Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 février 2025 et le 12 janvier 2026, M. B... C... A..., représenté par Me Duplantier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 23 octobre 2024 par lequel la préfète du Loiret a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale », ou à défaut, de l’admettre au séjour le temps de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l’article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur de fait ;
- la préfète n’a pas procédé à l’examen de sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2025, la préfète du Loiret conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête de M. A... ne sont pas fondés.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Dicko-Dogan a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B... C... A..., ressortissant guinéen né en 1987, déclare être entré en France le 13 novembre 2018. Sa demande d’asile et sa demande de réexamen de cette demande ayant été rejetée, il a fait l’objet, le 17 août 2022, d’une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n’a pas déféré. Le 17 mai 2024, il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour, sur le fondement de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en raison de son état de santé. Par un arrêté du 23 octobre 2024, la préfète du Loiret a notamment refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l’a obligé à quitter le territoire français. Par sa requête, M. A... demande au tribunal d’annuler ces décisions.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger, résidant habituellement en France, dont l’état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d’une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d’un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » d’une durée d’un an. La condition prévue à l’article L. 412-1 n’est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l’autorité administrative après avis d’un collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d’Etat (…) ».
La partie qui justifie d’un avis du collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l’existence ou l’absence d’un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d’un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l’autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d’apprécier l’état de santé de l’étranger et, le cas échéant, l’existence ou l’absence d’un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d’apprécier si l’état de santé d’un étranger justifie la délivrance d’un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., qui a levé le secret médical, est porteur sain du virus de l’hépatite B. Le collège de médecins de l’OFII a estimé, dans son avis du 19 août 2024, que l’état de santé de M. A... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d’une exceptionnelle gravité. La préfète du Loiret, qui n’est pas lié par cet avis, a au contraire estimé que le défaut de prise en charge de l’état de santé de M. A... pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité mais que l’intéressé pouvait effectivement bénéficier d’un traitement approprié en Guinée, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, vers lequel il pouvait voyager sans risque. M. A... fait valoir que son état de santé comporte des contraintes et nécessite une prise en charge médicale et un suivi spécialisé et régulier composé d’un traitement antiviral, d’une consultation, d’un bilan sanguin et d’une échographie hépatique tous les six mois, auxquelles il ne pourrait pas avoir accès dans son pays d’origine. En se bornant à invoquer, dans ses écritures, le sens de l’avis de l’OFII du 19 août 2024, qu’elle n’a pas suivi, et à indiquer que les certificats médicaux produits par l’intéressé ne permettent pas de le remettre en cause, la préfète du Loiret n’apporte pas la preuve qui lui incombe de ce que l’état de santé de l’intéressé nécessiterait finalement une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d’une exceptionnelle gravité. Elle n’établit pas davantage que M. A... pourrait bénéficier d’une prise en charge effective de sa pathologie dans son pays d’origine en se bornant à soutenir que le requérant n’apporte pas la preuve contraire. Dans ces conditions, M. A... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, la préfète du Loiret a méconnu les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision portant refus de titre de séjour contenue dans l’arrêté du 23 octobre 2024 de la préfète du Loiret, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision portant obligation de quitter le territoire français, contenue dans ce même arrêté.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Eu égard à ses motifs, l’exécution du présent jugement implique nécessairement, en l’absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » soit délivré à M. A... sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a donc lieu d’enjoindre à la préfète du Loiret, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer ce titre de séjour au requérant, dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, après l’avoir muni d’une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Aussi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, à verser à Me Duplantier, sous réserve qu’elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions, contenues dans l’arrêté du 23 octobre 2024 de la préfète du Loiret, portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Loiret, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, après l’avoir muni dès cette notification d’une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’Etat versera à Me Duplantier, avocat de M. A..., la somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Duplantier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... A... et à la préfète du Loiret.
Copie en sera adressée, en application de l’article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Orléans.
Délibéré après l’audience du 26 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Lesieux, présidente,
M. Nehring, premier conseiller,
Mme Dicko-Dogan, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2026.
La rapporteure,
La présidente,
Fatoumata DICKO-DOGAN
Sophie LESIEUX
La greffière,
Céline BOISGARD
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.