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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2502929

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2502929

jeudi 12 février 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2502929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLEGRAND

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant angolais, visant à annuler l'arrêté préfectoral du 13 mai 2025 lui enjoignant de quitter le territoire français (OQTF). Le tribunal a jugé que cette mesure, fondée sur le rejet définitif de sa demande d'asile, était légalement prise en application de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que les griefs tirés d'une violation du droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et d'erreurs dans la fixation du pays de destination ou l'interdiction de retour n'étaient pas fondés en l'espèce.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2025, M. B... A..., assigné à résidence postérieurement à sa requête, représenté par Me Legrand, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 13 mai 2025 par lequel le préfet de Loir-et-Cher l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 300 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A... soutient que :

- les décisions litigieuses :
* sont entachées d’incompétence ;
* violent le droit à une vie privée et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d’une erreur de droit ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d’une erreur d’appréciation quant aux risques encourus en cas de retour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur d’appréciation.


Par une pièce enregistrée le 23 janvier 2026, le préfet de Loir-et-Cher a communiqué au tribunal son arrêté du 5 janvier 2026 notifié le 22 janvier 2026 assignant M. A... à résidence.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2026, le préfet de Loir-et-Cher conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par M. A... n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga, qui a informé les parties, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d’office une mesure d’injonction, assortie le cas échéant d’une astreinte, tendant à enjoindre à l’autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. A... et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ainsi que de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A... dans le système d’information Schengen ;
- et les observations de Me Legrand, représentant M. A..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de Loir-et-Cher n’était ni présent ni représenté.


Après avoir prononcé la clôture d’instruction à l’issue de l’audience publique à 14h17.


Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant angolais, né le 20 avril 1996 à Luanda (République d’Angola), entré en France le 3 octobre 2023 selon le relevé des informations de la base de données « TelemOfpra » produit en défense, a sollicité l’asile qui lui a été refusé par une décision du directeur général de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) le 11 octobre 2024 contre laquelle les conclusions en annulation ont été rejetées par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) du 12 mars 2025. Par arrêté du 13 mai 2025, le préfet de Loir-et-Cher a obligé l’intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en application du 4° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par arrêté du 5 janvier 2026, la même autorité l’a assigné à résidence. M. A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté du 13 mai 2025.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : / (…) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l’étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu’il ne soit titulaire de l’un des documents mentionnés au 3° ; (…) ».

Aux termes de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

M. A... soutient que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors que sa famille la plus proche en France, en situation régulière, sa famille plus éloignée l’ayant maltraité, et que la réalité de la situation est totalement attestée par le dossier porté devant la CNDA, l’Ofpra ayant d’ailleurs bien connaissance de la filiation et des attaches de l’intéressé. Il ajoute que cette situation est même connue, puisque le préfet de Loir-et-Cher a en gestion la situation du droit au séjour au moins de ses parents. Il ressort des pièces du dossier que l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) n’a pas contesté dans sa décision mise au dossier les informations familiales contenues tant dans le formulaire de demande d’asile que dans le compte-rendu d’entretien du 17 septembre 2024, le préfet en défense ne contestant sérieusement pas la réalité de la fratrie. À cet égard, il est constant que ses parents et sa sœur Emilia ont obtenu la qualité de réfugié par une décision de la CNDA en 2014 et que son autre sœur, Joséfina, a obtenu la qualité de protégée subsidiaire par une décision de l’Office de 2015. Les titres de séjour afférant à leur qualité respective au regard de l’asile ont été délivrés par le préfet de Loir-et-Cher. Sa fratrie n’a donc aucune vocation à retourner dans son pays d’origine. Enfin, le requérant montre ses efforts d’intégration dans la société française par le suivi de cours de français lui ayant permis d’obtenir le niveau A2 du diplôme d’études en langue française (Delf) et son inscription au réseau des bénévoles engagés de la ville de Blois mis en place par la municipalité. Dans les conditions particulières de l’espèce, la décision contestée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 13 mai 2025 par laquelle le préfet de Loir-et-Cher l’a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a octroyé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Sur les injonctions :

Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles (…) L. 731-1 (…), et l’étranger est muni d’une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce que l’autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ». Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d’instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

Eu égard aux motifs du présent jugement, l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de Loir-et-Cher réexamine la situation de M. A... et qu’il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce qu’il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d’y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

En deuxième lieu, eu égard aux termes de l’article L. 614-16 précité du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’annulation de l’obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu’il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. A... fait l’objet à la date de la notification du dispositif c’est-à-dire à la date de l’audience.

En dernier lieu, aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution. / La juridiction peut également prescrire d’office cette mesure. ». Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (…). ».

Le présent jugement, qui annule l’interdiction de retour sur le territoire français prise à l’encontre de M. A..., implique nécessairement que l’administration efface le signalement dont il fait l’objet dans le système d’information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d’enjoindre au préfet de Loir-et-Cher de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

Enfin, l’annulation prononcée n’implique aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 300 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 13 mai 2025 par lequel le préfet de Loir-et-Cher a obligé M. A... à quitter le territoire français dans délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d’office et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de d’un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. A... dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Loir-et-Cher, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A... dans le système d’information Schengen procédant de l’interdiction de retour du 13 mai 2025 ci-dessus annulée.

Article 4 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l’objet M. A....

Article 5 : L’État (préfet de Loir-et-Cher) versera à M. A... une somme de 1 300 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de Loir-et-Cher.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2026.


Le magistrat désigné,

G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
Le greffier,

L. BOUSSIÈRES


La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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