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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2500983

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2500983

vendredi 6 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2500983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL FREDERIC ALQUIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans rejette la requête de Mme A... visant à annuler un arrêté préfectoral d'éloignement. Le tribunal estime que le préfet n'a pas méconnu ses pouvoirs d'appréciation en désignant la Sierra Leone comme pays de renvoi, et que la requérante n'apporte pas d'éléments probants démontrant un risque personnel de traitement contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2025, Mme B... A..., représentée Me Alquier, avocat, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 novembre 2024 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et l’a interdite de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont entachées d’une erreur de droit, le préfet s’étant estimé en situation de compétence liée par les décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d’asile ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d’interdiction de retour sur le territoire français est entachée d’erreur d’appréciation.

Par un mémoire enregistré le 1er septembre 2025, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par Mme A... n’est fondé.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Le Toullec.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante sierraléonaise, née le 13 mai 1995, est entrée irrégulièrement en France le 9 octobre 2023. Elle a déposé, le 14 décembre 2023, une demande d’asile qui a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 avril 2024, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 17 octobre 2024. Par un arrêté du 20 novembre 2024, notifié le 3 décembre 2024, le préfet de Loir-et-Cher a obligé Mme A... à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d’un an. Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l’étranger a la nationalité, sauf si l’Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d’asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s’il n’a pas encore été statué sur sa demande d’asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d’un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l’accord de l’étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

3. D’une part, il ne ressort pas des termes de l’arrêté attaqué que le préfet de Loir-et-Cher se serait estimé en situation de compétence liée par les décisions de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d’asile dès lors qu’il a estimé que l’intéressée n’établissait pas être exposée à des peines ou traitements inhumains contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine.

4. D’autre part, Mme A... soutient qu’elle craint d’être exposée à des persécutions, en cas de retour dans son pays d’origine, en raison de son appartenance au groupe social des femmes qui entendent se soustraire à un mariage imposé ainsi qu’en raison de son appartenance au groupe social des personnes homosexuelles. Elle soutient également qu’elle présente une vulnérabilité particulière en lien avec son genre mais aussi du fait de son isolement en cas de retour en Sierra Leone. Toutefois, elle n’apporte aucun début de preuve permettant d’établir qu’elle sera personnellement exposée à des risques contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

5. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point 2 doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n’a été accordé à l’étranger, l’autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français (…) / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

7. La requérante n’est présente en France que depuis un an à la date de l’arrêté attaqué. Il n’est pas contesté qu’elle ne dispose d’aucun lien en France et qu’elle n’est pas dépourvue d’attache familiale dans son pays d’origine où résident ses deux enfants mineurs et où elle a vécu jusqu’à l’âge de vingt-six ans. Si elle se prévaut du dépôt d’une demande de titre de séjour, cette demande, enregistrée le 28 novembre 2024, soit postérieurement à la date de l’arrêté attaqué et au-delà des délais prévus aux articles L. 431-2 et D. 431-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, le préfet de Loir-et-Cher n’a pas commis d’erreur d’appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 20 novembre 2024 du préfet de Loir-et-Cher doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de Loir-et-Cher.

Délibéré après l’audience du 13 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Lefèvre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2026.


La rapporteure,





Hélène LE TOULLEC


Le président,





Frédéric DORLENCOURTLe greffier,





Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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