Le Tribunal Administratif d'Orléans, statuant en urgence, a annulé l'arrêté préfectoral suspendant pour douze mois le permis de conduire de la requérante. Le juge a estimé que la durée maximale d'un an, appliquée par le préfet du Cher pour une conduite avec un taux d'alcool de 1,14 mg/L, était excessive au regard de l'absence d'antécédents et des circonstances personnelles de l'intéressée. La décision s'appuie sur les articles L. 224-2 et L. 234-1 du code de la route, en relevant que l'administration n'a pas démontré une dangerosité permanente justifiant la peine la plus sévère.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2026, Mme A... B... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 9 janvier 2026 par lequel le préfet du Cher a suspendu la validité de son permis de conduire pendant une durée de douze mois à compter de la mesure de rétention du titre ou, à défaut, de la date de la notification de la décision.
Elle soutient que la décision est un peu excessive car elle n’a jamais commis de délit auparavant, qu’elle a besoin de son véhicule pour exercer la profession d’aide à domicile, qu’elle est célibataire avec un enfant, qu’elle est d’accord pour installer un éthylotest anti-démarrage pour lui permettre d’exercer son travail et ne pas perdre son travail.
La requête a été communiquée au préfet du Cher qui n’a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Delandre en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Delandre, magistrat désigné ;
- et les observations de Mme B..., requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 224-2 du même code : « I. – Le représentant de l’Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l’article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : 1° L'état alcoolique est établi au moyen d'un appareil homologué, conformément au 1° du I de l'article L. 224-1, ou lorsque les vérifications mentionnées aux articles L. 234-4 et L. 234-5 apportent la preuve de cet état ou si le conducteur ou l'accompagnateur de l'élève conducteur a refusé de se soumettre aux épreuves et vérifications destinées à établir la preuve de l'état alcoolique ; (…). II - La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas (…) de conduite sous l'empire d'un état alcoolique (…) ». Aux termes de l’article L. 234-1 du code : « I. - Même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste, le fait de conduire un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique caractérisé par une concentration d'alcool dans le sang égale ou supérieure à 0,80 gramme par litre ou par une concentration d'alcool dans l'air expiré égale ou supérieure à 0,40 milligramme par litre est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende. ».
2. Il ressort des pièces du dossier que par l’arrêté attaqué du 9 janvier 2026, le préfet du Cher a prononcé, sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire de la requérante pour une durée de douze mois au motif que celle-ci avait fait l’objet le 6 janvier 2026 à 21 heures 30 sur la commune de Thénioux (Cher) d’un procès-verbal pour avoir commis une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire à la suite des vérifications prévues à l’article R. 234-4 du code de la route, par éthylomètre, qui ont révélé un taux d’alcool de 1,14 mg/L.
3. Il appartenait au juge du fond de contrôler, sans se limiter à vérifier l’absence d’erreur manifeste d’appréciation, tant le principe que la durée de la suspension prononcée par le préfet.
4. La requérante soutient que la décision est un peu excessive car elle n’a jamais commis de délit auparavant, qu’elle a besoin de son véhicule pour exercer la profession d’aide à domicile, qu’elle est célibataire avec un enfant, qu’elle est d’accord pour installer un éthylotest anti-démarrage pour lui permettre d’exercer son travail et ne pas perdre son travail. Le préfet du Cher n’a pas produit de mémoire à la suite de la communication de la requête et, par suite, ne conteste pas les allégations de la requérante. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait commis, antérieurement à la décision attaquée, des infractions au code de la route révélant qu’elle présente une dangerosité permanente pour la sécurité routière, notamment pour les autres usagers. Par suite, en fixant la durée de la suspension de la validité du permis de conduire de la requérante à la durée maximale d’un an, le préfet du Cher a pris une décision excessive.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 9 janvier 2026 par lequel le préfet du Cher a suspendu la validité de son permis de conduire pendant une durée de douze mois.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 9 janvier 2026 du préfet du Cher suspendant la validité du permis de conduire de Mme B... pendant une durée de douze mois à compter de la mesure de rétention du titre ou, à défaut, de la date de la notification de la décision est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Cher et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Bourges.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2026.
Le magistrat désigné,
Le greffier,
Jean-Michel DELANDRE
Laurent BOUSSIERES
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.