Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 mars 2025, M. D... C..., représenté par la SELARL Equation Avocats, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 22 novembre 2024 par lequel le préfet d’Indre-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre au préfet d’Indre-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « travailleur temporaire », dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte, à titre infiniment subsidiaire de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour pendant le temps de cet examen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale méconnaît les article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- cette décision méconnaît le paragraphe 1 de l’article 3 et le premier alinéa de l’article 9 de la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire enregistré le 12 septembre 2025, le préfet d’Indre-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par M. C... n’est fondé.
M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 21 février 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Le Toullec.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., ressortissant angolais né le 30 décembre 1965, est entré en France le 22 février 2019 muni de son passeport revêtu d’un visa de court séjour. Il a demandé, le 5 février 2024, la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « vie privée ou familiale » ou, à défaut « travailleur temporaire ». Par un arrêté du 22 novembre 2024, le préfet d’Indre-et-Loire a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C... demande l’annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant réside en France depuis cinq ans et neuf mois à la date de l’arrêté attaqué. Il est le père de cinq enfants résidant également en France et qui sont tous scolarisés. Ainsi, Naomi, née le 29 mars 2000, est inscrite en Bachelor gestionnaire des ressources humaines à Orléans, Mosalina, née le 12 avril 2010, en classe de 3e, Lirio, né le 4 mai 2013, en classe de 6e, Anicia, née le 20 juillet 2015, en classe de CM1 et Alya Maëlys, née le 5 décembre 2019 en France, en classe de grande section. La mère de ses enfants, Mme B... A..., a disposé d’une carte de séjour temporaire d’un an, valable du 8 février 2024 au 7 février 2025 en qualité de salarié et dispose désormais, selon le préfet, d’une carte de séjour pluriannuelle. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas d’établir que la cellule familiale, composée du requérant, de sa compagne et de leurs quatre enfants mineurs ne pourrait pas se reconstituer dans leur pays d’origine. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour ne peut être regardée comme portant au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, dès lors qu’il n’est pas établi que la cellule familiale, composée du requérant, de sa compagne et de leurs quatre enfants mineurs, ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d’origine et que ses quatre enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Angola, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet a porté atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui produit deux promesses d’embauche en qualité d’employé arboricole du 15 décembre 2023 et du 28 octobre 2024 et des attestations de bénévolat auprès du Secours populaire français, l’une datée du 28 juillet 2023, certifiant que le requérant a été bénévole du mois de septembre 2019 au mois de février 2020, et l’autre datée du 9 mai 2019 certifiant qu’il est bénévole depuis le 1er avril 2019, ne justifie ni d’une intégration sociale ni d’un insertion professionnelle particulières. Ces éléments ainsi que ceux exposés au point 2 ne suffisent pas à faire regarder le requérant comme justifiant de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant de l’admettre exceptionnellement au séjour. Par suite, le préfet n’a pas entaché sa décision d’erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
5. En quatrième lieu, eu égard aux motifs exposés aux points 2 et 3, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant doivent être écartés.
6. En cinquième lieu, aux termes de l’article 9 de la convention internationale des droits de l’enfant : « 1. Les Etats parties veillent à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l’intérêt supérieur de l’enfant (…) ». Ces stipulations créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Le requérant ne peut dès lors utilement se prévaloir de ces stipulations pour demander l’annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée.
7. En dernier lieu, dès lors que le requérant n’établit pas l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 22 novembre 2024 du préfet d’Indre-et-Loire doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C... et au préfet d’Indre-et-Loire.
Délibéré après l’audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :
M. Dorlencourt, président,
Mme Le Toullec, première conseillère,
Mme Lefèvre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
La rapporteure,
Hélène LE TOULLEC
Le président,
Frédéric DORLENCOURTLe greffier,
Alexandre HELLOT
La République mande et ordonne au préfet d’Indre-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.