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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2500439

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2500439

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2500439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMAMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un complémentaire et récapitulatif, enregistrés les 3 et 11 février 2025, M. B A, retenu au centre de rétention administrative d'Olivet, représenté par Me Mamet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2025 par lequel le préfet de l'Indre a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) de juger que les dépens seront recouvrés conformément aux dispositions sur l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que la décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la procédure contradictoire préalable ;

- viole les articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2025, le préfet de l'Indre conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Mamet, représentant M. A assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise que la conclusion tendant à juger que les dépens seront recouvrés conformément aux dispositions sur l'aide juridictionnelle concerne le paiement de l'attestation de fin de mission ;

- et M. A, assisté de M. D, interprète assermenté en langue arabe, qui indique souhaiter une chance de " tracer " sa vie en France.

Le préfet de l'Indre n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 10h18.

L'audience s'est tenue selon les modalités prévues au deuxième alinéa de l'article L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un procès-verbal a été établi dans les conditions prévues au troisième alinéa de l'article L. 922-3 précité et à l'article R. 922-22 du même code.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant libyen, né le 1er février 1998 à Tripoli (État de Libye), est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il a été condamné en dernier lieu le 12 juin 2023 par la cour d'appel d'Orléans à une peine d'emprisonnement de trois ans pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, en récidive, et vol en réunion, en récidive, et vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail en récidive, et recel de bien provenant d'un-vol en récidive, et vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, en récidive, et vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours aggravé par une autre circonstance, en récidive, ainsi qu'à la peine complémentaire d'interdiction du territoire français pour une durée de dix ans et a été écroué à la maison d'arrêt de Blois puis au centre pénitentiaire de Châteauroux dont il a été libéré le 3 février 2025 pour fin de peine. Pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français, par arrêté du 8 janvier 2025 notifié le 27 suivant, le préfet de l'Indre a fixé le pays à destination duquel M. A pourra être éloigné d'office. Par arrêté du 30 janvier 2025 notifié le 3 février suivant, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge de la chambre des libertés du tribunal judiciaire d'Orléans du 8 février 2025 confirmée par une ordonnance de la cour d'appel d'Orléans du 11 suivant. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 8 janvier 2025.

2. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". L'article L. 721-4 du même code prévoit que " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

3. En vertu du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal, l'interdiction du territoire français prononcée, comme en l'espèce, contre un étranger coupable d'un crime ou d'un délit " entraîne de plein droit la reconduite du condamné à la frontière, le cas échéant, à l'expiration de sa peine d'emprisonnement ou sa réclusion ". Aussi longtemps que la personne condamnée n'a pas obtenu de la juridiction qui a prononcé la condamnation pénale le relèvement de cette peine complémentaire, l'autorité administrative est tenue de pourvoir à son exécution. Et l'obligation pour l'intéressé de quitter le territoire français résulte nécessairement, dans ce cas, de la décision du juge pénal et non de la décision distincte du préfet qui fixe le pays de renvoi.

4. Par un arrêté n° 36-2024-07-15-00006 du 15 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 36-2024-116 du même jour, le préfet de l'Indre a donné à Mme Nadine Chaïb, secrétaire générale de la préfecture de l'Indre, délégation pour signer la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté du 8 janvier 2025 du préfet de l'Indre mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention, que l'intéressé fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire d'une durée de dix ans et que ce dernier pourra être reconduit dans le pays d'origine ou tout pays où il est légalement admissible. Si M. A soutient que la décision attaquée ne mentionne aucun élément sur sa situation personnelle tant sur la durée de présence sur le territoire français, sa situation familiale, de santé ou encore sur les alternatives au renvoi dans son pays d'origine, d'une part et ainsi qu'il a été dit, la décision précise qu'il peut être éloigné vers un pays où il est légalement admissible et, d'autre part, il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3 que la mesure d'éloignement est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal à l'encontre du requérant, qui emporte de plein droit cette mesure en sorte que, dès lors, puisque la décision attaquée a été prise en vue de l'exécution de l'arrêt du 12 juin 2023 par lequel la cour d'appel d'Orléans a condamné M. A à une interdiction du territoire français pour une durée de dix ans, les moyens relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé sont inopérants ce qui justifie que le préfet n'avait pas à motiver sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Cette garantie procédurale ne peut être écartée que dans les cas énumérés aux 1° à 4° de l'article L. 121-2, et en particulier " en cas d'urgence " ou " lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision fixant le pays à destination duquel un étranger doit être éloigné en vue de l'exécution d'une mesure judiciaire d'interdiction du territoire français constitue une mesure de police qui est soumise aux dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, en l'absence d'une procédure contradictoire particulière prévue avant l'édiction d'une telle décision.

