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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2503926

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2503926

mardi 12 août 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2503926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOBO

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Orléans a rejeté la requête de M. A, ressortissant surinamien, contestant un arrêté du 25 juin 2025 de la préfète du Loiret lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que l'arrêté était légal au regard du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également jugé irrecevables les conclusions subsidiaires tendant à l'aide au retour volontaire, une telle demande ne relevant pas de l'office du juge administratif.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 juillet 2025, M. A, représenté par Me Kobo, demande au tribunal :

1°) à titre principal d'annuler l'arrêté du 25 juin 2025 par lequel la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) à titre subsidiaire, de lui accorder l'aide au retour volontaire pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) de mettre à la charge de l'État les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est disposé à demander une aide au retour ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français entraîne nécessairement celle de l'arrêté fixant le pays de destination.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges relevant des procédures prévues au titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Par un courrier du 11 août 2025, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce que soit accordé à M. A l'aide au retour volontaire, une telle demande ne relevant pas de l'office du juge administratif.

La requête a été communiquée à la préfète du Loiret qui n'a pas présenté d'observations.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 août 2025 à 10 h 30 :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Kobo qui persiste sans ses conclusions et demande que M . A soit admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 10 h 39.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant surinamien, déclare être entré en France en 1986 en Guyane et en métropole à compter de l'année 2019. L'intéressé, interpellé le 5 novembre 2019 par les services de police de l'aéroport d'Orly, a été condamné à une peine d'emprisonnement de 6 ans pour détention, acquisition et importation non autorisée de stupéfiants, par un jugement du tribunal judiciaire de Créteil du 28 novembre 2019. Par un arrêté du 25 juin 2025 la préfète du Loiret lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, elle a assigné l'intéressé à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande l'annulation de ce premier arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur les conclusions principales à fins d'annulation :

4. En premier lieu, en vertu d'un arrêté du 17 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°45-2025-063 du même jour, la préfète du Loiret, a donné délégation de signature à M. Nicolas Honoré, secrétaire général de la préfecture du Loiret et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer " tous les actes et mesures relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " incluant ainsi les décisions attaquées. Le moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté comporte l'énoncé des considérations de faits, notamment les conditions d'entrée et de séjour de M. A et de droit qui en constitue le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé, conformément aux articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, si M. A fait valoir qu'il a été dans l'impossibilité de solliciter un titre de séjour durant sa période de détention, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

7. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation entachant les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En cinquième lieu, si M. A fait valoir qu'il est disposé à solliciter une aide au retour dans son pays d'origine, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales () ".

10. En l'espèce, compte tenu d'une part, de la menace pour l'ordre public révélée par la gravité des faits pour lesquels M. A a été condamné, d'autre part, de l'absence de justifications quant à ses attaches personnelles et familiales en France et, enfin, de ce que la période de résidence de l'intéressé en France métropolitaine se limite à sa durée d'incarcération de 6 ans, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant par rapport aux buts en vue desquels il a été édicté.

11. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été exposé précédemment, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

12. Les conclusions à fins d'annulation présentées par M. A doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions subsidiaires aux fins d'aide au retour :

13. L'aide au retour volontaire, dispositif prévu au dernier alinéa de l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permet à tout étranger qui le faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français devenue définitive de solliciter auprès de l'autorité administrative compétente une assistance matérielle ou financière dans les conditions prévues aux articles R. 711-3 à R. 711-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'appartient pas au juge administratif d'accorder à l'étranger une telle aide qui pourra, le cas échéant, être sollicitée par l'étranger lui-même. De telles conclusions sont donc irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais d'instance :

14. L'État n'étant pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A au titre des dépens, qui ne sont au demeurant pas chiffrées, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et à la préfète du Loiret.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 2025

Le magistrat désigné,

Paul B

La greffière,

Nathalie ARCHENAULT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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