Le Tribunal Administratif d'Orléans a examiné la requête de M. A..., un ressortissant afghan demandeur d'asile, contestant la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 23 septembre 2025 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a statué sur le fondement des articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), qui permettent de refuser ou de mettre fin à ces conditions dans certains cas, notamment en cas de non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile. La solution retenue par le tribunal n'est pas explicitement mentionnée dans l'extrait fourni, mais la décision semble rejeter la requête, car le requérant n'était pas présent ni représenté à l'audience et le défendeur a conclu au rejet. Le tribunal a également prononcé l'admission provisoire de M. A... à l'aide juridictionnelle.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Rouillé-Mirza, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 23 septembre 2025 par laquelle la directrice territoriale d’Orléans de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin à ses conditions matérielles d’accueil ;
2°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de lui verser de manière rétroactive l’allocation pour demandeur d’asile à compter de la date d’arrêt des versements ;
3°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A... soutient que la décision attaquée méconnaît les articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2025, le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par M. A... n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l’octroi et le retrait de la protection internationale (refonte) ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 776-1 et R. 776-1 du code de justice administrative dans leur rédaction valable à compter du 15 juillet 2024.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga.
M. A... et le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration n’étaient ni présents ni représentés.
Après avoir prononcé la clôture d’instruction à l’issue de l’audience publique à 11h20.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant afghan, né le 24 novembre 2000 à Balk (République islamique d’Afghanistan), a sollicité l’asile le 13 août 2025. Par une décision du 23 septembre 2025, la directrice territoriale d’Orléans de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin à ses conditions matérielles d’accueil. M. A... demande au tribunal d’annuler cette décision du 23 septembre 2025.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de M. A..., de prononcer l’admission provisoire de l’intéressé à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 551-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d’accueil du demandeur d’asile sont proposées à chaque demandeur d’asile par l’Office français de l’immigration et de l’intégration après l’enregistrement de sa demande par l’autorité administrative compétente. ». Aux termes de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions matérielles d’accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / (…) 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d’asile (…) ». Aux termes de l’article L. 551-16 du même code : « Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / (…) 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l’asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l’instruction des demandes (…) ». Aux termes de l’article L. 573-4 de ce code : « Lorsque l’examen de la demande d’asile relève de la compétence d’un autre État européen, les lieux d’hébergement mentionnés à l’article L. 552-1 accueillent les demandeurs d’asile jusqu’à leur transfert. Leur mission prend fin à la date du transfert effectif vers cet État ». Aux termes de l’article L. 573-5 du même code : « Lorsque l’examen de la demande d’asile relève de la compétence d’un autre État européen le versement de l’allocation pour demandeur d’asile prévue à l’article L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet État ».
Le fait pour un demandeur d’asile de ne pas respecter son obligation de se présenter aux autorités chargées de l’asile dans le cadre d’un transfert, ce qui suppose nécessairement après la première prise de contact de respecter les exigences de ces autorités dans la suite de la procédure de prise en charge de l’intéressé, est susceptible de constituer un des « cas exceptionnels », au sens des dispositions du point 1 de l’article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013, auquel renvoie l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, et de l’article D. 551-18 de ce code, pouvant justifier que l’Office français de l’immigration et de l’intégration mette fin aux conditions matérielles d’accueil dont bénéficie ce demandeur (voir par exemple CAA Nantes, 27 juin 2025, n° 25NT00410).
Pour mettre fin aux conditions matérielles d’accueil en qualité de demandeur d’asile dont bénéficiait M. A..., l’Office français de l’immigration et de l’intégration lui a opposé, aux termes de la décision contestée du 23 septembre 2025, le motif tiré de ce qu’il n’a « pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile en présentant une nouvelle demande d’asile en France après avoir été transféré vers l’État membre responsable de l’instruction de [sa] demande d’asile ». Il ressort en effet des pièces du dossier que M. A... est entré en France le 17 novembre 2024 et a été placé en procédure dite « Dublin » en vertu du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 lors de l’enregistrement de sa demande d’asile le 22 suivant puis a été effectivement transféré aux autorités croates en mai 2025. Toutefois, l’intéressé est revenu en France le 8 août 2025 selon ses déclarations et a sollicité de nouveau l’asile le 13 août 2025. Il n’est pas établi que M. A... aurait été empêché d’introduire sa demande d’asile en République de Croatie, de faire valoir devant les autorités de ce pays les craintes qu’il éprouverait en cas de retour en République islamique d’Afghanistan ou qu’il y a fait l’objet de mauvais traitements. Dans ces conditions, c’est à bon droit que la directrice territoriale d’Orléans de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a estimé que M. A... n’avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l’asile et qu’elle a, pour ce motif, mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil en litige aux termes de la décision contestée du 23 septembre 2025 (voir par exemple pour un cas similaire CAA Nantes, 11 juillet 2025, n°s 25NT00814,25NT00815).
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation des décisions, contenues dans la décision du 23 septembre 2025 par laquelle la directrice territoriale d’Orléans de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2025.
Le magistrat désigné,
G. GIRARD-RATRENAHARIMANGA
La greffière,
F. PINGUET
La République mande et ordonne au directeur général de l’ Office français de l’immigration et de l’intégration en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.