vendredi 24 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2500161 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | HAJJI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 janvier 2025, M. G E, représenté par Me Hajji, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2024 par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Loiret d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et, de lui délivrer un dossier en vue de saisir l'Office français de protection des réfugiés ou apatrides, à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre à la préfète de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. E soutient que :
- la décision portant " remise " :
* est entachée d'incompétence ;
* est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
* viole l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
* viole l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
* viole les articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, 33 de la Convention de Genève, 15 de la directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 et 53-1 de la Constitution et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence :
* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant transfert ;
* est entachée d'incompétence ;
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers, notamment modifié par le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;
- le règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;
- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;
- la directive n° 2011/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2011 concernant les normes relatives aux conditions que doivent remplir les ressortissants des pays tiers ou les apatrides pour pouvoir bénéficier d'une protection internationale, à un statut uniforme pour les réfugiés ou les personnes pouvant bénéficier de la protection subsidiaire, et au contenu de cette protection (refonte) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;
- les observations de Me Hajji, représentant M. E assisté de M. F, interprète assermenté en langue pachto (pachtou), qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, à l'encontre de la décision portant transfert la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en lien avec le moyen tiré de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et l'erreur de droit au regard de l'article 20 du règlement dit " B A " ;
- et M. E, assisté de M. F, interprète assermenté en langue pachto (pachtou).
La préfète du Loiret n'était ni présente, ni représentée.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h48.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant afghan, né le 1er mars 1994 à Nangarhâr (République islamique d'Afghanistan), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 11 février 2024. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par les arrêtés susvisés des 17 et 18 décembre 2024, la préfète du Loiret a prononcé le transfert de M. E aux autorités belges et l'a assigné à résidence. M. E demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". En présentant au dossier copie d'une demande d'aide juridictionnelle, portant le tampon d'arrivée au tribunal judiciaire d'Orléans, en vue de l'admission de son client à l'aide juridictionnelle et en sollicitant la mise à la charge de l'État une somme au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le conseil de M. E doit être, au regard de la nécessaire préservation des droits du requérant dans la procédure administrative contentieuse et en l'absence de toute décision prise par un bureau d'aide juridictionnelle ou de conclusion explicite d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle, nécessairement regardé comme demandant au juge l'admission à titre provisoire de son client à l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant transfert :
3. Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. (). ".
4. En premier lieu, par un arrêté n° 45-2024-12-02-00003 du 2 décembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 45-2024-348 du même jour non produit, la préfète du Loiret a donné à Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comporte l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application (CE, 7 décembre 2018, n° 420900, B). En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté comporte l'énoncé des motifs de fait et de droit qui en constituent le fondement et notamment le visa du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et les circonstances que l'intéressé a sollicité l'asile au Royaume de Belgique et que les autorités belges ont été saisies d'une demande de reprise en charge le 12 décembre 2024 qu'elles ont explicitement acceptée le 16 suivant. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucun principe général du droit ni aucune disposition conventionnelle, législative ou réglementaire et notamment pas le règlement n 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé n'obligeait l'autorité administrative à mentionner dans cet arrêté les critères qu'elle a retenus ou écartés parmi ceux figurant au chapitre A de ce règlement relatif aux critères de détermination de l'État membre responsable de la demande d'asile au regard de l'exigence de motivation de la décision de transfert notamment dès lors que la détermination de l'État membre responsable s'effectue une fois pour toute pour la prise en charge ce qui est le cas en l'espèce (CE, ordo. réf., 4 mars 2015, n° 388180, A ; CJUE, 2 avril 2019, Staatssecretaris van Veiligheid en Justifie cl H. et R., C-582/17 et C-583/17). Dès lors, cet arrêté est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé que les autorités de l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable doivent, afin d'en faciliter la détermination et de vérifier que le demandeur d'asile a bien reçu et compris les informations prévues par l'article 4 du même règlement, mener un entretien individuel avec le demandeur, dans une langue que celui-ci comprend ou que l'on peut raisonnablement penser qu'il comprend, si nécessaire en ayant recours à un interprète. Il ne peut être dérogé à cette obligation que dans les cas limitativement énumérés au paragraphe 2 de l'article 5 précité.
