Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 mars 2026, M. et Mme H... et E... G..., représentés par Me Weinkopf, demandent au juge des référés :
1°) en application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 6 janvier 2026 par lequel le maire de Chartres a délivré à M. et Mme F... et B... D... le permis de construire une extension, un auvent avec remplacement du portail sur un immeuble situé 2 rue du Frou ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Chartres une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est recevable dès lors qu’elle n’est pas tardive, qu’ils justifient d’un intérêt à agir en leur qualité de voisins immédiats et du fait de la perte de vue et d’ensoleillement, que la requête a été notifiée à la commune et aux pétitionnaires et que le recours au fond a été déposé ;
- l’urgence est présumée en application de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme et résulte en outre de l’engagement des travaux ;
- l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte, en premier lieu, de l’incompétence de son auteur, en deuxième lieu, du caractère incomplet et erroné du dossier de demande de permis de construire en raison de la minoration de la surface habitable de la construction existante, de la représentation de l’extension avec une échelle différente sur le plan de masse, de la sous-estimation de la surface supplémentaire de l’extension ayant affecté la détermination du calcul de l’artificialisation des sols et de la sous-évaluation de son incidence visuelle, en troisième lieu, de la fraude manifestée par les erreurs entachant le dossier de demande et les mentions du panneau d’affichage du permis de construire et, en quatrième lieu, de l’atteinte à l’intérêt du voisinage.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2026, la commune de Chartres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie en l’absence de démonstration d’un bouleversement certain et irréversible de la situation des requérants ;
- les moyens soulevés par M. et Mme G... ne sont pas fondés.
Le dossier de la requête de M. et Mme G... a été communiqué à M. et Mme D... pour qui il n’a pas été produit de mémoire en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2601325, enregistrée le 6 mars 2026, par laquelle M. et Mme G... demande l’annulation de l’arrêté du 6 janvier 2026.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. I... en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. I...,
- les observations de Me Weinkopf, représentant M. et Mme G..., qui a notamment soulevé un moyen nouveau tiré de la méconnaissance du 3 de l’article US 10 du règlement du secteur sauvegardé en tant que la construction projetée ne comporte pas une toiture en tuile plate ou en ardoise,
- et les observations de M. C..., représentant la commune de Chartres, qui a notamment précisé que la commune n’entendait pas contester l’intérêt à agir des requérants.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience à 10h 32.
Considérant ce qui suit :
M. et Mme D... ont sollicité, le 5 septembre 2025, la délivrance d’un permis de construire pour la création d’une extension de 35,01 m², la création d’un auvent et le remplacement d’un portail sur l’immeuble situé 2 rue du Frou à Chartres (Eure-et-Loir). Par un arrêté du 8 octobre 2025, le maire de Chartres a rejeté cette demande compte tenu de l’avis défavorable de l’architecte des bâtiments de France et de l’atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable dans lequel le projet s’intègre. M. et Mme D... ont sollicité, le 22 octobre 2025, un nouveau permis de construire pour leur projet modifié. Par un arrêté du 6 janvier 2026, le maire de Chartres a délivré ce permis de construire en l’assortissant de prescriptions tenant, notamment, à l’interdiction de construction du auvent et à la modification du portail projeté. M. et Mme G..., qui ont par ailleurs demandé l’annulation de cet arrêté dans l’instance n° 2601325, demandent dans la présente instance la suspension de son exécution.
Les conclusions à fin de suspension de l’exécution de la décision en litige :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement et objectivement, compte tenu des justifications fournies par les parties et de l’ensemble des circonstances de chaque espèce, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que l’exécution de la décision soit suspendue avant l’intervention du jugement de la requête au fond. En vertu de l’article L. 600-3 du code de l’urbanisme, la condition d’urgence doit être constatée lorsqu’une requête en référé-suspension est formée contre une autorisation d’urbanisme. Toutefois, le pétitionnaire et l’autorité qui a délivré le permis ou ne s’est pas opposé à la déclaration préalable peuvent utilement faire état, pour tenir en échec le constat de cette urgence, de circonstances particulières relatives, notamment, à l’intérêt s’attachant à ce que l’ouvrage soit réalisé sans délai.
En premier lieu, le présent litige est dirigé contre une autorisation d’urbanisme délivrée. En outre, il est constant que les travaux de la construction autorisée par le permis de construire litigieux ont débuté. Par suite, et alors que la commune de Chartres ne peut utilement prétendre que la condition d’urgence n’est pas remplie en l’absence de démonstration d’un bouleversement certain et irréversible de la situation des requérants, la condition d’urgence posée par l’article L. 521-1 précité du code de justice administrative est remplie.
Pour demander la suspension de l’exécution de l’arrêté litigieux, M. et Mme G... soutiennent, notamment, que l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée résulte du caractère incomplet et erroné du dossier de demande de permis de construire, de la méconnaissance du 3 de l’article US 10 du règlement du secteur sauvegardé et de l’atteinte à l’intérêt du voisinage. Ces moyens sont propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.
Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par M. et Mme G... n’est propre, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire en litige.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du 6 janvier 2026.
Les frais de l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la commune de Chartres le versement à M. et Mme G... d’une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
ORDONNE:
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 6 janvier 2026 est suspendue jusqu’au jugement de l’affaire au fond.
Article 2 : La commune de Chartres versera à M. et Mme G... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme H... et E... G..., à la commune de Chartres et à M. et Mme F... et B... D....
Fait à Orléans, le 19 mars 2026.
Le juge des référés,
Denis I...
La République mande et ordonne au préfet d’Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.