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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2600528

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2600528

mercredi 18 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2600528
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES -JUGE UNIQUE
Avocat requérantJOSSEAUME

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence, rejette la requête en excès de pouvoir visant l'arrêté de suspension du permis de conduire. Le juge estime que la signature de l'arrêté par un chef de pôle était régulière en vertu d'une délégation de pouvoir, et que la motivation, indiquant un taux d'alcoolémie de 0,83 mg/L, est suffisante au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La suspension de sept mois est donc maintenue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 janvier 2026, M. F... A..., représenté par Me Rémi Josseaume, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 19 janvier 2026 par lequel le sous-préfet de Dreux a suspendu la validité de son permis de conduire pendant une durée de sept mois à compter de la mesure de rétention du titre ou, à défaut, de la date de la notification de la décision.

Il soutient que :
- l’arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- l’arrêté n’est pas suffisamment motivé ;
- les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration ont été méconnues ;
- l’arrêté est entaché d’un contournement de procédure et de méconnaissance des droits de la défense ;
- les dispositions de l’article L. 224-2 du code de la route ont été méconnues ;
- il aurait dû bénéficier des dispositions de l’article R. 224-6 du code de la route ;
- l’arrêté est entaché d’erreur d’appréciation de sa situation
- l’arrêté méconnaît les dispositions de l’article R. 221-13 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2026, le préfet d’Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Delandre, magistrat désigné, a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties n’étaient pas présentes, ni représentées.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 224-2 du même code : « I. – Le représentant de l’Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l’article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; (…) ». Aux termes de l’article L. 234-1 du code : « I. - Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. ».

2. Il ressort des pièces du dossier que par l’arrêté attaqué du 19 janvier 2026, le sous-préfet de Dreux a prononcé, sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire du requérant pour une durée de sept mois au motif que celui-ci avait fait l’objet le 17 janvier 2026 à 21 heures 30 sur la commune de Chataincourt (Eure-et-Loir) d’un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire à la suite des vérifications prévues à l’article R. 234-4 du code de la route, par éthylomètre, qui ont révélé un taux d’alcool de 0,83 mg/L.


3. En premier lieu, l’arrêté attaqué du 19 janvier 2026 a été signé par Mme B... C..., responsable de pôle à la préfecture d’Eure-et-Loir. Par un arrêté n° 25-2025 du 1er septembre 2025, publié le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture du mois de septembre 2025 et mis en ligne sur le site internet de la préfecture, le préfet d’Eure-et-Loir a donné délégation à M. E... D..., sous-préfet de Dreux, à l’effet de signer, tous arrêtés et décisions dans les limites de l’arrondissement de Dreux et notamment les arrêtés portant suspension du permis de conduire. Aux termes de l’article 7 de l’arrêté, cette délégation est donnée à Mme B... C..., chef de pôle, pour les affaires visées à l’article 6, lesquelles comprennent les arrêtés portant suspension du permis de conduire, en cas d’absence ou d’empêchement simultané du sous-préfet, du secrétaire général de la sous-préfecture et de la secrétaire générale adjointe. Il n’est pas établi, ni même allégué, que le sous-préfet, le secrétaire général de la sous-préfecture et la secrétaire générale adjointe n’étaient pas absents ou empêchés. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Si M. A... soutient que l’arrêté litigieux n’est pas motivé, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise le code de la route et notamment les articles L. 224-1, L. 224-2, L. 224-6 et L. 224-9, R. 221-13 à R. 221-14-1, R. 224-4, R. 224-12 à R. 224-17 et R. 224-19-1 et mentionne que l'intéressé avait fait l’objet le 17 janvier 2026 à 21 heures 30 sur la commune de Chataincourt (Eure-et-Loir) d’un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire à la suite des vérifications prévues à l’article R. 234-4 du code de la route, par éthylomètre, qui ont révélé un taux d’alcool de 0,83 mg/L. Ainsi, l’arrêté attaqué, qui comporte la mention des éléments de fait et de droit qui le fondent, est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ». Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; (…) ». Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l’article L. 211-2 sont définies à l’article L. 122-1 du même code. La suspension d’un permis de conduire est une mesure de police qui doit être motivée en application de l’article L. 211-2 du même code.


6. Compte tenu des conditions particulières d’urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 ou dans les 120 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu’un conducteur dont il est établi qu’il circulait sous l’emprise de l’alcool retrouve l’usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l’article L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l’arrêté du 19 janvier 2026 du sous-préfet de Dreux est intervenu en méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration.