7. Il ressort des pièces du dossier que le 11 décembre 2024, M. E a bénéficié de l'entretien individuel prévu par les dispositions de l'article 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, assisté d'un interprète en langue pachto (pachtou), ainsi qu'en atteste sa signature apposée sans réserve au bas du résumé de cet entretien. Si ce compte-rendu de l'entretien ne porte aucune case cochée à la fin permettant ainsi de s'assurer que le requérant avait compris la procédure et que les renseignements le concernant étaient exacts, il a signé ce compte-rendu et il ne conteste pas que la signature portée tant sur ce compte-rendu que sur les brochures ne soit pas la sienne alors qu'elle est par ailleurs exactement la même que celle figurant sur l'attestation de demande d'asile citée au point 1. Lors de cet entretien, soit en temps utile, les brochures, qui comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale en vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et figurant à l'annexe X du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014, lui ont été remises en cette langue, ainsi qu'en atteste sa signature portée sans réserve sur ces brochures. Cet entretien, dont rien ne permet de penser qu'il n'a pas eu lieu dans des conditions garantissant sa confidentialité, a été mené par un agent de la préfecture du Loiret, qui doit être présumé qualifié en vertu du droit national. Le requérant ne fournit aucun élément pertinent de nature à renverser cette présomption alors que le résumé de cet entretien atteste par ses mentions de la qualité de cet entretien au regard du processus de détermination de l'État membre responsable. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à se prévaloir d'une quelconque méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, intégré dans le chapitre II de ce règlement intitulé " Principes généraux et garanties " : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre A désignent comme responsable. / 2. Lorsqu'aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen () ". Aux termes de l'article 7 de ce règlement, inséré au chapitre A relatif aux critères de détermination de l'État membre responsable, comprenant les articles 7 à 15 de ce règlement : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre () ". Aux termes de l'article 17 de ce même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 18 ce règlement, intégré dans le chapitre V du règlement, intitulé " Obligations de l'État membre responsable " : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre ; / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / c) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29 le ressortissant de pays tiers ou l'apatride qui a retiré sa demande en cours d'examen et qui a présenté une demande dans un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ".
9. Il résulte de la combinaison de l'ensemble de ces dispositions que les critères du chapitre A du règlement précité ne sont susceptibles de fonder une décision de transfert que s'il s'agit d'un transfert en vue d'une prise en charge, et non en vue d'une reprise en charge. Il en résulte également que le paragraphe 1 de l'article 18, en ses points b à d, de ce règlement doit être regardé comme figurant au nombre des critères énumérés dans ce règlement, au sens du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement. Par suite, lorsqu'une personne a antérieurement présenté une demande d'asile auprès d'un ou de plusieurs États membres, avant d'entrer sur le territoire d'un autre État membre pour y solliciter de nouveau l'asile dans des conditions permettant à cet État de demander sa reprise en charge sur le fondement des dispositions des points b, c ou d du paragraphe 1 de l'article 18 de ce règlement, sa situation ne relève pas des dispositions du premier alinéa du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement, qui concernent le cas dans lequel aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans ce règlement. Il résulte, par ailleurs, de l'annexe II au règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014 susvisé que constitue une preuve, pour la détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, le résultat positif fourni par le fichier européen " Eurodac " après comparaison des empreintes du demandeur avec les empreintes collectées au titre de l'article 9 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé instituant le système " Eurodac " de comparaison des empreintes digitales. En vertu de l'article 24 de ce règlement, les empreintes digitales des personnes ayant demandé le bénéfice d'une protection internationale sont enregistrées dans ce système dans la catégorie 1, leur identifiant " Eurodac " comportant un code commençant par le chiffre 1 (voir CAA Paris, 17 décembre 2020, n°s 20PA01830, 20PA01846).
10. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'arrêté litigieux que, pour prendre la décision de transfert attaquée, la préfète du Loiret a nécessairement constaté que la situation de M. E ne relevait d'aucun des critères prévus au chapitre A du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, ce qui n'est pas contesté, a estimé devoir écarter la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 de ce règlement, et doit être regardée comme ayant entendu se fonder sur la reprise en charge de l'intéressé par les autorités belges après leur accord sur cette reprise en charge par référence à la demande d'asile que M. E avait précédemment présentée au Royaume de Belgique. La préfète du Loiret produit la lettre de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur en date du 11 décembre 2024 qui justifie du résultat positif des recherches entreprises sur le fichier européen " Eurodac " à partir du relevé décadactylaire établi le même jour pour M. E lors de la présentation de sa demande d'asile en France et qui révèle que ses empreintes ont été précédemment relevées pour la première fois le 29 février 2020 par les autorités autrichiennes puis une deuxième demande d'asile le 3 août 2020 par les autorités belges, en catégorie 1 à chacune de ces occurrences, soit en qualité de demandeur d'asile. Il ressort également des pièces du dossier que les autorités belges se sont reconnues responsables de l'examen de sa demande d'asile 16 décembre 2024 nonobstant l'introduction de sa première demande d'asile auparavant en République autrichienne, les autorités belges ayant d'ailleurs par un accord explicite du 16 décembre 2024 sur requête des autorités françaises accepté de le reprendre en charge sur le fondement du point d du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement précité, confirmant ainsi leur responsabilité. Dès lors, l'arrêté litigieux prononçant le transfert de M. E aux autorités belges n'est entaché d'aucune erreur de droit à l'égard des critères de détermination de l'État membre responsable ni d'aucun défaut de base légale.
11. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre A afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). ". Le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution prévoit que " La République peut conclure avec les États européens qui sont liés par des engagements identiques aux siens en matière d'asile et de protection des Droits de l'homme et des libertés fondamentales, des accords déterminant leurs compétences respectives pour l'examen des demandes d'asile qui leur sont présentées. / Toutefois, même si la demande n'entre pas dans leur compétence en vertu de ces accords, les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif. ". Aux termes de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : " 1. Aucun des États contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ". Selon l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin, l'article 15 de la directive du 13 décembre 2011 susvisé décrit les atteintes graves justifiant l'octroi de la protection subsidiaire.
12. M. E soutient avoir clairement précisé lors de l'entretien que les autorités belges ont rejeté sa demande d'asile, que l'autorité préfectorale se contente de faire référence à l'acceptation explicite de " prise " en charge du requérant, sans tirer les conséquences des risques encourus par ce dernier en cas de transfert dans ce pays en sorte que l'autorité préfectorale induit que cette acceptation vaut une " prise " en charge expresse de l'intéressé par les autorités belges, alors qu'en réalité, elle entraîne nécessairement le retour certain du requérant dans son pays dès lors qu'il apparaît que la Belgique considère à tort que le requérant n'établit pas les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine ce qui implique que ce pays n'a pas pris en considération la situation d'insécurité dans son pays d'origine et les menaces de mauvais traitements qui pèsent sur lui en cas de retour en Afghanistan, alors même que la Belgique est signataire de la Convention européenne des droits de l'homme et devrait, avant de décider du rejet de la protection et du renvoi d'un étranger dans son pays, s'assurer du respect de l'article 3 de la ladite convention. Dans ces conditions, la circonstance que la Belgique a définitivement rejeté sa demande de protection s'oppose à un transfert vers cet État, puisqu'il ne constitue qu'un transit vers l'Afghanistan. Enfin, il soutient également qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités Belges n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Afghanistan puisque son départ vers la Belgique aura pour conséquence son renvoi certain vers son pays d'origine. Il en tire la conclusion que cette situation révèle une méconnaissance des exigences de non-refoulement des réfugiés prévues à l'article 33 de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés de 1951 et de celles de l'article 15 de la directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 susvisée.
13. Le règlement n° 604/213 du 26 juin 2013 repose sur le principe de confiance mutuelle entre les États qui l'appliquent notamment en ce qui concerne l'examen de la demande d'asile effectué dans chacun de ses États. Le pouvoir d'appréciation que la clause dite " discrétionnaire " du règlement précité reconnaît aux États membres fait partie intégrante du système de détermination de l'État membre responsable élaboré par le législateur de l'Union. Il s'ensuit qu'un État membre met en œuvre le droit de l'Union, au sens de l'article 51, paragraphe 1, de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, également lorsqu'il fait usage de cette clause (CJUE, 21 décembre 2011, N. S. e.a., C-411/10 et C-493/10) en ce sens que la question de l'application, par un État membre, de la " clause discrétionnaire " prévue à l'article 17 du règlement précité ne relève pas du seul droit national et de l'interprétation qu'en donnent les juridictions suprêmes de cet État membre, mais constitue une question d'interprétation du droit de l'Union. À ce titre, conformément à une jurisprudence constante de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE), les règles du droit dérivé de l'Union, qui incluent les dispositions du règlement dit " B A ", doivent être interprétées et appliquées dans le respect des droits fondamentaux garantis par la Charte (CJUE C-411/10 et C-493/10 précité, points 77 et 99). L'interdiction des peines ou des traitements inhumains ou dégradants, prévue à l'article 4 de la Charte, est, à cet égard, d'une importance fondamentale, dans la mesure où elle revêt un caractère absolu en tant qu'elle est étroitement liée au respect de la dignité humaine visée à l'article 1er de celle-ci (CJUE, 5 avril 2016, Aranyosi et Caldararu, C-404/15 et C-659/15 PPU, points 85 et 86). Ainsi que la Cour européenne des droits de l'homme, dont la CJUE s'inspire de la jurisprudence ainsi qu'il a été dit dans l'affaire C-661/17 du 23 janvier 2019 notamment au regard tant de l'article 6 du Traité sur l'Union européenne que de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, " accorde