7. M. A soutient que l'autorité préfectorale a méconnu le principe du contradictoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Indre a, par un courrier du 12 août 2024 notifié le lendemain à 15 heures 04 sollicité de l'intéressé ses observations dans un délai de huit jours sur le projet de fixation de la Libye comme pays de destination ou tout autre pays vers lequel il serait légalement admissible en application de l'interdiction judiciaire du territoire dont il fait l'objet. Par un courrier du 13 août 2024, l'intéressé a fait les observations consistant notamment à souhaiter un éloignement vers le Royaume d'Espagne en raison d'un risque de mort en cas de retour dans son pays d'origine due à des personnes auxquels il doit une forte somme d'argent. Par courrier du 29 novembre 2024 notifiée le 3 décembre 2024 à 14 heures 50, le préfet de l'Indre a sollicité de l'intéressé tout document permettant de justifier un éloignement vers le Royaume d'Espagne. S'il soutient à l'audience avoir fait l'objet d'une deuxième notification de la lettre du 12 août 2024, cette fois-ci datée du 23 janvier 2025, en raison de l'absence d'un interprète lors de la notification du premier courrier, soit postérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, il ressort de la réponse de l'intéressé du 13 août 2024 précitée qu'il a apporté des réponses claires et circonstanciées à la demande du préfet de l'Indre. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la procédure contradictoire a été méconnue.

8. En dernier lieu, M. A soutient encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine en raison de la situation sécuritaire y prévalant.

9. À cet égard et d'une part, il résulte des sources documentaires publiques et pertinentes disponibles sur la Lybie, notamment du rapport mondial d'Amnesty international de 2020/21 et du rapport mondial de Human Rights Watch de 2021, publié en 2022, que l'ensemble du pays est affecté par un conflit armé interne au regard des clivages politiques et des affrontements entre divers groupes armés qui s'y déroulent depuis 2011 et la chute du régime de Mouammar Kadhafi. À partir de 2017, le conflit s'est enlisé dans une lutte entre le Gouvernement d'union nationale (GUN), reconnu par la communauté internationale, et le camp du maréchal Haftar, l'homme fort de l'est de la Libye et commandant en chef de l'Armée nationale libyenne (ANL), à laquelle se sont greffés des milices locales et des éléments de l'ancienne armée libyenne, soutenue par la Chambre des représentants tout d'abord installée à Tobrouk en 2014, puis à Benghazi en 2019. Après l'offensive menée sur Tripoli par le maréchal Haftar, le 4 avril 2019, les combats ont basculé dans une guérilla urbaine menaçant directement les populations civiles. Cependant, après plusieurs mois d'affrontements et de pourparlers, un accord a finalement été trouvé entre les différentes parties au conflit, dont les groupes armés, le 23 octobre 2020, par la signature d'un cessez-le-feu signé à Genève, sous l'égide des Nations-Unies. Ensuite, le Forum de dialogue politique libyen a adopté une feuille de route le 15 novembre 2020 prévoyant la mise en place d'un gouvernement d'unité nationale ayant autorité sur tout le territoire national et la tenue d'élections présidentielles et parlementaires le 24 décembre 2021. Cependant, deux jours avant la date prévue, la Haute commission électorale nationale s'est déclarée incapable d'organiser ces élections. En mars 2022, la Chambre des représentants, basée à Benghazi, a considéré que le mandat national du GUN avait expiré et a nommé un Gouvernement de stabilité nationale dirigé par M. C E. Le pays s'est alors retrouvé confronté à une nouvelle impasse politique entre deux gouvernements rivaux, laquelle persiste aujourd'hui. Or de cette absence d'autorité centrale a découlé la persistance de l'insécurité chronique à laquelle sont confrontées les populations civiles depuis de nombreuses années. En effet, les diverses forces armées en Libye peuvent être amenées à commettre des exactions contre les civils en ce qu'elles ne sont que partiellement contrôlées par les autorités. Ces forces forment en effet un ensemble hétéroclite et complexe de milices aux alliances instables et au sein duquel chaque élément peut être amené à privilégier ses intérêts personnels. À cela s'ajoute la présence d'organisations affiliées au groupe armé " Etat Islamique ", de mercenaires et de compagnies militaires privées étrangères. Des combats ont ainsi pu éclater à Tripoli en août 2022 et 2023 ainsi qu'à Benghazi en octobre 2023 notamment.