7. En quatrième lieu, le requérant soutient que le sous-préfet a commis un contournement de procédure et méconnu les droits de la défense en faisant valoir que, alors qu’il n’y était pas contraint, le préfet a choisi de retenir la procédure d’urgence de l’article L. 224-2 du code de la route afin de s’affranchir des obligations découlant de la nécessité de respecter les droits de la défense dont le principe est codifié aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration. Toutefois, le préfet était en droit de le faire dans la mesure où les conditions prévues audit article étaient réunies. Par ailleurs, les dispositions de cet article L. 224-2 du code de la route ne subordonnent pas la légalité de l’arrêté pris sur son fondement à l’existence d’une situation d’urgence. Dès lors, le moyen tiré du contournement de procédure et la méconnaissance des droits de la défense commis par le sous-préfet en utilisant l’article L. 224-2 du code de la route afin de s’affranchir du respect des droits de la défense garantis par les articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l’administration ne peut être accueilli.

8. En cinquième lieu, le requérant soutient que les dispositions de l’article L. 224-2 et suivants du code de la route ont été méconnues dès lors que la décision est entachée d’erreur manifeste d’appréciation, que la durée de suspension n’est pas justifiée par les nécessités de l’ordre public eu égard à son comportement routier et des conséquences qu’elle emporte sur sa vie professionnelle et personnelle et que la situation d’urgence n’est pas suffisamment caractérisée. Toutefois, eu égard à la gravité de l’infraction précitée et à la nécessité de préserver la sécurité des autres usagers de la route, le sous-préfet de Dreux n’a pas fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 224-2 du code de la route et n’a pas pris une mesure entachée d’erreur d’appréciation et disproportionnée en suspendant la validité du permis de conduire de l’intéressé pour une durée de sept mois.

9. En sixième lieu, aux termes de l’article R. 224-6 du code de la route : « I. – Dans les cas prévus aux articles L. 224-2 et L. 224-7, le préfet peut restreindre le droit de conduire d'un conducteur ayant commis l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8 et R. 234-1, par arrêté, pour une durée qui ne peut excéder six mois, aux seuls véhicules équipés d'un dispositif homologué d'anti-démarrage par éthylotest électronique, installé par un professionnel agréé ou par construction, conformément aux dispositions de l'article L. 234-17, en état de fonctionnement et après avoir utilisé lui-même ce dispositif sans en avoir altéré le fonctionnement… ». Il résulte de ces dispositions précitées que la restriction du droit de conduire sous condition n’est qu’une possibilité offerte au préfet au regard du comportement du conducteur.


10. Le requérant soutient qu’il aurait dû bénéficier de ces dispositions. Toutefois, le sous-préfet de Dreux n’était pas tenu de proposer au requérant le dispositif homologué prévu par les dispositions précitées de l’article R. 224-6 du code de la route et il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait commis une erreur manifeste en ne proposant pas ce dispositif à l’intéressé.

11. Enfin, aux termes de l’article R. 221-13 du code de la route : « Le préfet soumet au contrôle médical de l’aptitude à la conduite : / (…) 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles visées au 1° ci-dessus (…) ». Il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de soumettre à un contrôle médical tout conducteur qui a fait l’objet d’une mesure de suspension du droit de conduire d’une durée supérieure à un mois. Il appartient toutefois à l’autorité préfectorale qui met en œuvre ces dispositions d’indiquer au conducteur les modalités du contrôle médical, ainsi que le délai dans lequel il doit s’y soumettre.

12. En l’espèce, l’article 4 de l’arrêté attaqué indique : « Avant la fin de la mesure, l’intéressé se soumet à un contrôle médical devant la commission médicale pour prononcer un avis sur l’aptitude médicale à la conduite. A défaut, le permis ne sera pas restitué jusqu’à ce qu’une décision d’aptitude médicale soit rendue. ». Par ailleurs, les modalités de restitution du permis sont précisées au verso de l’arrêté. Ainsi, le sous-préfet de Dreux a suffisamment précisé les modalités du contrôle médical auquel il était tenu de soumettre l’intéressé en application des dispositions précitées de l’article R. 221-13 du code de la route.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... A... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au préfet d’Eure-et-Loir.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2026.


Le magistrat désigné,

Le greffier,






Jean-Michel DELANDRE
Laurent BOUSSIERES


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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