un poids important au () demandeur d'asile [qui] appartient de ce fait à un groupe de la population particulièrement défavorisée et vulnérable qui a besoin d'une protection spéciale " (CEDH, 21 janvier 2011, M.S.S. contre Belgique et Grèce, requête n° 30696/09, point 251). Si la Cour européenne des droits de l'homme a déclaré, dans l'affaire T.I. c/ Royaume-Uni (7 mars 2000, requête n° 43844/98), la requête irrecevable comme manifestement mal fondée au motif que l'existence d'un risque réel que la République fédérale d'Allemagne expulse le requérant vers le Sri Lanka en violation de l'article 3 de la Convention, elle a précisé que l'expulsion du requérant dans un pays tiers n'exonérait pas le Royaume-Uni de la responsabilité de veiller à ce qu'une telle décision d'expulsion ne l'expose pas à un traitement contraire à ce même article 3. Dans ce cadre notamment, cette même Cour a estimé que l'effectivité du recours voulu par l'article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui permet donc aux juridictions de l'État membre d'examiner la situation du requérant au regard de l'article 3 de cette Convention, s'entend d'un niveau suffisant d'accessibilité et de réalité de celui-ci précisant que l'accessibilité " en pratique " des recours ouverts aux demandeurs d'asile est déterminante pour évaluer son effectivité (M.S.S. contre Belgique et Grèce, précité, point 318 ; CEDH, 21 octobre 2014, Sharifi et autres c. Italie et Grèce, Requête n° 16643/09, point 167). Or, selon les termes de l'article 40 de la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale, tout demandeur d'asile a le droit de voir sa demande d'asile réexaminée dans l'État membre qui a déjà examiné sa demande d'asile. La décision, quelle qu'elle soit (irrecevabilité, rejet ou autre), qui est alors prise par cet État membre peut faire l'objet d'un recours juridictionnel en application de l'article 46 de cette même directive qui a été transposée par les États membres et dont, en ce qui concerne la procédure juridictionnelle garantie par cet article 46, la seule procédure en manquement concerne la Hongrie (CJUE, 17 décembre 2020, Commission contre Hongrie, affaire C-808/18). Les décisions juridictionnelles ainsi rendues peuvent faire l'objet, dès lors que l'ensemble des États appliquant le règlement dit " B A " sont parties à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du recours prévu par l'article 34 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, recours qui peut être assorti d'une demande de mesures provisoires en application de l'article 39 du règlement de la Cour européenne des droits de l'homme, mesures conservatoires dont l'objet est de garantir l'effectivité du droit au recours individuel devant cette Cour prévu par l'article 34 précité, leur inobservation constituant alors un manquement aux stipulations de ce dernier, aux termes desquelles les parties contractantes s'engagent à n'entraver par aucune mesure l'exercice du droit de recours individuel devant la Cour, sauf exigence impérieuse d'ordre public ou tout autre obstacle objectif l'empêchant de s'y conformer (CE, ordo. réf., 30 juin 2009, n° 328879, A ; CE, 9 novembre 2016, n° 392593, B).
14. D'une part, l'arrêté contesté a seulement pour objet de transférer l'intéressé au Royaume de Belgique et non de le renvoyer en République islamique d'Afghanistan. D'autre part, le Royaume de Belgique est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile de M. E a été traitée par les autorités belges dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Compte-tenu notamment de ce qui a été dit au point précédent, le requérant n'apporte aucun élément, notamment des documents, de nature à renverser cette présomption en sorte que rien ne permet de penser que, en rejetant sa demande d'asile, les autorités belges n'ont pas évalué d'office les risques réels de mauvais traitements qui pourraient naître pour lui du seul fait de son éventuel retour en République islamique d'Afghanistan ni, qu'il ne serait pas en mesure de faire, devant ces dernières, responsables de sa demande d'asile, une nouvelle demande d'asile. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. E ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que la préfète du Loiret décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. L'autorité administrative n'a davantage pas méconnu les dispositions des articles 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, 15 de la directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 et 53-1 de la Constitution et les stipulations des articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 33 de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel la préfète du Loiret a prononcé son transfert aux autorités belges ainsi que celui du lendemain par lequel la préfète du Loiret l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G E et à la préfète du Loiret.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,
S. BIRCKEL
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026