10. À l'échelle du pays, l'organisation non-gouvernementale (ONG) Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED) a dénombré 193 incidents sécuritaires et 242 victimes civiles et militaires entre le 1er janvier 2022 et le 1er octobre 2023. Les données relevées par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), compilées par le portail opérationnel du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), répertorient par ailleurs une diminution constante du nombre de déplacés internes depuis la signature du cessez-le-feu du 23 octobre 2020, de 425 714 en juin 2020 à 125 802 en août 2023. Enfin, selon les sources publiques disponibles, plusieurs forces armées libyennes se sont récemment rendues coupables en tout impunité d'exactions visant intentionnellement des civils. Ainsi, dans sa note du 25 juillet 2023, intitulée " COI Query - Human rights abuses against civilians with Libyan nationality by the state authorities and armed militias in Libya ", l'Agence de l'Union européenne pour l'asile (AUEA) a relevé que des milices et forces armées affiliées tant au GUN qu'à l'ANL ont perpétré des violations des droits humains ayant pu prendre la forme de meurtres, d'actes de tortures, de disparitions forcées ou encore d'extorsions. Si, théoriquement, les civils peuvent faire appel aux autorités afin d'obtenir une protection, celles-ci se sont révélées incapables d'agir et les membres des forces armées et des milices bénéficient ainsi d'une impunité de fait.

11. Par ailleurs, s'agissant plus spécifiquement de la région Tripolitaine, seul point d'entrée du pays, la situation demeure tendue. Ainsi, des affrontements ont éclaté à Tripoli en août 2022 et un article du journal Le Monde publié le 27 août 2022, intitulé " En Libye, au moins 32 morts et 159 blessés dans des combats samedi à Tripoli ", fait notamment état d'un lourd bilan après la perte de légitimité du GUN en raison de la non-tenue des élections. En août 2023, des affrontements ont repris entre deux des plus puissantes milices tripolitaines. Le 22 août 2023, le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye s'est exprimé à ce sujet devant le Conseil de sécurité des Nations-Unies et a déploré un bilan de 55 morts et une centaine de blessés pour les deux seules journées du 14 et du 15 août 2023. Au total, selon les données d'ACLED, 128 incidents sécuritaires et 190 victimes civiles et militaires ont été comptabilisés dans la région entre le 1er janvier 2022 et le 1er octobre 2023, ce qui représente, sur cette période, 66% des incidents et 78% des victimes résultant du conflit armé auquel le pays est confronté.

12. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le conflit armé prévalant actuellement dans la région Tripolitaine, à l'instar des deux autres régions de Libye, la Cyrénaïque et le Fezzan, se caractérise par une situation de violence aveugle dont le niveau n'est pas tel qu'il existe des motifs sérieux et avérés de croire que chaque civil qui y retourne court, du seul fait de sa présence dans cette région, un risque réel de menace grave contre sa vie ou sa personne, au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (voir par exemple récemment CNDA, 24 janvier 2025, n° 24020963 ou encore CNDA, 7 janvier 2025, n° 24043203).

13. D'autre part, s'il ressort du rapport du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l'homme du 3 juin 2024 intitulé Assistance technique et renforcement des capacités aux fins de l'amélioration des droits de l'homme en Libye, produit au dossier, la persistance de détention arbitraire, de disparitions forcées et de violation des droits de l'homme dans les situations de privation de liberté en augmentation depuis la publication du rapport final de la Mission indépendante d'établissement des faits sur la Libye ainsi qu'une détérioration de l'État de droit, il ressort de ce même rapport une action forte des Nations unies, au travers notamment de la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul) avec plusieurs textes législatifs et règlementaires adoptés en vue de la protection effective de certains droits. Si le Conseil de sécurité a décidé de proroger jusqu'au 1er février 2025 les sanctions applicables en Libye, il se déclare cependant prêt à envisager la fourniture, la vente ou le transfert à la Libye de matériel militaire et la fourniture d'une assistance technique, d'une formation ou d'une aide financière par les États Membres, en vue d'unités militaires mixtes et réunifiées, sous l'égide de la Commission militaire conjointe 5+5 et des deux chefs d'état-major (Le Conseil de sécurité proroge jusqu'au 1er février 2025 les sanctions applicables en Libye, 19 octobre 2023, Onu Presse).

14. Ainsi, si la situation sécuritaire est qualifiée de violence aveugle mais non d'intensité exceptionnelle, elle demeure instable. Toutefois, dans ce cadre, cette seule circonstance, en l'absence de tout élément personnel avancé par M. A ne permet pas de le considérer comme encourant un risque personnel en cas de retour dans l'État de Libye. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Toutefois, il appartiendra au préfet de l'Indre, éventuellement sous le contrôle du juge et compte tenu de ce qui vient d'être dit, le moment venu, d'apprécier si l'évolution de la situation du gouvernorat de tripoli dont est originaire M. A est de nature à faire obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français (CE, 7 avril 2006, n° 274713, B).

D E C I D E :

Article 1er : La requête M. A est rejetée sous la réserve précisée au point 15.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Indre.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le magistrat désigné,

G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA

Le greffier,

S. BIRCKEL

La République mande et ordonne au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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