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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2500137

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2500137

mercredi 26 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2500137
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantSCP GERIGNY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 15 janvier et 11 février 2025, M. B A, représenté par la SCP Gérigny, Chevasson, Usseglio, Mercier, Bouillaguet, Perret, Boulanger, Dallois-Ségura puis la Selafa Cabinet Cassel, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision du 12 novembre 2024 de la commission de médiation du Cher estimant que l'Etat est délié de son obligation de le reloger.

2) d'enjoindre à l'Etat de le reloger dans le délai d'une semaine suivant la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de la commission a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'erreur de fait car il n'a jamais refusé de rendez-vous, ni de logement ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée de détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2025, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes, ni représentées.

Un mémoire présenté par le préfet du Cher a été enregistré le 17 février 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demeurant dans un logement situé 12 rue du Sergent C à Vierzon appartenant à un propriétaire privé, a déposé auprès de la commission départementale de médiation du Cher un recours en vue d'une offre de logement locatif social, dans les conditions prévues par les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, aux motifs que son logement était inadapté à son handicap, trop cher et trop petit. Au cours de sa réunion du 21 mai 2024, cette commission l'a reconnu prioritaire et devant être logé d'urgence au motif que le logement de l'intéressé était inadapté à son handicap et qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Le 16 octobre 2024, Val de Berry, bailleur social désigné par le préfet du Cher, a proposé au requérant un logement situé 49 avenue du Maréchal De Lattre de Tassigny à Bourges que l'intéressé a refusé. Par lettre du 18 octobre 2024, le préfet du Cher a informé le requérant que, suite à son refus, il pouvait perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation, qu'il saisissait la commission de médiation pour qu'elle examine si le logement proposé était adapté ou si son refus était justifié et que si la commission estimait que son refus n'était pas justifié, la commission pourra délier le préfet de son obligation de le reloger, ce qui lui fera perdre la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent au titre du droit au logement opposable. Par la décision attaquée du 12 novembre 2024, la commission de médiation du Cher a estimé que l'Etat était délié de son obligation de le reloger. M. A conteste cette décision et demande d'enjoindre à l'Etat de le reloger dans le délai d'une semaine suivant la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " I. - Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. / () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. / () ".

3. Il résulte des dispositions organisant le droit au logement opposable, et particulièrement de celles des articles R. 441-16-3, R. 441-18 et R. 441-18-2, que le demandeur reconnu comme prioritaire par une décision de la commission de médiation peut perdre le bénéfice de cette décision s'il refuse, sans motif impérieux, une offre de logement ou d'hébergement correspondant à ses besoins et à ses capacités.

4. En premier lieu, lorsque l'administration fait savoir au demandeur que le refus d'une offre de logement ou d'hébergement lui a fait perdre le bénéfice de la décision de la commission, elle doit être regardée comme informant l'intéressé qu'elle estime avoir exécuté cette décision et se trouver désormais déliée de l'obligation d'assurer son logement ou son hébergement. Le demandeur qui reçoit une telle information n'est pas recevable à saisir le tribunal administratif d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de l'administration. En effet, les dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, par lesquelles le législateur a ouvert aux personnes déclarées prioritaires pour l'attribution d'un logement un recours spécial en vue de rendre effectif leur droit au logement, définissent la seule voie de droit ouverte devant la juridiction administrative afin d'obtenir l'exécution d'une décision de la commission de médiation. Par suite, le requérant n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2024 de la commission de médiation du Cher, qui n'avait d'ailleurs pas à être saisie par le préfet, estimant que l'Etat était délié de son obligation de le reloger.

5. En second lieu, il entre dans l'office du juge saisi à ce titre d'examiner si le refus par le demandeur d'une offre de logement qui lui a été faite lui fait perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation. La circonstance que l'administration ait notifié à l'intéressé une décision de ne plus lui faire d'offre de logement ou d'hébergement est, par elle-même, sans incidence sur la possibilité pour le juge de faire droit à une demande d'injonction présentée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, même si cette notification mentionnait un délai de recours et que la demande d'injonction n'a pas été présentée dans le délai indiqué. Une demande tendant à ce que le tribunal administratif annule la décision prise en ce sens par l'administration doit être regardée comme tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet d'exécuter la décision de la commission de médiation.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, dans sa décision du 21 mai 2024, la commission de médiation du département du Cher a préconisé l'attribution au requérant d'un logement T4, T5 ou T6 en rez-de-chaussée ou avec ascenseur et une douche dans un secteur élargi au département du Cher. Le requérant soutient que le logement proposé n'est pas adapté à son handicap dès lors qu'il est situé à Bourges dans les quartiers éloignés de la gare alors qu'il réside à Vierzon, qu'il est suivi médicalement à Vierzon, que ses enfants sont suivis psychologiquement à Vierzon, que le logement est situé au sixième étage avec un ascenseur régulièrement en panne, qu'aucune place de stationnement pour personne handicapée n'est attachée à ce logement, que le logement est mal agencé pour une personne mal voyante et que le loyer est bien supérieur à ses capacités financières. Dans sa demande de logement social présentée sur le fondement de l'article R. 441-2-2 du code de la construction et de l'habitation, soumise à la commission de médiation, le requérant a mentionné, parmi les communes souhaitées, la ville de Bourges et a refusé absolument un logement sans ascenseur. Or, il résulte de l'instruction que le logement proposé par Val de Berry dispose de places pour personnes en situation de handicap placées devant l'entrée de l'immeuble, que les ascenseurs ont été changés et qu'il n'a pas été signalé de problème de fonctionnement des ascenseurs. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que lui-même et ses enfants ne pourraient faire l'objet d'un suivi médical ou psychologique à Bourges. Il n'établit pas davantage que le logement proposé ne serait pas adapté à son handicap de malvoyance. En outre, si dans sa demande de logement social, le requérant a mentionné payer un loyer de 672 euros et percevoir une aide personnelle au logement de 575 euros, le loyer du logement proposé est de 558,17 euros hors charges et de 785,93 euros en prenant en compte le chauffage urbain, la fourniture d'eau froide et diverses autres charges. Dans ces conditions, la proposition de logement n'apparaît pas incompatible avec les ressources du foyer du requérant compte tenu de l'aide personnelle au logement dont il peut bénéficier. Il n'est pas contesté que le requérant a refusé ce logement. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que des motifs impérieux justifieraient le refus par le requérant de l'offre de logement de Val de Berry et qu'elle ne correspondrait pas à ses besoins et à ses capacités. Il suit de là que le refus du logement proposé lui a fait perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation du Cher du 21 mai 2024. Par conséquent, M. A n'est pas fondé à demander qu'il soit enjoint au préfet du Cher d'exécuter cette décision.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Cher et à la ministre chargée du logement.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2025.

Le magistrat désigné,Le greffier,

Jean-Michel DELANDRE Laurent BOUSSIERES

La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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