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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2500328

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2500328

lundi 24 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2500328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGIUDICELLI JAHN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 janvier et 10 février 2025, M. C A B, assigné à résidence, représenté par Me Giudicelli-Jahn, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 21 janvier 2025 par lesquels le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet du Cher, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à un nouvel examen de la situation du requérant et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de séjour et de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous une astreinte de cinquante euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et assignation à résidence :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* sont entachées d'un défaut d'examen approfondi ;

* viole son droit d'être entendu garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation judiciaire et administrative, à sa résidence depuis 2022, à sa situation professionnelle, à sa situation sociale et à son assignation à résidence ;

* violent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025 à 9 heures 55 pour une audience convoquée à 10 heures 00, le préfet du Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- et les observations de Me Belaref, substituant Me Giudicelli-Jahn, représentant M. A B absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens tout en abandonnant le moyen tiré de la violation son droit d'être entendu garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Le préfet du Cher n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h37.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 7 janvier 2003 à Ben Guerdane (République tunisienne), est entré en France en 2022 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 21 janvier 2025 lors d'un contrôle d'une entreprise et a été placé le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 21 janvier 2025, le préfet du Cher a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a assigné à résidence. M. A B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés du 21 janvier 2025.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-0601 du 13 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 18-2024-05-003 du même jour, le préfet du Cher a donné à Mme Camille de Witasse Thézy, secrétaire générale de la préfecture, délégation de signature aux fins de signer les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions querellées du 21 janvier 2025 du préfet du Cher mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels le préfet s'est fondé, mentionnent des éléments de la situation personnelle de préfet du Cher et indiquent que les décisions prises ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, pour refuser à M. A B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet du Cher, qui a estimé qu'il existait un risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet, s'est fondé sur les motifs tirés de ce que le requérant ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire français sur lequel il s'est maintenu irrégulièrement, avait explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, et ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet du Cher n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressé doivent être écartés

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. M. A B fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il s'y trouve depuis son arrivée et qu'il y a le centre des attaches sociales et matérielles, que son casier judiciaire est vierge, qu'il maîtrise la langue française et qu'enfin il satisfait à son obligation de déclaration fiscale en sorte qu'il respect l'esprit républicain respecté. Toutefois, si sa présence sur le territoire depuis son arrivée ressort des pièces du dossier, il n'apporte aucun élément justifiant l'existence d'une vie privée et familiale au sens des stipulations citées au point précédent. S'il présente au dossier la copie d'un titre de séjour d'une personne indiquée comme étant sa sœur, outre que le lien de filiation n'est pas établi, l'attestation de cette dernière est particulièrement peu circonstanciée et ne permet pas d'estimer qu'il entretiendrait avec elle des liens forts et continus. Enfin, M. A B, célibataire et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 19 ans. Ainsi le requérant ne justifie pas, à supposer même établie la durée de séjour qu'il invoque, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

6. En dernier lieu, M. A B fait valoir qu'il travaille régulièrement en France. Si l'intéressé produit un contrat de travail à durée indéterminée signé le 12 septembre 2022 en qualité de coiffeur et des bulletins de paie y afférant, il ressort de ce contrat qu'il est à temps partiel. S'il présente un autre contrat à durée indéterminée à compter du 15 novembre 2023 en la même qualité, il ressort des bulletins de paie y afférant que cet emploi est récent à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, ces documents ne permettent pas de considérer l'intéressé comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Par suite, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédente et compte tenu de son entrée récente en France, le préfet du Cher n'a entaché ses décisions d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant à la situation judiciaire et administrative, à la résidence depuis 2022, à la situation professionnelle, à la situation sociale et à l'assignation à résidence de l'intéressé ni aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans les arrêtés du 21 janvier 2025, par lesquelles le préfet du Cher l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.

Le magistrat désigné,

G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

N. ARCHENAULTLa République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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