que cet arrêté ait été signé par une autorité bénéficiant d'une délégation de signature régulière ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée, dès lors que la préfète du Loiret n'a pas mentionné ni l'existence de son enfant, dont il prend en charge l'entretien et l'éducation, ni sa relation de concubinage ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : il participe à l'entretien et à l'éducation de son enfant, bien qu'il ne vive plus avec sa mère, qui en a la garde - ce qui ferait obstacle à ce que l'enfant puisse repartir avec lui en cas d'éloignement ; par ailleurs, il est le concubin de Mme I A B, titulaire d'une carte de résident, qui a fait une fausse couche à sept mois de grossesse alors qu'elle était enceinte de leur enfant commun ; son oncle est également présent sur le territoire français ; il souffre d'un problème psychiatrique et doit suivre un traitement dont il ne pourrait plus disposer en cas de retour dans son pays d'origine ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation : c'est à tort que la préfète du Loiret a considéré qu'il constituait une menace pour l'ordre public alors qu'il n'a pas fait l'objet de condamnations ni de poursuites pénales ; les faits pour lesquels il a été interpellé le 23 novembre 2024 ont entraîné son hospitalisation sans consentement, ce qui démontre qu'il n'agissait pas de manière consciente : il a été hospitalisé jusqu'au 11 décembre 2024, suite un traitement pour sa psychose et il ne peut être jugé responsable des actions, qu'il regrette au demeurant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision est illégale par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision méconnaît tant les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il nourrit des craintes en cas de retour au Nigéria : si sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides pour la dernière fois le 11 avril 2023, ce rejet ne présuppose pas de l'actualité de ses craintes de persécution ;
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que c'est à tort que la préfète du Loiret, qui s'est fondée sur le 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a estimé à tort qu'il constituait une menace pour l'ordre public, dès lors que les faits pour lesquels il a été interpellé le 23 novembre 2024 ont entraîné son hospitalisation sans consentement jusqu'au 11 décembre 2024, ce qui démontre qu'il n'agissait pas de manière consciente, qu'il suit un traitement pour sa psychose et qu'il ne peut être jugé responsable des actions, qu'il regrette au demeurant ;
- en outre, d'une part, il présente des garanties de représentation suffisantes pour qu'il puisse être regardé comme ne présentant pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, puisqu'il dispose d'une adresse stable à Orléans ; d'autre part, sa déclaration selon laquelle il ne voulait pas retourner dans son pays d'origine ne peut lui être opposée dès lors qu'elle a été faite alors qu'il sortait de plusieurs semaines d'hospitalisation d'office ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire et de celle refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- en lui faisant interdiction de retour pour une durée de trois ans, alors qu'il est présent en France depuis le 21 mai 2018, qu'il a un enfant à l'entretien et à l'éducation duquel il participe bien qu'il ne soit plus en couple avec sa mère, et que par ailleurs, il est en concubinage avec Mme I A B, titulaire d'une carte de résident, qui a fait une fausse couche à sept mois de grossesse alors qu'elle était enceinte de leur enfant commun, que son oncle est également présent sur le territoire français et qu'il souffre d'un problème psychiatrique et doit suivre un traitement dont il ne pourrait plus disposer en cas de retour dans son pays d'origine.
La préfète du Loiret a informé le tribunal que par un arrêté du 15 décembre 2024, elle a assigné M. F à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours.
La requête a été communiquée à la préfète du Loiret, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme H pour statuer sur les recours dirigés contre les décisions visées à l'article R. 776-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 décembre 2024 :
- le rapport de Mme H,
- et les observations de M. F, requérant, assisté de M. E, interprète en langue anglaise, qui indique qu'il ne se sent pas bien en France pour le moment et qu'il attend d'avoir le droit de travailler pour progresser dans son intégration, en faisant reconnaître l'équivalence de ses diplômes médicaux obtenus au Nigéria, dans le domaine gynécologique, et que, par ailleurs, il a un enfant âgé de six ans et vit avec sa compagne, et qu'enfin, il comprend le français.
En application de l'article R. 922-16 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue après les observations orales, à 14 h 26.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. F, ressortissant nigérian né le 13 février 1998, est entré en France le 21 mai 2018 selon ses déclarations. Sa demande tendant à la reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 26 janvier 2022, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 janvier 2023. L'OFPRA a rejeté sa demande de réexamen le 6 avril 2023. M. F a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par la préfète du Loiret le 4 octobre 2023. A la suite de son interpellation par les forces de l'ordre le 23 novembre 2024, la préfète du Loiret, par l'arrêté du 11 décembre 2024 attaqué, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Après avoir été placé en rétention, M. F a, par un arrêté de la préfète du Loiret du 15 décembre 2024, été assigné à résidence dans le département du Loiret pour une durée de quarante-cinq jours.
