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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2405576

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2405576

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2405576
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantUBILEX - SCP FOUGERAY LE ROY LEBAILLY NOUVELLON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2024, M. C A, représenté par Me Mariette, demande juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au département d'Eure-et-Loir d'assurer l'exécution de la décision judiciaire sans délai, sous astreinte de 500 euros, puis de 1 000 euros à compter de l'expiration du délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) d'enjoindre au département d'Eure-et-Loir d'accomplir toute diligence afin de lui fournir une solution d'hébergement et la prise en charge de ses besoins alimentaires, sous astreinte de 500 euros, puis de 1 000 euros à compter de l'expiration du délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il a été repris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance en vertu d'une ordonnance de placement provisoire du 3 juillet 2024 ; il a été informé par lettre du 5 novembre 2024 de la fin de sa prise en charge ;

- il ne peut faire appel au service 115 en raison de son âge et ne peut compter ponctuellement que sur l'hébergement solidaire ; son contrat d'apprentissage est compromis ;

- le refus de prise en chargé méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant.

Le département d'Eure-et-Loir a produit des pièces par un mémoire enregistré le 31 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement informées du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Dezallé, substituant Me Mariette, pour M. A,

- et les observations de Me Lebailly, représentant le département d'Eure-et-Loir, qui conclut au rejet de la requête et demande la mise à la charge du requérant des dépens de l'instance.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 2 février 2007, a été confié au service de l'aide sociale du département d'Eure-et-Loir par ordonnance du juge des enfants du 7 juin 2023.

Ce placement a été renouvelé par une ordonnance du 5 décembre 2023 jusqu'à la majorité du requérant le 2 février 2025. Toutefois par une ordonnance du 28 mai 2024, le juge des enfants du tribunal judiciaire de Chartres a ordonné la mainlevée du placement, à la suite de la fugue de M. A en Belgique. Revenu en France, M. A a de nouveau saisi le juge des enfants du tribunal judiciaire de Chartres, qui par une ordonnance du 3 juillet 2024, a ordonné le placement provisoire du requérant auprès de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 31 janvier 2025.

2. Par un courrier du 5 novembre 2024, M. A a été informé par le département d'Eure-et-Loir de la fin de sa prise en charge au titre de la protection de l'enfance en raison de son comportement agressif et insultant envers les agents du département les 24 octobre,

4 et 5 novembre 2024, ainsi que de la dégradation du matériel mis à sa disposition dans la chambre d'hôtel où il était hébergé.

3. Par une ordonnance du 26 novembre 2024, le juge des référés du tribunal judiciaire de Chartres a rejeté la demande du requérant tendant à ce que soit enjoint au département d'Eure-et-Loir d'exécuter la décision judiciaire de placement du 3 juillet 2024, en relevant que l'exécution est consubstantielle à une décision de justice. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de prendre toute mesure utile afin d'assurer l'exécution de l'ordonnance de placement provisoire du 3 juillet 2024.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

4. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, d'accorder l'aide juridictionnelle provisoire à M. A.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".

6. Si un mineur non émancipé ne dispose pas, en principe, de la capacité pour agir en justice, il peut cependant être recevable à saisir le juge des référés, lorsque des circonstances particulières justifient que, eu égard à son office, ce dernier ordonne une mesure urgente sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Tel est notamment le cas lorsque, comme en l'espèce, le mineur étranger isolé sollicite un hébergement d'urgence qui lui est refusé par le département, auquel le juge judiciaire l'a confié. Les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit enjoint à l'autorité départementale, à laquelle l'article L. 222-1 du code de l'action sociale et des familles confie la responsabilité des mineurs en danger, de mettre en œuvre la prise en charge ordonnée par le juge judiciaire ne sont pas manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif.

7. L'article 375 du code civil dispose que : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public () ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ". L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / () 4° Pourvoir à l'ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation () ". L'article L. 222-5 du même code prévoit que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ".

8. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe aux autorités du département, le cas échéant dans les conditions prévues par la décision du juge des enfants, de prendre en charge l'hébergement et de pourvoir aux besoins des mineurs confiés au service de l'aide sociale à l'enfance. A cet égard, une obligation particulière pèse sur ces autorités lorsqu'un mineur privé de la protection de sa famille est sans abri et que sa santé, sa sécurité ou sa moralité est en danger. Lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour le mineur intéressé, une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission porte une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

9. Il résulte toutefois de l'instruction, pour les motifs exposés aux points précédents, que M. A a fait obstacle, par son comportement, à l'exécution de la mesure ordonnant son placement provisoire auprès du service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 31 janvier 2025. Le requérant ne conteste pas les faits qui lui sont imputés, caractérisés par différents conflits survenus depuis son retour, de l'agressivité ayant notamment motivé deux dépôts de plainte en octobre et novembre 2024, ainsi que par des dégâts causés au mobilier et au poste de télévision de la chambre d'hôtel et son départ de son lieu d'hébergement. Au demeurant, il résulte de l'instruction que d'autres incidents ont eu lieu durant les périodes de prise en charge précédentes. Il est également établi que le requérant montre peu d'intérêt pour les mesures d'assistance éducative entreprises par le service de l'aide sociale à l'enfance à son égard. Par suite, si le requérant fait état de l'absence de solution d'hébergement disponible et des difficultés pour poursuivre son apprentissage, il ne résulte pas de l'instruction, malgré le placement de M. A à l'aide sociale, que le département d'Eure-et-Loir aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, ni méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence, que les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à que soit mise à la charge du département d'Eure-et-Loir, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par le requérant. La présente instance ne comportant aucun dépens, les conclusions présentées par le département d'Eure-et-Loir ne peuvent qu'être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. A.

Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 3 : Les conclusions du département d'Eure-et-Loir afférentes aux dépens de l'instance sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au département d'Eure-et-Loir.

Fait à Orléans, le 31 décembre 2024.

Le juge des référés,

Jean-Luc B

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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