Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2025, M. B... A..., représentée par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 décembre 2024 par lequel le préfet d’Indre-et-Loire l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans ;
2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une insuffisance de motivation en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ;
- cette décision est, dans son principe et sa durée, entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et disproportionnée.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les présidents de formation de jugement des tribunaux (…) peuvent, par ordonnance : (…) 7° Rejeter, après l’expiration du délai de recours ou, lorsqu’un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé (…) ».
M. A..., ressortissant géorgien né en 1977, est entré irrégulièrement en France une première fois le 17 mars 2019 selon ses déclarations. Après le rejet définitif de sa demande d’asile par une décision du 18 juin 2019 du directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), il a fait l’objet, le 18 juillet 2019, d’une mesure d’éloignement et d’une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 13 août 2019. Sa demande de délivrance d’un titre de séjour pour raisons de santé en date du 4 décembre 2019 a été implicitement rejetée par le préfet d’Indre-et-Loire à la suite de l’avis défavorable du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII). Une nouvelle demande d’asile a été enregistrée le 25 février 2020, M. A... a été placé en procédure dite « Dublin » et par un arrêté du 2 juillet 2020, le préfet d’Indre-et-Loire a décidé son transfert aux autorités allemandes. L’intéressé a été déclaré en fuite le 2 septembre 2020 et interpellé par les forces de l’ordre à plusieurs reprises sur le territoire français dans l’année qui a suivi, notamment pour des faits de vol en réunion, vol aggravé et recel de bien provenant d’un vol. M. A... déclare être entré une seconde fois en France le 24 août 2024. Il a sollicité, dans les jours qui ont suivi, une demande de réexamen de sa demande d’asile et a été muni d’une attestation de demande d’asile dans le cadre d’une procédure accélérée. L’intéressé n’ayant pas introduit sa demande auprès de l’OFPRA, le directeur général de cet office a prononcé une décision de clôture, le 24 septembre 2024. En conséquence, par un arrêté du 2 décembre 2024, le préfet d’Indre-et-Loire a, sur le fondement du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, prononcé une obligation de quitter le territoire français à l’encontre de M. A..., qu’il a assortie d’un délai de départ volontaire de trente jours et d’une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ». Aux termes de l’article L. 611-1 de ce code : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° (…) ».
Pour contester la motivation de l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, M. A... ne peut utilement se prévaloir des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration dès lors que la motivation d’une telle décision est explicitement prévue par l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. En tout état de cause, et alors même que le titre de l’arrêté en litige évoque un « refus de titre de séjour », la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée en droit par le visa du 4° de l’article L. 611-1, et est suffisamment motivée en fait par la mention de ce qu’il ne bénéficie plus du droit de se maintenir en France compte tenu de la décision de clôture prise par le directeur général de l’OFPRA. En outre, cette décision énonce la date de la dernière entrée en France de l’intéressé ainsi que la nature de ses liens avec le pays et fait état des interpellations par les forces de l’ordre dont il a fait l’objet en 2020 et 2021. Par suite, le requérant n’est pas manifestement pas fondé à soutenir qu’il était privé de la possibilité de contester utilement cette décision. Il s’en déduit que le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté, en tout état de cause, comme manifestement infondé.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « (…) Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
En se bornant à soutenir que la seule circonstance que sa demande d’asile a été rejetée n’est pas de nature à faire obstacle à la reconnaissance d’un risque de faire l’objet de traitements inhumains et dégradants, sans même évoquer les risques actuels, personnels et réels qu’il encourrait en cas de retour dans son pays d’origine, M. A... n’assortit manifestement pas son moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».
D’une part, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n’ayant pas été prise ni en application, ni sur le fondement de la décision fixant le pays de renvoi, M. A... ne peut utilement exciper de l’illégalité de cette décision à l’appui de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre. D’autre part, le moyen tiré de ce que cette dernière décision serait illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 4 de la présente ordonnance.
En outre, en se bornant à soutenir qu’il appartient à l’autorité administrative de prouver qu’il est défavorablement connu des services de police, sans même contester qu’il a fait l’objet de plusieurs interpellations entre le 20 août 2020 et le 8 octobre 2021 et ce alors que le préfet d’Indre-et-Loire a également tenu compte, pour édicter la mesure et en fixer la durée, de la faible ancienneté de son séjour en France et de la circonstance qu’il est célibataire, sans charge de famille et n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, M. A... n’assortit son moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et du caractère disproportionné de la mesure, que d’un fait manifestement insusceptible de venir à son soutien.
Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A..., qui n’annonce pas la production d’un mémoire complémentaire et n’a pas été utilement complétée ultérieurement, doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais liés au litige, par application du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....
Copie en sera adressée pour information au préfet d’Indre-et-Loire.
Fait à Orléans, le 28 août 2025.
La présidente de la 4ème chambre,
Sophie LESIEUX
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.