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Par un arrêté du 18 novembre 2024, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, Mme D C, préfète du Loiret, a donné délégation à M. Nicolas Honoré, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département du Loiret, y compris tous les actes et mesures relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à l'exception de certaines catégories d'actes auxquelles n'appartient pas l'arrêté en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions dont la préfète du Loiret a fait application, notamment les articles L. 611-1 (1°, 4°, 5°, 6°), L. 611-3, L. 612-2 (1°, 3°), L. 612-3 (1°, 4°, 5°, 8°), L. 612-6, L. 612-10, L. 612-12, L. 613-1 à L. 613-5, L. 614-1, L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3 à L. 721-5, L. 722-3, L. 722-7 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les conditions dans lesquelles M. F, de nationalité nigériane, est entré et s'est maintenu en France malgré une obligation de quitter le territoire français et rappelle sa situation administrative. L'arrêté indique en outre qu'eu égard aux différentes interpellations dont il a fait l'objet entre le 27 novembre 2023 et le 24 novembre 2024, son comportement constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public. La préfète du Loiret a également relevé que l'intéressé ne justifie ni d'une ancienneté de présence sur le territoire français ni d'une vie familiale ou amicale établie sur le territoire français en ce qu'il déclare être en concubinage avec un enfant qui n'est pas à sa charge. Elle a également mentionné qu'il n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou dans tout autre pays susceptible de l'accueillir. La préfète du Loiret a ainsi indiqué avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait - y compris la situation de concubinage et l'existence de l'enfant du requérant - sur lesquelles elle s'est fondée pour obliger M. F à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français manque en fait et droit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. F soutient qu'il est le père d'un enfant à l'entretien et à l'éducation duquel il contribue bien qu'il soit séparé de sa mère et que, par ailleurs, il entretient une relation de concubinage avec Mme I A B, ressortissante congolaise, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2029, il ne produit aucun élément à l'appui de la première affirmation et se borne à produire, à l'appui de la seconde, une attestation d'hébergement établie par Mme A B le 10 décembre 2024, faisant état d'un hébergement à compter du 13 décembre 2024. Il n'apporte pas davantage d'éléments à l'appui de ses affirmations relatives, d'une part à la présence d'un oncle sur le territoire français, ni à l'impossibilité de poursuivre le traitement dont il affirme avoir besoin pour des troubles psychiatriques. Dans ces conditions, alors qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Loiret, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.
5. En troisième lieu, alors que le requérant n'apporte, ainsi qu'il a été dit au point précédent, aucun élément de nature à établir qu'il entretient des relations avec son enfant, avec lequel il indique lui-même ne pas vivre, la préfète du Loiret n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant de M. F tel que garanti par le premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
6. En quatrième lieu, M. F ne conteste pas les affirmations de la préfète du Loiret, selon lesquelles il a été interpellé le 27 novembre 2023 pour des faits de violence par personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité, le 15 mars 2024 pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, le 20 avril 2024 pour des faits de violation de domicile et le 23 novembre 2024 pour des faits de violences aggravées par les circonstances d'être commises en état d'ivresse, sur une personne dépositaire de l'autorité publique, et suivie d'une incapacité temporaire de travail inférieure à huit jours ainsi que de violences par conjoint non suivie d'incapacité de travail, aggravées par la circonstance d'avoir été commises en état d'ivresse, et enfin pour rébellion. Si M. F fait valoir que la commission des faits du 23 novembre 2024 a entraîné son hospitalisation d'office, qui a été prolongée jusqu'au 11 décembre 2024, et qu'en conséquence, il n'était plus conscient de ses actions, de telles circonstances, alors au surplus que le comportement de l'intéressé n'est pas isolé et a déjà donné lieu à plusieurs interpellations en l'espace d'un an, de telles circonstances ne sont pas de nature à faire regarder l'intéressé comme ne présentant pas une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, eu égard au caractère répété et récent des différents faits, d'une gravité certaine, pour lesquels M. F ne conteste pas avoir été interpellé, et alors même qu'il n'a pas fait l'objet de condamnations pour ces faits, la préfète du Loiret pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, considérer que M. F présente une menace pour l'ordre public.
7. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, la préfète du Loiret pouvait régulièrement considérer que M. F présentait une menace pour l'ordre public pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Par ailleurs, et en tout état de cause, il est constant que M. F n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. Dans ces conditions, le requérant, alors même qu'il présenterait des garanties de représentation suffisantes en justifiant d'une adresse et que ne puisse être retenue sa déclaration selon laquelle il ne se conformerait pas à la mesure d'éloignement, n'est pas fondé à contester le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. Si M. F soutient qu'il encourt des risques de persécution en cas de retour dans son pays d'origine, il n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen, qui doit, dès lors, être écarté.
14. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
16. En premier lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui est dit aux points 2 à 6 et 8 à 10 ci-dessus que l'obligation de quitter le territoire français et la décision refusant un délai de départ volontaire ne sont pas entachées des illégalités alléguées, le moyen tiré de ce que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
17. En deuxième lieu, à supposer qu'en se prévalant de la durée de sa présence en France, de ce qu'il est le père d'un enfant et le concubin d'une ressortissante étrangère titulaire d'une carte de résident, de la présence d'un oncle en France et de problèmes psychiatriques et de ce qu'il doit suivre un traitement dont il ne pourrait plus disposer en cas de retour dans son pays d'origine, et, à l'audience, de ce qu'il est titulaire de diplômes médicaux obtenus au Nigéria dans le domaine de la gynécologie qu'il pourrait faire reconnaître par la voie de l'équivalence, le requérant ait entendu soutenir qu'il justifie de circonstances de nature à ce qu'aucune interdiction de retour ne soit prononcée, il ne ressort des pièces du dossier ni que la préfète du Loiret n'aurait pas étudié la possibilité de ne pas prendre d'interdiction de retour à son encontre en raison des éléments susévoqués, ni que sa situation correspondrait à des considérations humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.
18. En troisième lieu, pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français faite au requérant, la préfète du Loiret a relevé que M. F ne justifie pas d'une ancienneté de présence sur le territoire français ni d'une vie familiale ou amicale établie sur le territoire français en se prévalant d'une relation de concubinage et de la présence d'un enfant qui n'est pas à sa charge, qu'il constitue une menace pour l'ordre public et a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Eu égard à ces éléments, qui ne sont pas sérieusement contredits, la préfète du Loiret pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation, édicter à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans.
19. Par suite, M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. F tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 décembre 2024 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans doivent être rejetées, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.
La magistrate désignée,
Véronique H
Le greffier,
Sébastien BIRCKEL
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026