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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2504363

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2504363

lundi 6 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2504363
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSAMBA

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif d’Orléans rejette la requête de Mme B..., ressortissante algérienne, qui contestait un arrêté préfectoral du 25 juillet 2025 lui refusant un titre de séjour et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le juge a fait application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative pour statuer par ordonnance, estimant que les moyens soulevés étaient manifestement infondés. Il a notamment jugé que l’arrêté était suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, et que la requérante ne justifiait pas d’une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme. La solution retenue est le rejet de l’ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 19 août 2025, Mme A... B..., représentée par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté n° 25.45.0397 en date du 25 juillet 2025 par lequel la préfète du Loiret a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement ;

2°) d’enjoindre à la préfète du Loiret de lui délivrer un certificat de résidence algérien d’un an portant la mention « Vie privée et familiale » ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l’arrêté contesté est illégal au motif que :
- il est entaché d’une insuffisance de motivation ;
- il n’a pas été précédé d’un examen particulier de sa demande ;
- il méconnaît l’article 6 de l’accord franco-algérien ;
- il méconnaît l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
l’accord franco- algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

Il ressort du dossier que Mme B..., ressortissante algérienne née le 12 janvier 1971 à Beni Issad (Algérie), est entrée irrégulièrement en France en septembre 2013. Elle a déposé le 1er mars 2023 auprès des services de la préfecture du Loiret une demande d’admission exceptionnelle au séjour (AES) sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Après avis de la commission du titre de séjour en date du 10 avril 2015 favorable à son maintien, la préfète du Loiret a, par arrêté n° 25.45.0397 en date du 25 juillet 2025, refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d’éloignement. Par la présente requête, Mme B... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif et de cour administrative d'appel, les premiers vice-présidents des tribunaux et des cours, le vice-président du tribunal administratif de Paris, les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours et les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : (…) 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. ».

En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informés sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivés les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 de ce code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». La première phrase de l’alinéa premier de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit que « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ».

En l’espèce, l’arrêté querellé du 25 juillet 2025 vise le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, notamment l’article L. 611-1, ainsi que les articles 8 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que Mme B... est entrée en France irrégulièrement en septembre 2013, qu’elle n’a jamais effectué de démarche administrative au vu de régulariser sa situation en se maintenant irrégulièrement sur le territoire français, qu’elle a sollicité son admission au séjour auprès des services préfectoraux du Loiret le 1er mars 2023 en se prévalant de considérations humanitaires et exceptionnelles, précise qu’elle est divorcée sans enfant à charge, qu’elle ne produit aucun justificatif de ses moyens d’existence et d’insertion depuis son entrée, qu’elle ne justifie pas de liens privés et familiaux particulièrement stables, intenses et anciens sur le territoire français, qu’elle n’établit pas être dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de 43 ans. Il relève par ailleurs que Mme B... n’établit pas être exposée à des traitements inhumains en cas de retour dans son pays d’origine. Ainsi, cet arrêté, qui n’avait pas à faire état de l’ensemble des éléments caractérisant la situation de Mme B..., comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen de légalité externe tiré du défaut de motivation de l’arrêté contesté est manifestement infondé et doit être écarté.

En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de l’arrêté contesté dont la motivation est pour partie rappelée au point précédent, que la demande de titre de séjour déposée par Mme B... n’aurait pas fait l’objet d’un examen particulier de la part de la préfète du Loiret. Ce moyen de légalité externe également manifestement infondé doit par suite être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (…) ». Contrairement à ce que soutient Mme B..., le seul fait de résider en France depuis 12 ans ne saurait lui ouvrir droit à la délivrance d’une carte de résident. Si elle se prévaut en effet de son entrée en France en 2013 et d’une ancienneté de plus de 12 ans, elle ne produit cependant pas le moindre élément relatif à son insertion comme à son intégration de nature à justifier la réalité de sa vie privée et familiale en France de même que la réalité de son insertion, le seul fait d’avoir suivi une formation de 70 heures entre le 9 janvier et le 28 février 2025 pour savoir communiquer et calculer, suivie d’une seconde formation de 40 heures du 10 mars au 14 avril 2025 relative aux savoirs numériques ne pouvant être regardé comme suffisant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 6 de l’accord franco-algérien qui n’est manifestement n’est assorti d’aucun fait susceptible de venir à son soutien doit être écarté.

En quatrième lieu, Mme B... invoque le moyen tiré de la méconnaissance de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile selon lequel « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d’une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national. Ce moyen inopérant doit par suite être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire de la sécurité nationale. à la sureté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

Tout d’abord, ces stipulations ne sauraient, en tout état de cause, s'interpréter comme comportant pour un État l'obligation générale de respecter le choix, par un demandeur de titre de séjour, d’y établir sa résidence privée et de permettre son installation ou le regroupement de sa famille sur son territoire.

Ensuite, pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

Enfin, la seule durée de présence d’un ressortissant étranger sur le territoire ne suffit pas à justifier l’existence d’une vie privée et familiale au sens des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

S’il ressort des pièces du dossier que Mme B... est entrée irrégulièrement sur le territoire français en septembre 2013, elle ne fait cependant état d’aucun lien privé et/ou familial en France, ni n’apporte le moindre élément de nature à établir qu’elle y aurait désormais le centre de ses intérêts privés et familiaux alors qu’elle ne conteste pas toujours disposer d’attaches et de membres de sa famille, dont ses enfants, dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de 43 ans. Dans ces conditions, et dès lors que la seule durée de présence d’un ressortissant étranger sur le territoire ne justifie pas l’existence d’une vie privée et familiale ainsi qu’il a été dit au point 11, ce moyen n’est pas davantage assorti de faits venant à son soutien et ne peut dès lors qu’être écarté.

En sixième et dernier lieu, si l’accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l’exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d’apprécier, compte tenu de l’ensemble des éléments de la situation personnelle de l’intéressé, l’opportunité d’une mesure de régularisation. Toutefois, hormis sa seule durée de présence, Mme B... n’apporte aucune précision, ni ne fournit le moindre élément au soutien de ce moyen qui doit aussi être écarté.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées sur le fondement des dispositions précitées de l’article R. 222-1, 7° du code de justice administrative.

Sur les frais d’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée de 1 500 euros par Mme B... au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B...
Copie en sera adressée pour information à la préfète de Loiret

Fait à Orléans, le 6 octobre 2025.


Le président de la 5e Chambre,





Samuel DELIANCOURT

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.










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